Faut-il interdire les animaux dans les cirques ?

Depuis quelques mois, le sort des animaux du cirque anime les réseaux sociaux. Après les associations de défense des animaux, philosophes et vétérinaires lancent à leur tour un cri d'alarme.

Les animaux vont-ils disparaître des cirques ? La question se pose face à l'ampleur de la contestation actuelle. Elle prend différentes formes. En avril 2018, une campagne d'affichage dans les transports en commun parisiens a été menée par l'association Paris Animaux Zoopolis. Et en mai, 107 vétérinaires ont signé une tribune dans le journal Libération et envoyé une lettre au ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot. Ils tirent la sonnette d'alarme pour dénoncer les conditions de vie des animaux sauvages dans les cirques et demandent au ministre une loi pour interdire ce genre d'établissement.

Une lutte contre la souffrance animale

Les vétérinaires évoquent le cas de Maya, une éléphante de 55 ans qui devrait être à la retraite en raison de son état de santé. Maya a une hanche arthrosique, des pieds rongés par une infection fongique (champignons), une queue nécrosée, elle se déplace difficilement et elle est dans un cirque itinérant "La Piste aux étoiles". Et malgré l'avis des vétérinaires qui l'ont examinée, ce cirque continue à la mettre en piste. Comme beaucoup d'animaux captifs, elle a développé des troubles du comportement. Elle souffre de stéréotypies, c'est-à-dire des séquences comportementales incongrues, qui n'ont pas de but, répétées et sans signal d'arrêt.

Ces comportements sont des marqueurs de troubles dus à la captivité dans des conditions qui ne respectent pas les besoins physiologiques des espèces sauvages. Ils sont constamment sur les routes, ce qui est un facteur de stress même s'ils ont des tranquillisants. Ils vivent dans des petites cages, les excréments et les urines ne sont pas évacués en permanence, ce qui provoque aussi des lésions notamment au niveau des membres.

Que dit la loi ?

Pour que la loi soit connue de tous, la Fondation 30 millions d'amis a publié récemment le premier Code de l'animal. On y trouve une partie consacrée aux animaux en captivité. Dans le code de l'environnement, un arrêté de 2011 fixe les conditions de détention et d'utilisation des animaux dans les cirques itinérants. Leurs conditions d'hébergement doivent satisfaire à des exigences minimales (évacuation des urines, litière adéquate, enclos assurant la sécurité du public hors des spectacles et pendant les spectacles). Les animaux malades ou trop âgés ne doivent plus participer aux spectacles (article 9). Enfin, dans le code rural, l'article L.214-1 stipule que tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce.

Malheureusement, la loi est difficile à appliquer dans un cirque itinérant. D'où la demande d'une loi pour interdire les cirques avec des animaux sauvages en France. 28 pays ont interdit totalement la présence d'animaux, sauvages ou non, dans les cirques alors que pour d'autres pays, l'interdiction est partielle. En France, aucune réglementation ne l'interdit mais environ 90 communes ont dit non aux cirques avec animaux car l'opinion publique change. Selon un sondage IFOP, pour la Fondation 30 millions d'amis, 67% des Français souhaitent cette interdiction.

 
Cartes publiées sur le site Cirques de France

Les circassiens contre-attaquent

Les circassiens, eux, rejettent les accusations de maltraitance. Le collectif des cirques traditionnels qui regroupe environ 250 cirques, fait aussi sa propagande et selon le délégué général de ce collectif, Christian Caffy, "l'animal a besoin de manger, de se reproduire et d'être protégé, et ça il l'a dans un cirque sans faire d'effort". Toujours selon lui, beaucoup de dresseurs ont une relation fusionnelle avec leur animal, ils n'utilisent pas de bâtons ou d'instrument provoquant des douleurs. Il n'empêche, entraîner des animaux pour les obliger à prendre des postures sur la piste pour émerveiller les spectateurs peut provoquer à la longue des lésions graves.

On parle aussi de maltraitance quand un individu est privé de sa liberté de mouvement et qu'il ne peut pas exprimer des comportements sociaux. La question est aussi morale : avons-nous le droit d'exploiter des animaux sauvages pour du divertissement et dans un but lucratif ? Les choses changent même dans le milieu du cirque. André-Joseph Bouglione témoigne dans un livre sorti le 5 avril 2018 "Contre l'exploitation animale" (rédigé en collaboration avec Roger Lahana, président d'une association anti-corrida). Il n'y a plus d'animaux dans son nouveau cirque alors qu'il était dresseur de fauves. Le reste de la famille Bouglione continue à avoir des animaux dans leur cirque et ont décidé de lui faire un procès pour éviter l'amalgame et perdre des spectateurs car en 70 ans, la fréquentation des cirques a baissé de moitié. Elle est estimée à treize millions de spectateurs par an.

L'association One Voice a par ailleurs lancé une pétition pour libérer l'éléphant (#JusticePourMaya). Plus de 100.000 signatures ont déjà été recoltées. Et l'association Code animal a aussi publié un rapport sur la condition des animaux dans les cirques.

Livre :

  • Contre l'exploitation animale
    André-Joseph Bouglione
    Ed. Tchou, avril 2018

Faut-il interdire les animaux dans les cirques ?
Faut-il interdire les animaux dans les cirques ?