L'Assemblée nationale crée le délit d'incitation à l'anorexie

Dans le viseur de cet amendement : les sites internet pro-anorexie, dits "pro-ana". 

Selon le député Olivier Véran, l\'anorexie touche \"30 000 à 40 000 personnes\" en France, dont 90% sont des adolescents.
Selon le député Olivier Véran, l'anorexie touche "30 000 à 40 000 personnes" en France, dont 90% sont des adolescents. (AFP)

Ceux qui incitent à l'anorexie pourront écoper d'un an d'emprisonnement et de 10 000 euros d'amende. L'Assemblée nationale a créé, dans la nuit du mercredi 1er au jeudi 2 avril, un nouveau délit visant à réprimer l'incitation à la maigreur excessive. Cet amendement socialiste, voté peu avant la levée de séance, vise à punir quiconque "[provoque] une personne à rechercher une maigreur excessive en encourageant des restrictions alimentaires prolongées ayant pour effet de l'exposer à un danger de mort ou de compromettre directement sa santé". 

L'anorexie est un trouble du comportement alimentaire qui concerne entre 30 000 et 40 000 personnes en France (dont 90% de femmes). Elle compte parmi les pathologies psychiatriques ayant la plus forte mortalité.

Les sites "pro-ana" visés

Dans le viseur de cet amendement : les sites internet pro-anorexie, dits "pro-ana"."C'est un vrai gros, gros sujet que de pénaliser la provocation à l'amaigrissement excessif", a déclaré le rapporteur du projet de loi, le député PS de l'Isère Olivier Véran. Selon lui, ce nouveau délit est "nécessaire" et "la liberté d'expression sur internet ne sera pas remise en question" par cet amendement, qui a d'ailleurs reçu l'aval de la ministre de la Santé, Marisol Touraine. Olivier Véran a toutefois appelé à veiller à différencier des sites "parfois tenus par des jeunes femmes qui s'en servent comme d'un exutoire" et d'autres qui "font clairement l'apologie des méthodes pour maigrir le plus possible".

A l'initiative du député de l'Isère et de Catherine Coutelle, députée socialiste et présidente de la délégation aux droits des femmes de l'Assemblée, la commission des Affaires sociales avait déjà adopté une disposition prévoyant que "la politique de santé contribue à la prévention et au diagnostic précoce de l'anorexie mentale et des troubles des conduites alimentaires, notamment en luttant contre la valorisation de la minceur excessive".

Mais elle avait rejeté un amendement d'Olivier Véran interdisant le recours par les agences de mannequinat à des mannequins diagnostiqués en état de dénutrition. De nombreux députés, à gauche comme à droite, avaient considéré que cela introduirait une discrimination à l'embauche.