VRAI OU FAKE Epidémie de coronavirus : boissons chaudes, soleil, test à faire soi-même... Nous avons passé au crible les pseudo-conseils envoyés par un message viral

Un document abondamment partagé prétend fournir des informations sur le virus ainsi que sur la manière de s'en prémunir. Il ne donne en réalité que des recommandations fausses ou sans fondement scientifique.

Le coronavirus Sars-CoV-2 vu au microscope, le 27 février 2020.
Le coronavirus Sars-CoV-2 vu au microscope, le 27 février 2020. (NATIONAL INSTITUTES OF HEALTH / AFP)

A la rédaction de franceinfo, certains journalistes l'ont reçu de leur grand-mère ou de leur oncle, soucieux de bien faire en pleine épidémie de coronavirus. Ce texte, massivement partagé sur Facebook, sur WhatsApp et par chaînes de mails, dit fournir des informations "claires, simples et accessibles" sur le virus et la manière de se prémunir de l'infection. "On n'arrête pas le virus avec la panique mais avec l'intelligence", dit-il en préambule.

Ces informations proviendraient "d'un chercheur de Shenzhen transféré à Wuhan pour collaborer avec la task force contre l'épidémie de coronavirus". Elles auraient ensuite été réunies par une certaine Lidia Rota Vender, présidente de l'Association italienne contre la thrombose et les maladies cardiovasculaires. Le message et ses variantes circulent en français, mais aussi en anglais ou en espagnol. Le texte a évidemment fini par arriver dans les commentaires du live de franceinfo, de nombreux internautes nous interrogeant sur sa véracité. Pour leur répondre, nous avons examiné ses principales affirmations, les unes après les autres.

"Le virus ne résiste pas à la chaleur et il meurt s'il est exposé à des températures de 26-27°C"

C'est faux. Certes les virus n'aiment pas la chaleur, mais il faut une température plus de deux fois supérieure à celle évoquée dans le texte pour les neutraliser. "On estime que le virus n'est plus viable à partir d'une exposition à 56°C pendant 20 à 30 minutes ou à 65°C pendant 5 à 10 minutes", indique à Libération Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Tenon à Paris. Anne Goffard, médecin virologue au CHU de Lille confirme cette fourchette à Libération, ajoutant que "c'est ainsi que nous stérilisons nos matériels"

"Cette température va détruire les protéines de surface qui permettent au virus d'infecter les cellules", détaille dans Ouest-France Manuel Rosa-Calatrava, directeur de recherche de l'Inserm et directeur adjoint du laboratoire VirPath à Lyon. Il est enfin impossible d'affirmer qu'une météo printanière ou estivale, avec des températures plus chaudes, aura raison du Covid-19, tranchent les experts interrogés par franceinfo. S'exposer au soleil, comme le conseille le message, ne tuera pas le virus.

>> L'épidémie de coronavirus Covid-19 va-t-elle disparaître en avril grâce à la chaleur, comme l'assure Donald Trump ?

"Il est très important de consommer durant la journée toutes les boissons chaudes possibles (...) Le liquide chaud neutralise le virus"

C'est faux. Boire du thé, des tisanes, des bouillons, des soupes ou plus simplement de l'eau chaude, comme le suggère la publication, "cela ne sert à rien", tranche Anne Goffard dans Le Monde"Les virus sont tués par les hautes températures, mais on parle là de plus de 56 °C. Si l'organisme d'un humain atteint cette température-là, s'il ne peut pas le refroidir, lui aussi meurt. C'est déjà compliqué de survivre à 43°C", insiste Astrid Vabret, cheffe du service de virologie du CHU de Caen (Calvados), interrogée par franceinfo.

"Si rester hydraté en buvant de l'eau est important pour la santé en général, cela n'empêche pas d'être infecté par le coronavirus", confirme l'Organisation mondiale de la santé sur son compte Twitter philippin. Boire des boissons chaudes ne fait pas partie des mesures de prévention préconisées par les autorités sanitaires, confirme l'AFP.

"Le coronavirus est assez grand, il a un diamètre d'environ 400 à 500 nm. Cela signifie que tout type de masque peut l'arrêter"

C'est faux. Dans ses consignes d'utilisation des masques destinées aux personnels médicaux (PDF), le ministère de la Santé recommande l'usage de deux types de masques bien spécifiques : les masques filtrants FFP2 et les masques anti-projections dits "chirurgicaux".

Les premiers sont réservés "exclusivement" aux personnels hospitaliers en contact étroit et prolongé avec les patients diagnostiqués comme souffrant du Covid-19. Le second type de masque "permet de réduire la diffusion des particules potentiellement infectieuses". Ils ne sont destinés qu'aux personnes malades et à celles et ceux qui les côtoient ou les ont côtoyées. Ainsi qu'aux professionnels de santé, aux secouristes ou aux ambulanciers, lorsqu'ils se trouvent en présence d'un malade potentiel.

Quant au diamètre du coronavirus Sars-CoV-2, il varie entre 60 nm et 140 nm, d'après un rapport (en anglais) publié par des chercheurs chinois le 20 février dans la revue The New England Journal of Medecine.

"Le virus peut vivre caché dans les vêtements et sur les tissus pendant environ 6 à 12 heures. (...) Sur des surfaces métalliques, il survit pendant environ 12 heures !"

C'est discutable. L'Organisation mondiale de la santé (OMS), elle-même, reconnaît qu'"on ne sait pas avec certitude combien de temps le virus responsable du Covid-19 survit sur les surfaces". "Mais il semble qu'il se comporte comme les autres coronavirus", indique toutefois l'OMS. Les études menées sur les coronavirus et les connaissances réunies jusqu'à présent sur le Covid-19 "tendent à montrer" que les virus de ce type peuvent survivre sur les surfaces "quelques heures à plusieurs jours". Leur survie dépendant de nombreux paramètres : le type de la surface, la température ou l'humidité ambiantes notamment.

Des chercheurs allemands ont compilé des études sur la persistance des coronavirus, comme le Sras ou le Mers, sur les surfaces inanimées et ont publié leur synthèse en mars dans le Journal of hospital infection (en anglais). D'après leurs travaux, les coronavirus peuvent survivre dans certaines conditions et sur certains matériaux moins de 5 minutes, dans le meilleur des cas, comme 1 heure et jusqu'à 9 jours dans le pire des cas. Mais surtout, écrivent-ils, ils sont neutralisés dans la minute par une désinfection. L'OMS conseille donc de nettoyer avec un produit désinfectant les surfaces que vous pensez être possiblement contaminées. De même, lavez-vous les mains avec de l'eau et du savon ou une solution hydroalcoolique. Et évitez de vous toucher les yeux, la bouche ou le nez.

"Le virus s'installe d'abord dans la gorge, provoquant une inflammation et une sensation de gorge sèche : ce symptôme dure 3 à 4 jours (...) Le virus descend dans la trachée, s'installe dans les poumons causant une pneunomie. Ce passage a besoin d'environ 5 à 6 jours"

C'est faux. Le tableau clinique dressé par l'OMS est très différent. Les symptômes les plus courants du Covid-19 sont : la fièvre, la fatigue et une toux sèche. Certains patients souffrent également de douleurs, d'une congestion nasale, d'un écoulement nasal, de maux de gorge et même de diarrhée.

Ces symptômes sont généralement bénins et apparaissent de manière progressive, précise l'OMS. Mais environ une personne sur six contractant la maladie présente des symptômes plus graves, notamment des difficultés à respirer. Certaines personnes, bien qu'infectées, ne présentent aucun symptôme et se sentent bien. Environ 80 % des malades guérissent sans avoir besoin de traitement particulier.

La période d'incubation, c'est-à-dire le temps qui s'écoule entre l'infection et l'apparition des symptômes, varie de un à quatorze jours, indique l'OMS. Elle est le plus souvent de cinq jours.

"Vous pouvez faire des gargarismes avec une solution désinfectante qui élimine ou réduit le quota du virus"

Ce n'est pas prouvé. Les gargarismes ne figurent pas dans la liste des gestes barrières ou des traitements recommandés par l'OMS, les autorités françaises, comme américaines ou canadiennes. Les gargarismes sont utiles pour soulager et soigner les "maux de gorge communs", mais "pas pour le nouveau coronavirus en particulier", indique l'épidémiologiste américain Brandon Brown, professeur à l'université de Californie, interrogé par l'AFP Factuel.

Pour éviter d'être contaminé, il est conseillé de se laver très régulièrement les mains, de tousser et d'éternuer dans son coude ou dans un mouchoir, d'utiliser des mouchoirs à usage unique et de les jeter après chaque utilisation, de ne pas se serrer la main, d'éviter les embrassades, de limiter les déplacements, les rassemblements et les contacts. Et de nettoyer les surfaces potentiellement infectées avec un produit désinfectant (eau de javel, solutions à base d'alcool et autres désinfectants ménagers...).

"Prenez une grande respiration et retenez votre souffle pendant plus de 10 secondes. Si vous y parvenez sans tousser, sans sentiment d'oppression, etc., cela montre qu'il n'y a pas de fibrose dans les poumons, ce qui indique essentiellement l'absence d'infection"

Ce n'est pas prouvé. Certaines variantes du message conseillent cette "simple vérification que l'on peut faire soi-même tous les matins" afin de s'assurer qu'on n'est pas atteint par ce coronavirus. Ce test n'est pas recommandé par les autorités sanitaires françaises, ni par l'OMS. "Il n'y a pas de preuve" que cette méthode permette de diagnostiquer le Covid-19, déclare à l'AFP Factuel Tarik Jasarevic, porte-parole de l'OMS. En cas de doute, le ministère de la Santé préconise de surveiller sa température deux fois par jour et de guetter l'apparition éventuelle des symptômes d'infection respiratoire que sont la toux et la difficulté à respirer.