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En Australie, une psychose au goût de fraise

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Tous les jours, dans "Un monde d’avance", un coup de projecteur sur une actualité à l’étranger restée sous les radars. Aujourd’hui, direction l'Australie, secouée par une étrange affaire qui touche les fraises.

Article rédigé par
Jean-Marc Four - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
Fraises d'un supermarché de Sydney. (ERIK ANDERSON / AAP / MAXPPP)

Imaginez, vous êtes tranquillement en train de manger une fraise, et soudain vous sentez une piqure vive dans votre bouche, vous recrachez par réflexe, et là il y a une aiguille dans la fraise : une simple aiguille de couture. C’est ce qui est arrivé il y a huit jours à un habitant du Queensland, dans le nord-est de l’Australie, la région célèbre pour la Grande Barrière de corail. Il a dû être hospitalisé : il avait quand même avalé une partie de l’aiguille.

L’affaire aurait tout de l’anecdote, si l’histoire en était restée là. Seulement voilà, en l’espace d’une semaine, on en est à dix cas de ce genre un peu partout dans le pays, avec le même scénario à chaque fois. Par exemple, cette fois dans le sud de l’Australie, une mère de famille découvre elle aussi une aiguille dans une barquette de fraises entamée. Et son fils est parti à l’école avec le reste de la barquette. Coup de fil en urgence à l’école. Finalement il n’y avait pas d’autre aiguille. Le dernier cas en date, c’était dimanche 16 septembre dans l’ouest du pays. L’affaire fait désormais la une de tous les médias et commence à inquiéter sérieusement.  

Les consommateurs boudent les fraises

Les pouvoirs publics ont lancé une consigne à tous les consommateurs : ne croquez pas dans les fraises, coupez-les en deux d’abord, au cas où il y aurait une aiguille au milieu. Ensuite, ils ont promis une grosse récompense, 60 000 €, à toute personne qui pourrait faire avancer l’enquête. Parce que pour le reste, il n’y a aucune piste. La police a bien arrêté une femme qui était en train d’introduire une aiguille dans une banane. Mais elle a visiblement une santé mentale douteuse et aurait fait cela "par imitation".

Les producteurs et distributeurs, eux, sont sous le choc. Les consommateurs, évidemment, boudent les fraises. Le tarif de la barquette a été divisé par trois en une semaine. Deux chaînes de supermarchés ont carrément retiré les fruits de la vente depuis ce week-end. La Nouvelle-Zélande voisine a bloqué toute importation de fraises australiennes. Donc pour la filière, qui pèse environ 100 millions d’euros, c’est la catastrophe ! D’autant plus que l’Australie est un pays où la sécurité alimentaire des fruits et légumes est prise très au sérieux, avec beaucoup de contrôles, y compris quand vous passez d’une région à l’autre. 

Acte de terrorisme ?

Les médias australiens parlent carrément de "food terrorism", de "terrorisme alimentaire". On n’en est pas là.  L’hypothèse officielle la plus probable reste celle d’un employé qui aurait voulu se venger d’une chaîne de distribution de primeurs. Mais il y a d’autres possibilités : un acte signé de militants radicaux qui veulent dénoncer la chaîne agroalimentaire, voire du terrorisme tout court. L’an dernier, une étude universitaire américaine estimait que tôt ou tard le terrorisme islamiste essaierait d’empoisonner la nourriture. Il semblerait même que le groupe État islamique ait effectué des expériences dans ce sens sur des cobayes humains quand il contrôlait la ville de Mossoul en Irak.  On est évidemment un peu loin des simples aiguilles de couturier, mais le fait est que la chaîne alimentaire, avec tous ses intermédiaires, est vulnérable aux malveillances. 

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