"J'avais la sensation de devenir maltraitante" : une infirmière démissionnaire d'un Ehpad témoigne

Une infirmière, qui a choisi de démissionner pour dénoncer le manque de moyens dans les maisons de retraite, a raconté mardi sur franceinfo la résignation dans les Ehpad à l'occasion de la journée de grève nationale dans le secteur.

Des aides-soignantes manifestent à Lille (Nord) à l\'occasion de la journée d\'action nationale dans les Ehpad, le 30 janvier 2018.
Des aides-soignantes manifestent à Lille (Nord) à l'occasion de la journée d'action nationale dans les Ehpad, le 30 janvier 2018. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)
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franceinfoRadio France

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Pour dénoncer le manque de moyen dans les maisons de retraite, l'infirmière Mathilde Basset a démissionné début janvier d'un l’Ehpad de l'Ardèche. Son message sur Facebook, adressé à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a été largement partagé. "On sait qu'on a trop de boulot pour notre effectif, on sait qu'on ne va pas tout faire bien alors on accepte de faire notre métier à l'arrache", a-t-elle expliqué sur franceinfo mardi 30 janvier à l'occasion de la journée de grève nationale dans tous les Ehpad de France. L'intersyndicale a le soutien des directeurs de ces établissements et de plusieurs associations de retraités. Ce que demande le personnel, c'est davantage de moyens humains pour plus de dignité. 

franceinfo : Vous évoquez le fait qu'avec vos conditions de travail, vous deveniez "maltraitante" ?

Mathilde Basset : Oui, c'est vraiment la sensation que j'avais. Cela ne passe pas par des coups, on n'en est pas là, mais par des attitudes. Dans le fait de devoir adapter le résident à notre organisation et pas l'inverse alors qu'on est dans un lieu de vie. C'est aux soignants et à l'organisation soignante de s'adapter au rythme des personnes âgées et surtout pas aux résidents de s'adapter à l'organisation du service.

Vos collègues étaient résignés ?

Effectivement, c'est un peu le mot qui revenait lorsqu'on évoquait la question entre infirmières et également auprès des aides-soignantes. On sait qu'on a trop de boulot pour notre effectif, on sait qu'on ne va pas tout faire bien, alors on accepte de faire notre métier "à l'arrache". On sait qu'on va oublier des choses parce qu'on n'aura pas le temps de tout faire. Voilà en quoi on était résignés. Soit on acceptait de travailler comme ça et on pouvait poursuivre, soit non. C'était mon cas et je suis partie.

Est-ce que les familles sont au courant ? Est ce qu'elles ont conscience des conditions dans lesquelles sont accueillis leurs proches ? Les résidents en ont-ils conscience ?

Les familles sont au courant pour certaines d'entre elles. Pour d'autres, on a la sensation qu'on ne leur a rien dit quand on leur a présenté les lieux. Elles ont un niveau d'exigence mais elles ne se rendent pas compte qu'on court partout, qu'on est en sous-nombre, etc. On a quand même le soutien de certaines familles, ce qui fait chaud au cœur. Certains résidents, par la force des choses, s'en rendent compte. Quand on arrive à 10h30 pour distribuer des médicaments et qu'on redistribue d'autres médicaments à midi, ils se rendent bien compte que le petit déjeuner est passé depuis longtemps et qu'on aurait dû être là trois heures plus tôt... Compte tenu du nombre, on ne peut pas être dans 99 chambres en même temps. Les résidents culpabilisent, aussi. On leur dit qu'on est seules et certains nous répondent : "Mince, on vous donne du travail en plus"... Ça pince !  C'est vraiment difficile, ils sont en droit d'attendre ce qu'on leur doit.