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Au Zimbabwe, le paludisme fait plus de ravages que le Covid-19

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Ce pays du Sud de l'Afrique est confronté à une forte hausse des cas de paludisme tout en devant lutter contre le coronavirus.

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Radio France
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Une femme et sa fille reçoivent des moustiquaires, dans un hôpital du district de Gutu, au Zimbabwe. Illustration.  (ALEXANDER JOE / AFP)

Au Zimbabwe, 152 morts depuis le début de l’année : c’est le dernier bilan de la poussée de paludisme qui touche ce pays de 16 millions d’habitants situé au nord-est de l’Afrique du Sud. C’est une hausse de 44% par rapport à la même période l’an dernier. Dans la région du Matabeleland, justement près de l’Afrique du Sud, la hausse est même de 300%. On compte 170 000 cas de personnes touchées, dont pas moins de 19 000 nouveaux cas rien que la semaine du 13 avril. Parmi eux, 10% sont des enfants de moins de 5 ans. Les chiffres devraient encore se détériorer dans les jours qui viennent, parce que le Zimbabwe est en plein dans la saison des pluies. Et c’est une période favorable à la propagation de cette maladie transmise par les moustiques, qui se reproduisent rapidement à ce moment de l’année. Le paludisme, après avoir beaucoup reculé dans ce pays longtemps dirigé d’une main de fer par Robert Mugabe, est à nouveau en essor ces dernières années. D’autant que le secteur de la santé est sinistré : le Zimbabwe manque de personnels soignants, de médicaments, et même de moustiquaires, pourtant la première et la plus simple des protections face au paludisme.   

Des symptômes similaires entre le paludisme et le Covid

L'apparition du coronavirus complique l’affaire pour plusieurs raisons. Pour l’instant, le pays ne compte officiellement que 25 cas de Covid et 3 morts, donc des dégâts très inférieurs à ceux du paludisme. Mais les chiffres sont sans doute plus importants, le nombre de tests pratiqués est très faible. En plus, les deux maladies présentent plusieurs symptômes communs : la fièvre, les courbatures, les maux de tête. Donc il peut y avoir confusion sur le diagnostic. L’Organisation mondiale de la santé ne cache pas son inquiétude, Elle souligne que l’identification des cas s’annonce plus compliquée en raison de ces similitudes de symptômes. Ajoutons que le Zimbabwe, comme la majorité des pays dans le monde, a adopté le confinement. Pour encore au moins deux semaines. Problème : ça ralentit l’approvisionnement en médicaments, y compris pour lutter contre le paludisme. Comme dans de nombreux pays d’Afrique, l’espoir réside en partie sur la chloroquine et l’hydroxychloroquine, ces produits controversés dont l’utilité contre le virus reste à démontrer. Au Zimbabwe, ils sont produits localement puisqu’ils sont utilisés contre le paludisme. Donc évidemment s’ils s’avéraient efficaces aussi contre le Covid, ce serait une très bonne nouvelle.  

400 000 morts du paludisme chaque année en Afrique

En tout cas cela vient rappeler que le coronavirus est loin d’être pour l’instant le premier des maux auxquels l’Afrique est confrontée : au 21 avril le continent dénombre 1 150 morts liés au coronavirus. Ça augmente, mais assez lentement jusqu’à présent. Le paludisme, lui, fait 400.000 morts chaque année en Afrique, dont les deux tiers sont des enfants de moins de 5 ans. Rappelons enfin que le risque principal sur le continent africain, c’est la famine. Conséquence de l’arrêt économique lié au confinement : les prix des produits de base (l’huile, le riz, le mil) flambent un peu partout. Selon un rapport de l’ONG Oxfam publié mardi, 50 millions d’Africains sont menacés par la faim d’ici à l’été prochain.  

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