L'avenir des trottinettes à Paris : "La votation locale est une très bonne solution qui permet aux élus d'être en dialogue", selon Jean Viard

Les Parisiens se prononcent demain par votation sur le maintien ou non des trottinettes en libre-service dans la capitale. Est-ce un vote utile ? Sur quoi peut-il déboucher ? La réflexion du sociologue Jean Viard sur ce genre d'initiative populaire.
Article rédigé par France Info - jean Viard
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Les Parisiens se prononcent le 2 avril par votation pour ou contre le maintien des trottinettes dans la capitale. (BRUNO LEVESQUE / MAXPPP)

Questions de société intéressante à l'occasion du vote des Parisiens, ce dimanche, pour le maintien ou non des trottinettes électriques en libre service dans la capitale. Une démarche populaire décryptée par le sociologue Jean Viard.

franceinfo : Ce genre de votation est-il un outil pertinent pour la prise de décision politique ?

Jean Viard : Je crois qu'on est dans une crise démocratique très forte. On vit dans son territoire, on y est très présent, on connaît les sujets, donc je crois que la votation locale est une très bonne solution et, en plus, cela permet aux élus d'être en dialogue. Mais ce qui est compliqué, c'est que c'est à Paris seulement. On demande aux Parisiens de voter sur les trottinettes, mais les utilisent-ils ? Il y a 400 000 usagers à peu près en Ile-de-France, dont un quart de touristes, mais l'usage n'est pas forcément liés à ceux qui habitent Paris intra-muros.

Qui décide de la vie à Paris ? C'est une question essentielle parce que l'Ile-de-France compte 11 millions d'habitants, il y a plus de 30 millions de visiteurs par an qui viennent de l'extérieur. On est des millions de provinciaux à venir plusieurs fois par mois. Donc qui peut décider de cette ville ? Quel est le corps électoral ? Il aurait été légitime qu'il comprenne les Parisiens, les Franciliens, les touristes, etc.  Tous les usagers de la ville, au fond, ont un mot à dire, à mon avis sur cette question.

Les opérateurs de trottinettes en libre-service ont fait de grosses campagnes de communication pour essayer de mobiliser les jeunes parce que, d'après eux, les trois quarts des usagers ont moins de 35 ans. Or, les jeunes sont ceux qui votent le moins ?

Oui, surtout que dans les jeunes, il y a beaucoup d'étudiants qui souvent votent dans leur ville d'origine. Paris est une ville plutôt âgée et plutôt de milieu social très supérieur vu le niveau moyen des loyers. D'un côté c'est un vote pour ou contre madame Hidalgo. De l'autre, le risque c'est que ce soit personnes âgées contre jeunes. Regardez au Japon : les trottinettes sont immatriculées, elles peuvent rouler sur la route à une certaine vitesse, sur le trottoir à 6 km/h. C'est un débat dans toutes les villes du monde sur comment se déplacer de manière écologique avec des objets moins gros que la voiture et moins polluants. Il faut bien voir la complexité de la nouvelle mobilité urbaine et il ne faut pas que ce soit un affrontement entre usagers. 

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