Covid-19 : pourquoi la Suisse veut prendre son temps avant de vacciner sa population

Le pays assume le fait d'attendre davantage de données avant de pouvoir autoriser les différents vaccins. "C'est une sécurité supplémentaire qui, en Suisse, répond à la demande d'une grande partie de la population", explique la directrice du centre de vaccinologie des Hôpitaux universitaires de Genève.

Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Une dose d'un vaccin contre le Covid-19, le 10 décembre 2020, à Montréal, au Canada. (DAVID HIMBERT / HANS LUCAS / AFP)

La Suisse avance avec prudence face au Covid-19. Contrairement à de nombreux autres pays occidentaux, les Helvètes ne devraient pas commencer à vacciner la population du pays avant plusieurs mois. "La Suisse n'a pas une procédure d'autorisation d'urgence, même en cas de pandémie", explique à l'AFP Claire-Anne Siegrist, directrice du centre de vaccinologie des Hôpitaux universitaires de Genève.

En Suisse, l'autorité d'homologation des produits thérapeutiques, Swissmedic, réclame davantage de données pour les nouveaux vaccins que celles qui peuvent être considérées comme suffisantes pour une autorisation d'utilisation en urgence dans d'autres pays. "Pour être clair, les agences européennes et américaines demandent deux mois de suivi. Alors qu'en Suisse, on garde la règle habituelle qui est de dire : on suit plus longtemps que deux mois, détaille celle qui est surnommée "la papesse du vaccin" par les médias suisses. Habituellement, c'est jusqu'à la fin de l'essai de phase 3, qui est, par définition, de six mois."

Une sécurité supplémentaire

Le pays a déjà commencé à anticiper la suite des événements en commandant 16 millions de doses auprès des laboratoires Oxford-AstraZeneca, Pfizer-BioNTech et Moderna. Cela permettra de vacciner les 8,6 millions d'habitants du pays, puisque ces vaccins s'injectent en deux doses. Les trois vaccins sont d'ailleurs en ce moment passés au crible par Swissmedic, comme le détaille heidi.news

Mais il n'est donc pas question de griller les étapes. "Quand on a quatre-cinq mois de suivi, on est beaucoup plus tranquille que quand on n'a que deux mois. C'est une sécurité supplémentaire qui, en Suisse, répond à la demande d'une grande partie de la population d'avoir plus d'informations", explique encore Claire-Anne Siegrist. Comme en France, la population suisse n'est pas encore convaincue par le vaccin. Près de la moitié (47%) de la population hésite à se faire vacciner et un quart refuse carrément, selon un sondage mené par la Société suisse de radiodiffusion et télévision.

"Il y a une grande proportion de la population qui est dans le doute complet pour une raison simple que je partage : on n'a eu que des communiqués de presse."

Claire-Anne Siegrist

à l'AFP

La directrice du centre de vaccinologie des Hôpitaux universitaires de Genève explique que cette partie de la population "se dit peut-être que oui, peut-être que non. Son choix va dépendre de la qualité des informations qu'on pourra lui donner et de la confiance qu'elle aura dans ces informations". En revanche, la proportion d'anti-vaccins, si elle est très active sur les réseaux sociaux, n'est pas plus grande en Suisse qu'ailleurs, selon Claire-Anne Siegrist. "Elle est beaucoup plus faible qu'en France."

"Un ou deux mois de plus, ça me paraît raisonnable"

"Aujourd'hui, cette prudence est justifiée parce que, en Suisse, nous ne sommes pas dans la situation catastrophique des Etats-Unis", explique encore Claire-Anne Siegrist. La Suisse est parvenue à redescendre, selon les derniers chiffres, sous la barre des 5 000 cas quotidiens de contamination. "On a le même virus partout, mais on a réussi à le limiter avec des mesures contraignantes pour la vie individuelle, pour l'économie, etc", ajoute la "papesse du vaccin".

Claire-Anne Siegrist espère malgré tout une campagne de vaccination dans une échéance raisonnable. "Dans deux mois, j'aurais très envie qu'on puisse commencer à vacciner parce qu'on aura les données, et ça m'agacerait beaucoup si, pour des raisons bureaucratiques, il fallait attendre et attendre encore une autorisation, prévient-elle. Pouvoir se donner un ou deux mois de plus, pour voir s'accumuler les données à prendre des pays qui vont commencer à vacciner plus tôt et voir que tout se passe bien, ça me paraît raisonnable aujourd'hui dans la situation de la Suisse."

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.