Un monde d'avance, France info

En Bulgarie, 100 jours de manifestation contre la corruption

Dans "Un monde d'avance" jeudi, direction la Bulgarie où depuis 100 jours la population manifeste à Sofia mais aussi dans tout le pays, pour protester contre la corruption.

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !
Des Bulgares manifestent près du Parlement à Sofia, le 22 septembre 2020, contre la corruption et pour la démission du gouvernement.
Des Bulgares manifestent près du Parlement à Sofia, le 22 septembre 2020, contre la corruption et pour la démission du gouvernement. (DIMITAR KYOSEMARLIEV / AFP)

C'est simple, la Bulgarie est le pays d'Europe le plus corrompu et le plus pauvre, si l'on en croit l'ONG Transparency internationale. Et dans les faits, il se passe des choses bien étranges dans ce pays. En mai dernier, un vice-ministre bulgare a été arrêté pour trafic de déchets. Un peu plus tôt, le ministre bulgare de l'Environnement a dû démissionner avant d’être inculpé pour la même raison. En juin, deux hauts responsables bulgares de la lutte contre le trafic de drogue ont été mis en examen pour corruption... Mais il y a aussi des photos mystérieuses ou l'on voit l'actuel Premier ministre en train de dormir dans une résidence officielle avec sur sa table de nuit un pistolet et surtout des liasses de billets de 500 euros. Bref, il règne vraiment une drôle d'ambiance en Bulgarie, d'où la colère des Bulgares qui protestent depuis 100 jours contre ce qu'ils expliquent être un état mafieux.

Le Premier ministre impuissant

Cent jours de manifestation et un Premier ministre qui n'arrive pas à reprendre la main. Il a tout essayé. Réprimer les manifestations qui demandent depuis trois mois sa démission. Mais elles ont continué. Il a alors demandé à cinq de ses ministres de démissionner. Mais les manifestations n'ont pas cessé pour autant. Il a même lancé une réforme de la Constitution censée tenir compte des attentes des manifestants, mais là encore sans succès, d'autant qu'il ne détient pas la majorité qui lui permettrait de mener la réforme à son terme. Il a enfin attaqué le président Bulgare, qui n'est pas du même bord politique que lui, en l'accusant d'être à la manœuvre pour expliquer ses déboires du moment. Mais cela n'a rien changé et la colère ne retombe pas.

Peu de réaction de l'Europe

La situation est donc bloquée et l'Europe ne semble pas pressée de s'occuper du dossier. Les réactions sont un peu molles. La semaine dernière, la Commission européenne a exprimé sa vive inquiétude sur l'indépendance de la justice en Bulgarie et sur le manque de résultat du pays dans sa lutte contre la corruption. Toujours la semaine dernière, le Parlement européen a voté à une courte majorité une résolution critique envers le Premier ministre Boîko Borissof. Courte majorité car Borissof fait partie du PPE, le Parti populaire européen, et que le PPE n'était pas pressé de condamner l'un des siens. C'est ainsi que les Bulgares manifestent depuis 100 jours dans la plus grande indifférence et que cela pourrait bien durer encore quelques temps. C'est à dire jusqu'aux prochaines élections, prévues en mars 2021.

Des Bulgares manifestent près du Parlement à Sofia, le 22 septembre 2020, contre la corruption et pour la démission du gouvernement.
Des Bulgares manifestent près du Parlement à Sofia, le 22 septembre 2020, contre la corruption et pour la démission du gouvernement. (DIMITAR KYOSEMARLIEV / AFP)