Patron, chef d'entreprise, France info

Brexit : l'essentiel est "d'assurer les conditions de loyauté" sur le commerce entre le Royaume-Uni et l'UE, estime le Medef

Sur franceinfo, Bernard Spitz, président du pôle International et Europe du Medef, a prévenu jeudi que "les situations seront très différentes selon les entreprises et les secteurs" après le Brexit fixé vendredi à minuit.

Bernard Spitz, sur franceinfo le 27 mai 2019.
Bernard Spitz, sur franceinfo le 27 mai 2019. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

Alors que le Parlement européen a largement validé le Brexit mercredi 29 janvier, et que le Royaume-Uni doit sortir de l'UE ce vendredi à minuit, des patrons d'entreprises françaises se disent inquiets du cycle de négociations sur les échanges commerciaux qui commencent dès le 1er février. Bernard Spitz, président du pôle International et Europe du Medef, invité de franceinfo jeudi 30 janvier, estime que l'essentiel est de "d'assurer les conditions de loyauté", et "qu'il n'y ait pas de concurrence déloyale réglementaire" entre le Royaume-Uni et les pays de l'UE.

Le Brexit, c'est un plongeon dans l'inconnu ?

Bernard Spitz : Le paradoxe, c'est qu'à partir du 1er février, en optique, rien ne change. Il n'y aura pas de contrôles douaniers, rien ne sera changé dans la vie des entreprises et des personnes. Mais le compte à rebours commence, et nous savons qu'à la fin de l'année, il y aura des contrôles. Les situations seront très différentes selon les entreprises, selon les secteurs. Elles sont prêtes selon des niveaux inégaux. Par exemple, pour les médicaments, il y aura des questions d'autorisation de mise sur le marché. Selon les tailles des entreprises, selon l'importance de leurs échanges avec le Royaume-Uni... C'est le pays avec lequel on fait le plus d'excédents commerciaux. On a quelque chose comme 100 000 entreprises qui échangent avec le Royaume-Uni, et pour elles, ces négociations sont clés.

Le Brexit aura-t-il un impact sur l'activité des entreprises françaises dès cette année, pendant les négociations ?

En théorie, non. Mais il faudra qu'elles se préparent. Les entreprises ne vivent pas au jour le jour. Elles anticipent les futurs acords, les futurs contrats. Dès qu'on se projette au-delà du 31 décembre, effectivement cela a des conséquences, il faut s'y préparer. Jusqu'à présent, on n'était pas sûrs que le Brexit aurait lieu, donc beaucoup ont attendu. Maintenant, c'est une certitude, il faut donc anticiper. Il faut qu'elles fassent l'inventaire des problèmes que cela leur pose dans leurs échanges, et compte tenu de la nature de leurs produits, de leur degré de fragilité, de la durée de vie des produits. Certaines vont choisir de s'absenter pour la production sur le territoire britannique, d'autres doivent mettre en place une chaîne pour s'assurer que les exportations et les importations de leurs produits ne vont pas être pénalisées.

Il y aura donc onze mois de négociations. Est-ce que le gouvernement [français] vous accompagne assez ? Quel serait l'accord idéal pour vous ?

Un accord loyal et équilibré, dans lequel il n'y a pas de différence de nature réglementaire qui assurerait une espèce de dumping réglementaire pour le Royaume-Uni. Tous les gouvernements de l'Union seront vigilants et on peut faire confiance à Michel Barnier pour conduire les négociations dans l'intérêt des Européens. Aujourd'hui le gouvernement britannique veut afficher sa différence sur le plan réglementaire. L'essentiel c'est d'assurer les conditions de loyauté, qu'il n'y ait pas de concurrence déloyale. Ce sera la clé des négociations. 11 mois, c'est 11 mois théoriquement car si l'on voulait conclure pour le 31 décembre, il faudrait arriver à boucler ça bien avant. Il n'est pas exclu qu'il y ait une prolongation de cet accord. Le gouvernement britannique dit que non, que ce serait bouclé avant la fin de l'année. Mais la plupart des observateurs pensent que c'est beaucoup trop court et qu'il faudra bientôt demander des délais.