Economies à l'hôpital : un mauvais diagnostic pour les syndicats

Selon la ministre de la Santé, 30% des dépenses de santé ne seraient "pas pertinentes". Une chasse aux économies qui agace certains syndicats de praticiens hospitaliers.

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Opérations inutiles, examens réalisés deux fois, séjours à l'hôpital trop longsAgnès Buzyn veut en finir avec les actes inutiles dans les hôpitaux. Elle entend favoriser la chirurgie ambulatoire, qui devra représenter 70% des interventions en 2022. Des mesures dénoncées par les syndicats. Les explications du Dr Renaud Pequignot, secrétaire général d'Avenir Hospitalier et chef du service gériatrie des Hôpitaux de Saint-Maurice dans le Val-de-Marne.

  • La ministre affirme que 30% de dépenses de santé sont inutiles. Etes-vous d'accord avec ce chiffre ? 

Dr R. Pequignot : "Ce chiffre sort de nulle part. Je constate que les urgences sont pleines, les lits débordent… Dans mon service, pour chaque place qui se libère, j'ai en moyenne douze demandes, quinze pour la gériatrie, dix pour la neurologie. J'ai remarqué qu'en politique, quand on sort des chiffres de nulle part, on dit souvent « on sait bien que »… C'est ce qu'a dit la ministre : « on sait bien que 30% des dépenses sont inutiles »."

  • Y a-t-il trop de lits dans les hôpitaux en France ?

Dr R. Pequignot : "Ce serait très étonnant. Certains lits ne sont peut-être pas utilisés. Mais il faudrait savoir pourquoi. Il y a des endroits où il manque 30% des praticiens hospitaliers. Ce sont les chiffres du conseil national de gestion. Alors peut-être que par endroit du coup, il y a des lits qui sont fermés, mais ce n'est certainement pas parce qu'ils sont inutiles."

  • La ministre de la Santé fixe l'objectif de 70% d'opérations réalisées en ambulatoire d'ici 2022. Est-ce réaliste ?

Dr R. Pequignot : "Cela semble très ambitieux. Si on habitait tous dans des grandes métropoles, ce serait réalisable. Maintenant, quand on habite à 50 ou 80 kilomètres d’un hôpital, si on doit arriver à 7 heures du matin, ça veut dire qu’on se lève à 4 heures, on part à 5 heures, on arrive à 6 heures, on fait une prise de sang et à 7 heures on se fait opérer. Et puis, le soir à 19 heures, on rentre chez soi. Je serais étonné qu’on puisse y arriver. C’est très louable comme effort, mais là encore ce chiffre est peu étayé."

  • La ministre parle d'actes inutiles. De quoi s'agit-il ?

Dr R. Pequignot : "C’est microscopique. Ça peut arriver parfois car, pour l’instant, il n’y a pas de dossier patient informatisé partout. Cela veut dire qu’on peut ne pas savoir qu’un patient a eu un scanner et le refaire. C’est infime. Cela ne représente pas 30% des actes. Il y a seulement 1 ou 2% des actes qui sont faits en double. Il faut savoir qu’il y a une différence entre le public et le privé. Dans le public, on est débordé. La question est donc de savoir quel est l’acte qui va me permettre de faire avancer le patient. Dans le privé, la question est quel est l’acte que j’ai le droit de prescrire et qui me sera remboursé par la Sécu. La question n’est pas la même. Si Agnès Buzyn veut des bonnes idées, elle ne doit pas hésiter à demander aux syndicats de médecins. Apparemment, les technocrates qui entourent notre ministre ne sont pas de très bons conseils. Elle devrait demander aux experts pour avoir de bonnes idées."

Entretien avec le Dr Renaud Pequignot, gériatre et secrétaire général du syndicat Avenir Hospitalier
Entretien avec le Dr Renaud Pequignot, gériatre et secrétaire général du syndicat Avenir Hospitalier