La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, reçoit jeudi des représentants des médecins à propos de la vaccination

Les généralistes auront le droit, dès la semaine prochaine, de vacciner contre la grippe A, a en effet décidé le gouvernement.Lundi soir, la ministre avait annoncé sur TF1 avoir résilié la commande de 50 millions de doses de vaccins contre la grippe. 94 millions de doses avait été commandées à des laboratoires disposés à rediscuter leurs contrats.

Roselyne Bachelot expliquant le changement de stratégie du gouvernement sur la lutte contre la grippe A, sur TF1
Roselyne Bachelot expliquant le changement de stratégie du gouvernement sur la lutte contre la grippe A, sur TF1 (France 2)

Les généralistes auront le droit, dès la semaine prochaine, de vacciner contre la grippe A, a en effet décidé le gouvernement.

Lundi soir, la ministre avait annoncé sur TF1 avoir résilié la commande de 50 millions de doses de vaccins contre la grippe. 94 millions de doses avait été commandées à des laboratoires disposés à rediscuter leurs contrats.

"Nous pouvons maintenant les associer dans leurs cabinets à la campagne de vaccination (...) à partir de la semaine prochaine parce que la donne a changé", a expliqué Roselyne Bachelot mardi sur RTL. "Ils seront payés, nous sommes en négociation avec eux", a-t-elle ajouté.

Le Syndicat national des jeunes médecins généralistes a dénoncé la "brutale volte-face" du gouvernement. Il déplore dans un communiqué une "annonce bien tardive", en "totale rupture après des mois de discours officiels pour justifier le non recours au secteur ambulatoire" et qui "ne fait suite à aucune concertation avec des représentants médicaux et infirmiers".

L'opposition socialiste demande la création d'une mission d'information parlementaire sur la grippe A, également réclamée par le député Nouveau Centre Jean-Christophe Lagarde.

Le principal syndicat de médecins libéraux, la CSMF, s'est dit satisfait mardi de la possibilité qui va être donnée aux médecins généralistes de vacciner contre la grippe H1N1 dans leurs cabinets, mais a jugé trop tardive la décision du gouvernement.

La résiliation des commandes de vaccins
Mardi matin, Roselyne Bachelot a annoncé sur RTL qu'une commande de 9 millions de doses de vaccins contre la grippe H1N1 passée au laboratoire Sanofi-Pasteur avait été "purement et simplement résiliée sans aucune indemnité". La ministre a précisé que des négociations étaient en cours avec les autres laboratoires, qui pourraient réclamer des indemnités. "Nous allons discuter très fermement et nous avons un certain nombre d'arguments à faire valoir (...) Il n'y avait pas de clause de résiliation, mais nous sommes en face d'un changement substantiel de la nature du produit puisqu'ils (les vaccins, NDLR) nous ont été vendus comme étant des vaccins à deux injections", a déclaré la ministre. Depuis fin novembre, on sait qu'une seule injection suffit.

Lundi soir, le gouvernement a annoncé un changement de stratégie dans la lutte contre le virus H1N1, résiliant officiellement la moitié des commandes de vaccins. Les commandes de 50 millions de doses sont résiliées "pour motif d'intérêt général", a précisé lundi soir dans un communiqué le ministère de la Santé. "Il s'agit de tirer les conséquences du changement intervenu fin novembre 2009 dans le schéma de vaccination des adultes recommandé par les autorités sanitaires internationales (passage de deux à une injection)", a-t-il précisé.

Les doses n'étant pas encore livrées, n'étaient donc pas payées, a confirmé le ministère. La résiliation concerne GSK à hauteur de 32 millions de doses, Sanofi-Pasteur à hauteur de 11 millions de doses et Novartis à hauteur de 7 millions de doses.

La ministre de la Santé s'est exprimée lundi pour annoncer la volte-face du gouvernement, après deux jours de violentes critiques contre la stratégie du gouvernement, jugée très coûteuse et inefficace par l'opposition de gauche et le Nouveau centre. Ils demandent une commission d'enquête. Cinq millions de personnes ont été vaccinées à ce jour.

Les généralistes désormais autorisés à vacciner

"Qu'est-ce qui a changé ? Ce sont les livraisons de vaccins", a expliqué la ministre sur RTL. "Nous avons reçu 5 millions de vaccins unidoses depuis le début de l'année et nous avons un vrai stock de vaccins (...) Tout au long de la première phase de vaccination, nous n'avons eu pratiquement que des vaccins multidoses livrés en boîtes de 500 doses et puis nous avions un échéancier de livraison très serré." La ministre a indiqué que les généralistes seront payés pour vacciner. "Nous sommes en train de finaliser les négociations avec eux sur les rémunérations." La vaccination va durer jusqu'en septembre.

La pression, exercée par les labos, dénoncée
Les critiques à l'encontre des laboratoires se sont multipliées depuis l'annonce de la revente par le gouvernement des surplus de vaccins à l'étranger. "Dans le contexte actuel, s'il y avait une demande du gouvernement, nous sommes prêts bien sûr à rediscuter du contrat que nous avons signé ensemble", a réagi lundi GlaxoSmithKline France.

Jugés "grands vainqueurs de cette affaire" par le porte-parole du PS Benoît Hamon, les laboratoires sont accusés par le député UMP Bernard Debré d'avoir exercé une "pression absolument fantastique" en juillet. De fait, grâce à la perspective d'une pandémie mondiale, le britannique GSK prévoyait plus d'un milliard d'euros de revenus supplémentaires au 4e trimestre, le suisse Novartis 268 à 468 millions, le français Sanofi-Aventis table sur un chiffre similaire au 1er trimestre 2010, 334 millions.

La France avait commandé 94 millions de doses de vaccin auprès de GlaxoSmithKline (GSK, 50 millions de doses), Sanofi Pasteur (28 millions), Novartis (16 millions) et Baxter (50.000), pour un montant total de 869 millions d'euros, selon le ministère de la Santé.

Espérant couper l'herbe sous le pied de ses détracteurs, le directeur de la communication de GlaxoSmithKline France, Jean-Yves Lecoq, a indiqué lundi que "dans le contexte actuel, s'il y avait une demande du gouvernement, nous sommes prêts bien sûr à rediscuter du contrat que nous avons signé ensemble". "Notre ouverture à la discussion montre bien qu'on n'est pas dans le registre de la pression", selon lui. Sur les 50 millions de doses commandées à GSK, "un peu plus de 13 millions" avaient été livrées fin décembre, selon Jean-Yves Lecoq.

Dimanche, Sanofi Pasteur (division vaccins de Sanofi-Aventis) s'était également déclaré "disposé à examiner" une éventuelle demande de renégociation du contrat avec le gouvernement. Selon un porte-parole de Sanofi Pasteur, la moitié des 28 millions de doses de vaccins commandées ont été déjà livrées, l'autre moitié devant l'être "dans le courant du premier trimestre 2010 (...).