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Les Français sont-ils si accros à leur téléphone portable?

Un sondage Ifop rendu public mercredi 20 février affirme que 42% des Français se disent "dépendants" à leur téléphone. Peut-on vraiment parler d'une addiction? Explications avec le psychiatre Marc Valleur.

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Propos recueillis par - Jelena Prtoric
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Selon un sondage Ifop rendu public mercredi 20 février, 42% des Français sont dépendants à leur téléphone. (STEPHANE MORTAGNE / MAXPPP)

Vous ne pouvez plus imaginer votre vie sans lui. Il vous accompagne en réunion, au lit et même dans les toilettes. Vous n'êtes pas une exception. Rendu public mercredi 20 février, un sondage Ifop* réalisé pour le Rendez-vous one-to-one de la mobilité numérique affirme que 42% des Français seraient "dépendants" à leur téléphone portable. Chez les possesseurs de smartphones, ce pourcentage atteint même 58%. Mais consulter son téléphone toutes les cinq minutes, est-ce une vraie addiction ? France tv info a cherché des éléments de réponse avec Marc Valleur, médecin-chef de l’hôpital Marmottan, centre de soins et d'accompagnement des pratiques addictives, à Paris.

Francetv info : 42% des Français seraient accros à leur téléphone portable. Ces chiffres vous semblent-ils préoccupants?

Marc Valleur : Je trouve que ces chiffres sont exagérés. De même, le terme "accro" ne me semble pas approprié dans ce cas-là.

Il y a une définition "médicale" de l'addiction : nous parlons de l'addiction quand la personne elle-même se rend compte qu’elle abuse d’une substance ou d’un comportement et que cette pratique lui apporte plus d’inconvénients que de plaisir. Ces personnes veulent changer leur conduite, mais n’y parviennent pas. 

En revanche, on peut parler d’une dépendance, ce qui n'est pas nécessairement un terme péjoratif : les gens sont dépendants de la technologie depuis toujours.

Y a-t-il un moment précis à partir duquel on bascule dans l'addiction ? Si on consulte son téléphone plusieurs fois par heure, est-on accro ?

Il n’y a pas de critères objectifs pour mesurer l'addiction, sauf peut-être dans le cas de la toxicomanie, où on peut mesurer la quantité de drogues ou d'alcool. Nous ne pouvons pas établir un nombre d’heures passées sur le téléphone portable à partir duquel on deviendrait accro.

Avec l'apparition des smartphones, les portables sont devenus de vrais outils de travail dotés de nombreuses fonctionnalités. Un appareil joue désormais le rôle de l'ordinateur, du GPS ou de la console jeu. Il est donc normal qu'on l’utilise davantage. C’est quand la dépendance devient problématique que l’on bascule dans l'addiction.

Peut-on quand même parler de risques liés à l'usage excessif des portables ?
Je pense qu'il existe un risque de la fausse socialisation, dû surtout à la convergence entre le portable et l’ordinateur. Même si nos portables sont faits pour nous faciliter le contact avec le monde, il y a un danger de se retrouver enfermés dans le monde virtuel des messages et de la communication sur internet.

Pourtant, jusqu’à maintenant, personne n’est venu dans notre hôpital en raison des problèmes d'addiction aux téléphones portables. Il y a des gens qui viennent nous consulter pour les addictions aux jeux vidéo ou aux sites pornographiques, qu’ils consultent – partiellement ou majoritairement – sur leurs portables. Cependant, dans ces cas-là, le portable n'est qu'un simple support, pas l’objet de l'addiction.

* Le sondage a été mené en ligne les 24 et 25 janvier auprès d'un échantillon représentatif de 995 personnes, selon la méthode des quotas.

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