Éducation : "Il y a un vrai mépris institutionnel des enseignants", dénonce un think tank

Le groupe de réflexion VersleHaut a initié des États généraux de l'Éducation. Il propose entre autres d'inscrire ses principes fondamentaux dans la Constitution et d'impliquer les entreprises dans la formation des jeunes.

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Radio France
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Marc Vannesson, président du think tank VersLeHaut, le 12 juin 2018. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

Marc Vannesson, président du think tank VersLeHaut qui a initié les États généraux de l’Éducation, qui se déroulent jeudi 1er juillet à la Maison de la Radio et de la Musique, a estimé sur franceinfo qu'"il y avait un vrai mépris institutionnel aujourd'hui des enseignants qui sont un peu traités comme des pions interchangeables qu'on met là pour boucher les trous". Un livre blanc, rassemblant des "initiatives de terrain formidables" sera remis pour l'occasion. Il se veut source d'inspiration, notamment pour les candidats à la présidentielle de 2022.

franceinfo : Quel constat faites-vous sur l'état de l'école en France ?

Marc Vannesson : Le constat était à la fois une grave crise éducative avec du décrochage scolaire, du chômage des jeunes et en même temps, beaucoup d'initiatives de terrain formidables dans les établissements scolaires et les associations et l'impression que ces initiatives n'arrivent pas à changer durablement le système éducatif. On est parti sur le terrain. On a associé la société civile dans toute sa diversité pour essayer de voir comment ces initiatives de terrain pouvaient remonter au niveau national et faire bouger les lignes dans l'éducation.

Vous proposez d'inscrire l'Éducation dans la Constitution. Pourquoi ?

Avec la Charte de l'environnement, on s'est intéressé à la planète qu'on allait laisser à nos enfants. L'idée serait de s'intéresser aussi aux enfants qu'on va laisser à notre planète. L'éducation est quasiment absente des grands textes fondamentaux. Il y a quasiment rien sur l'éducation dans la Constitution de 58, dans la Déclaration des droits de l'homme. Les nouvelles générations sont très peu traitées dans nos textes fondamentaux.

"L'idée, c'est de mettre ensemble les grands principes fondamentaux pour l'éducation qu'on veut au-delà des alternances politiques."

Marc Vannesson, président du think tank VersLeHaut

à franceinfo

D'ailleurs ce qui est très fort, c'est qu'on a des parlementaires de toutes sensibilités qui soutiennent ce projet de charte de l'éducation adossée à la Constitution.  

Chacun à un rôle à jouer pour améliorer l'éducation en France ?

Oui, vraiment. Face aux défis éducatifs, personne n'a la réponse tout seul. Il faut vraiment une mobilisation générale. L'éducation, c'est l'essence d'une société, c'est-à-dire à la fois ce qui la constitue, mais aussi ce qui la fait avancer. On a trop tendance aujourd'hui à considérer que c'est soit la faute de l'école ou la faute des parents quand il y a des problèmes dans l'éducation. Or, cela doit vraiment être un mouvement de société. Les entreprises ont leur rôle à jouer. Il y a une forme de répartition des rôles ou les entreprises ont eu tendance à laisser l'Éducation nationale s'occuper de la formation et se concentrer sur leur cœur de métier. On voit que cela ne marche pas bien. Il y a du chômage des jeunes et les entreprises disent qu'elles ont du mal à recruter. Il faut vraiment travailler ensemble, pas pour être dans la confusion des rôles, chacun son rôle, mais vraiment, que les entreprises comprennent qu'elles ont un rôle à jouer aussi dans la formation et dans la réussite tout au long de la vie.

"En France, on est persuadé que l'éducation s'arrête au niveau du diplôme et que c'est le diplôme de sortie qui va décider de notre vie. Il y a plein de pays où l'ascension sociale se joue aussi dans l'entreprise." 

Marc Vannesson

à franceinfo

Par exemple, on peut devenir grand patron d'une grande entreprise en ayant commencé sa carrière comme apprenti avec une formation initiale courte. Cela existe en Allemagne, cela n'existe pas en France.

Faut-il aller vers une plus grande revalorisation du métier d'enseignant ?

Oui, mais ce n'est pas que le salaire, c'est vraiment la revalorisation du métier dans toute sa diversité et aussi la remise à plat. Comment est-ce qu'on travaille aujourd'hui ? Il y a un vrai mépris aujourd'hui institutionnel des enseignants qui sont un peu traités comme des pions interchangeables qu'on met là pour boucher les trous sans prendre en compte leurs aspirations, leurs talents, leurs capacités. On a une vraie crise des vocations éducatives aujourd'hui dans le pays. On n'arrive pas à recruter suffisamment d'enseignants. Il faut qu'on attire les meilleurs talents de notre pays pour aller auprès des jeunes, parce que c'est cela qui fait la différence. On peut faire toutes les réformes de l'Éducation nationale qu'on veut, si on n'a pas auprès des jeunes, des professionnels formés, motivés, encouragés, valorisés, ça ne marchera pas.

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