Non, le "vaccin homéopathique" n’est pas un vaccin

Certains pharmaciens n’ont aucun scrupule à l’afficher sur leur devanture : "le vaccin homéopathique est arrivé !" L’ANSM rappelle pourtant qu’aucune spécialité homéopathique ne peut être considérée comme un vaccin.

Bien qu’employé par certains pharmaciens pour faciliter la vente de spécialités comme "Influenzinum", le terme "vaccin homéopathique" relève pour ainsi dire de la publicité mensongère : il n’entraîne la production d’aucun anticorps lié de près ou de loin à la grippe ou à une maladie à "états grippaux", et n’a jamais démontré réduire en quoi que ce soit la probabilité de contracter la grippe.

Ce 24 novembre, l’ANSM a jugé utile de rappeler, dans un point d’information, que "ces médicaments homéopathiques ne peuvent être considérés comme des vaccins et se prévaloir de la désignation de « vaccins homéopathiques ». Leur utilisation à la place du vaccin anti-grippal constitue une perte de chance, notamment chez les personnes à risque de complications". L’agence note que le Conseil supérieur d’hygiène publique de France, dans un avis relatif à l’efficacité et à l’utilité des vaccins anti-grippaux, souligne elle aussi "que les médicaments homéopathiques ne peuvent se substituer à ces vaccins."

L’ANSM attire l’attention du public sur quelques faits souvent ignorés, notamment le fait que "l'autorisation de mise sur le marché octroyée [aux] médicaments homéopathiques ne nécessite pas l’existence de preuves scientifiquement établies, l’existence d’une tradition homéopathique étant suffisante". Une surprenante exception au code de la santé publique [1], qui permet aux fabricants de commercialiser des produits sans jamais à avoir eu à produire la preuve d’une efficacité supérieure à celle d’une substance neutre (placebo) délivrée dans les mêmes conditions.

Indifférenciables d'un "placebo"

Ce n’est pourtant pas faute d’études scientifiques rigoureuses menées autour du globe sur cette question. Celles-ci concluent en réalité que les risques d’apparition des maladies, la durée ou l’intensité des symptômes, ne sont pas différents si la substance administrée (dans les mêmes conditions) est une prescription homéopathique ou un simulacre de traitement. L’efficacité perçue est la même dans les deux cas, celle-ci pouvant s’expliquer par les changements de comportements des personnes qui cherchent à se prémunir des affections hivernales.

Aujourd’hui, aucun traitement préventif ne garantit à 100% de ne pas contracter la grippe. Toutefois, certains réduisent significativement ce risque : les vaccins. En France, trois vaccins grippaux inactivés sont commercialisés et pris en charge par l’Assurance maladie dans le cadre de la campagne 2016 (Influvac®, Immugrip® et Vaxigrip®). D’efficacité variable d’une année sur l’autre, car formulés plusieurs trimestres auparavant sur la base d’une prévision des souches de virus qui seront en circulation, ces vaccins réduisent dans tous les cas la probabilité d’infection [2].

Un code de déontologie pourtant clair

Depuis le milieu du mois de novembre, aux États-Unis, il est désormais obligatoire de stipuler sur les étiquettes des spécialités homéopathiques qu’il "n’existe pas de preuve scientifique de leur efficacité".

En France comme outre-Atlantique, le fait qu’un produit soit commercialisé en officine ne signifie absolument pas qu’il constitue une alternative efficace pour le traitement d’une maladie. Pourtant, dans notre pays, l’article R.4235-69 de l’actuel code de déontologie des pharmaciens [3], "le pharmacien responsable est tenu de veiller à l’exactitude de l’information scientifique, médicale et pharmaceutique et de la publicité, ainsi qu’à la loyauté de leur utilisation. Il s’assure que la publicité faite à l’égard des médicaments est réalisée de façon objective et qu’elle n’est pas trompeuse."


[1] Selon l'article R5121-28 4 et R5121-31 du code de la santé publique, des "résultats des essais précliniques et cliniques" ne sont pas exigibles si cette spécialité homéopathique est attestée par la tradition.

[2] Lorsque les agences sanitaires annoncent que "le vaccin a été efficace à 50%", cela signifie que sur un échantillon comparable de personnes vaccinées et non-vaccinées, le premier groupe est tombé moitié moins malade que le second.

[3] Dans le projet d’actualisation du code, l’article R.4235-28 stipule que "le pharmacien contribue à la lutte contre le charlatanisme, notamment en s’absentant d’offrir ou de réaliser des prestations ayant ce caractère et en s’abstenant de fabriquer, utiliser, distribuer ou vendre tous objets ou produits ayant ce caractère."