Dons de vaccin aux pays pauvres : "On a été habitués à beaucoup d'effets d'annonce" qui "peinent à se traduire dans les faits", estime une spécialiste

Quelques centaines de millions de doses y parviennent via le mécanisme Covax, "mais ce n'est pas du tout à la hauteur de ce qu'il est nécessaire de livrer dans ces pays", selon la co-directrice de l'Observatoire de la santé mondiale, Nathalie Ernoult.

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Radio France
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Une adolescente hondurienne reçoit une dose de vaccin contre le Covid-19, samedi 25 septembre 2021 à Tegucigalpa. (ORLANDO SIERRA / AFP)

"On a été habitués à beaucoup d'effets d'annonce de la part des chefs d'Etat" qui "peinent à se traduire dans les faits", commente la chercheuse à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et co-directrice de l'Observatoire de la santé mondiale Nathalie Ernoult ce dimanche sur franceinfo, alors qu'Emmanuel Macron a annoncé que la France allait doubler les dons de vaccins aux pays pauvres, en passant de 60 millions à 120 millions de doses offertes. Selon la spécialiste, ce genre d'annonce au niveau national "signe l'échec" du Covax et donc de la solidarité internationale.

franceinfo : Emmanuel Macron a annoncé que la France allait doubler le nombre de doses de vaccin données aux pays pauvres. Qu'en pensez-vous ?

Nathalie Ernoult : C'est plutôt positif. Bien évidemment, cela répond à un besoin, parce que le mécanisme international qui avait été créé, qui s'appelle Covax, dont la France faisait partie, n'a pas réussi à acheter les doses pour les redistribuer aux pays. Elle est obligée aujourd'hui de dépendre de ces dons de doses, notamment pour les pays à bas revenu. Donc c'est une bonne mesure qui, malgré tout, signe l'échec de ce mécanisme de réponse internationale. Aujourd'hui, il y a quand même quelques centaines de millions de doses qui arrivent via Covax, mais ce n'est pas du tout à la hauteur de ce qu'il est nécessaire de livrer dans ces pays. D'ailleurs, il n'y a pas que des pays à bas revenus, mais aussi des pays à revenus intermédiaires, qui n'ont jamais pu se fournir auprès de Covax.

Il y a quelques jours, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a estimé que l'Afrique allait manquer de 500 millions de doses pour atteindre l'objectif mondial de 40% de vaccinés d'ici la fin de l'année. Pourtant, des pays occidentaux rivalisent de promesses de dons de doses. Les doses promises n'arrivent-elles jamais à destination ?

On a été habitués à beaucoup d'effets d'annonce de la part des chefs d'État, notamment depuis le sommet du G20 en mai dernier, et malheureusement ces annonces peinent à se traduire dans les faits. Je pense que c'est un petit peu ça qui explique la réaction de l'OMS. Les doses ont besoin d'arriver dans les pays aujourd'hui, maintenant, de façon graduelle bien évidemment, parce qu'il faut pouvoir les absorber en termes de mise en œuvre de la vaccination dans les pays. C'est assez urgent. On est assez habitués aux effets d'annonce qui peinent à se traduire dans les actes.

Comment expliquez-vous que l'OMS ne parvienne pas à davantage mobiliser ?

L'OMS n'a pas de pouvoir contraignant et s'appuie sur des mesures volontaires des États. Malheureusement, on fait face à une forme d'échec de la solidarité internationale qu'il va falloir étudier et repenser pour les prochaines crises. L'OMS peut faire des annonces, demander, mais est à la merci des bailleurs de fonds, des industries pharmaceutiques. Je crois que les discussions qui auront lieu dans quelques mois autour de la mise en place d'un traité pour la préparation et la réponse aux pandémies vont être assez importantes et, selon la tournure de ces discussions, on verra un rôle renforcé ou pas de l'OMS.

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