Emmanuel Macron "resterait dans l'histoire s'il interdisait maintenant le glyphosate", déclare le photographe Yann Arthus-Bertrand

Alors que des manifestations se sont tenues dans trente villes de France pour dénoncer les activités de Bayer-Monsanto, le photographe Yann Arthus-Bertrand appelle à "inventer un autre système d'agriculture".

Le photographe Yann Arthus-Bertrand, dans le Domaine de Longchamp, le 10 mai 2017.
Le photographe Yann Arthus-Bertrand, dans le Domaine de Longchamp, le 10 mai 2017. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

"On est en train de tuer la vie autour de nous. Cette religion de la croissance nous emmène vers un monde difficile et compliqué", dénonce le photographe Yann Arthus-Bertrand, qui en appelle à Emmanuel Macron. "Je pense que si jamais il interdisait le glyphosate maintenant, tout de suite, il resterait dans l'histoire comme un président courageux et responsable. Sinon, tous ces gens porteront le poids des milliers de morts qui viendront dans les années à venir."

franceinfo : Pourquoi réclamez-vous un autre modèle agricole ?

Yann Arthus-Bertrand : Imaginez qu'on a perdu 30 % des oiseaux en France, on a perdu 80 % des insectes volants, 93 % des rivières sont polluées. C'est évident qu'aujourd'hui il faut inventer un autre système d'agriculture. On doit changer de système agricole. Aujourd'hui l'agriculture est la deuxième industrie française, je pense qu'on devrait aider les paysans à se transformer. Tout à l'heure, j'avais au téléphone Paul François, cet agriculteur qui a attaqué Monsanto. Il a 250 hectares de blé en bio. Il m'expliquait que le blé en bio vaut 500 euros la tonne, le blé traditionnel c'est 150 euros la tonne. Vous voyez la différence ? Travailler en bio, ça demande plus de personnes, plus d'emplois, mais en même temps, c'est beaucoup plus rentable.

Il y a donc urgence à agir, selon vous ?

En 1945, on s'est aperçu que l'amiante était dangereux. On l'a interdit en 1995. Il a fallu 50 ans pour interdire l'amiante et trois mille morts par an. Est-ce qu'il n'y a pas un homme politique courageux qui va prendre la décision définitive d'arrêter les herbicides et les pesticides ? On est en train de tuer la vie autour de nous. Tout cela pour toujours faire plus, produire plus, et les trois quarts du temps pour produire des céréales qui servent à nourrir des animaux. Cette religion de la croissance nous emmène vers un monde difficile et compliqué. On n'est pas assez radical sur les cantines scolaires bio, sur le bio dans les hôpitaux. Il y a un manque de courage et de décisions importantes à prendre.

Quelle est votre position par rapport au glyphosate en France. Son interdiction n'est pas gravée dans la loi. Qu'avez-vous envie de dire à Emmanuel Macron sur ce sujet ?

Je pense que si jamais il interdisait le glyphosate maintenant tout de suite, il resterait dans l'histoire comme un président courageux et responsable. Sinon tous ces gens porteront le poids des milliers de morts qui viendront dans les années à venir. Je pense que ces produits ne sont pas bons pour l'homme et on le sait bien. Même les paysans le savent. C'est pour ça que je pense qu'il faut les aider à se transformer. Il faut qu'il y ait une aide à la reconversion très importante. Je suis assez scandalisé que les hommes politiques ne soient pas capables de prendre des décisions plus radicales. Je suis très en colère.

À votre avis, que faut-il pour que les choses changent ?

Je pense qu'aujourd'hui, si on mangeait tous bio, il n'y aurait pas de Monsanto. Il faut faire en sorte que les prix du bio soient corrects afin que les gens qui n'ont beaucoup de moyens puissent acheter du bio. On va lancer à la rentrée, avec la Fondation GoodPlanet, un appel pour qu'on supprime la TVA sur le bio. Je pense que ce serait quelque chose d'important et d'intéressant. Je pense qu'il y a une vraie remise en cause complète de la façon de travailler des paysans. Les hommes politiques manquent incroyablement de courage. Ils ne prennent pas les décisions pour aider les paysans à se transformer.