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Les manifestations géantes continuent en Inde

La contestation dure depuis plus d'un mois contre le pouvoir de Narendra Modi. Et elle ne vise plus seulement la loi décriée sur la citoyenneté.

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Des étudiants indiens manifestent contre la loi sur la citoyenneté.
Des étudiants indiens manifestent contre la loi sur la citoyenneté. (MANJUNATH KIRAN / AFP)

Cela passe un peu inaperçu parce que l’actualité à l’étranger a été forte ces derniers jours. La plus grande démocratie du monde, l’Inde et son 1,3 milliard d’habitants, est plongée dans une tension sociale sans précédent.   Dimanche 12 janvier au soir, des incidents ont eu lieu cette fois à Kolkata, dans le nord-est du pays, lorsque des milliers de manifestants ont essayé de bloquer le convoi du Premier ministre Narendra Modi. Le tout aux cris de "Modi fasciste" et en brandissant des drapeaux noirs, ce qui est un symbole d’insulte en Inde. La police a forcé le passage. Bilan : une centaine d’arrestations. Mais des dizaines de milliers de manifestants ont continué à manifester toute la nuit.

Les étudiants aux avant-postes de la contestation

La contestation porte toujours sur le même sujet : la loi sur la citoyenneté, qui exclut de la naturalisation les immigrés de confession musulmane. La répression a déjà fait 27 morts. La tension reste vive également dans de nombreuses universités en ce lundi 13 janvier, en particulier dans la grande faculté Nehru de New Delhi, qui a été la proie de saccages il y a une semaine. La police, qui avait été accusée d’avoir laissé faire, a finalement arrêté une dizaine de personnes, la plupart membres d’un syndicat hindouiste ultra nationaliste proche du pouvoir de Modi.  

250 millions de grévistes

Et la contestation a pris ces derniers jours un tour économique puisque mercredi 8 janvier, le pays a connu la plus grande grève générale de son histoire. Dix des onze syndicats du pays avaient appelé à cesser le travail pour protester contre la politique économique du gouvernement. Résultat : l’Inde s’est arrêtée. 250 millions de grévistes selon les syndicats. Tous les secteurs ont été touchés : les transports, l’éducation, les usines, les bureaux administratifs, les fermes agricoles. Non seulement au nord, à forte population musulmane (où la contestation est donc attisée par la loi sur la citoyenneté) mais aussi au Sud, les régions du Kerala ou du Karnataka. Les syndicats réclament une hausse du salaire minimum, et dénoncent les processus de privatisation en cours dans le pays. Les indicateurs économiques, longtemps au vert, se dégradent : le chômage atteint 9% dans les villes et l’inflation gagne, en particulier les produits de première nécessité comme le riz et la farine.  

Le rôle des stars de Bollywood

Cette contestation a toutefois du mal à trouver une traduction politique parce que Narendra Modi a été facilement réélu l’an dernier. Et l’opposition, le parti du Congrès de la famille Gandhi, est largement discréditée. Même si Sonia Gandhi est montée au créneau, ce lundi 13 janvier, pour dénoncer les violences dans les universités. L’opposition vient davantage des pouvoirs locaux, certaines régions refusent de mettre en œuvre la loi sur la citoyenneté. Et puis il y a aussi la Cour suprême, la plus haute juridiction indienne : vendredi10 janvier, elle a contraint le pouvoir à rétablir l’accès à Internet, bloqué depuis cinq mois au Cachemire. Enfin, il y a les stars de Bollywood, l’empire du cinéma indien, qui commencent à entrer dans la danse : plusieurs d’entre elles, notamment Deepika Padukone, une star là-bas, ont exprimé leur soutien aux étudiants en colère. Vu d’ici ça peut paraître anecdotique, ça ne l’est pas, vu la notoriété de ces vedettes.

Des étudiants indiens manifestent contre la loi sur la citoyenneté.
Des étudiants indiens manifestent contre la loi sur la citoyenneté. (MANJUNATH KIRAN / AFP)