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Nouveau monde. Vendre nos données personnelles ? Pas si simple…

Puisque les réseaux sociaux exploitent nos données personnelles gratuitement, Gaspard Koenig et son think tank Génération Libre proposent d’instaurer un droit patrimonial des données.

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Un écran affiche les logos Faceboog et Google.
Un écran affiche les logos Faceboog et Google. (MAXPPP)

Vendre ses données à Google ou Facebook ? Se faire payer pour utiliser les réseaux sociaux ? La proposition étrange de Génération Libre soulève de nombreuses questions.

Le think tank (groupe de réflexion) Génération Libre, dirigé par l’intellectuel français Gaspard Koenig, propose d’instaurer un droit patrimonial des données. Cela permettrait à quiconque de monnayer les informations le concernant. Dans un sens, cette idée rejoint la proposition surprenante de Julien Dray qui suggère que les géants du web versent 50 000 euros à tous les Français à leur majorité. Tout aussi iconoclaste : un artiste français vient d’adresser à Mark Zuckerberg, le PDG de Facebook, une facture 350 000 milliards de dollars en échange de tout l’argent qu’il aurait fait gagner à Facebook en étant simplement membre du réseau social. 

Si c’est gratuit, c’est vous le produit

Cette drôle d’idée part d’un double constat. D’une part, nos données personnelles nous appartiendraient au même titre que notre corps, selon Génération Libre. D’autre part, les services numériques que l’on utilise, en réalité, ne sont pas gratuits puisqu’ils sont financés par la publicité qui s’appuie sur l’exploitation de nos données personnelles (adresses emails, adresses IP, géolocalisation, etc.). Vendre ses données serait donc un juste retour des choses face aux géants du Web qui engrangent des milliards de dollars.

Combien valent nos données ?

Bien que cette idée soit séduisante, elle paraît peu réaliste. D’abord, parce que, prises individuellement, ces données ne valent pas grand-chose (Génération Libre, en attendant une estimation réelle, parle déjà d’à peine 10 euros par an et par personne). Un peu comme les bulletins de vote, c’est l’agrégation de millions de données qui a de la valeur. Ensuite, nous retirons déjà un bénéfice de l’exploitation de nos données puisque nous utilisons ces services. Nos données servent même à les faire fonctionner et à les améliorer sans cesse (ex : sans un grand nombre d’utilisateurs, Waze ne fonctionnerait pas). Gaspard Koenig propose que l’on puisse au moins avoir le choix : soit, vendre ses données, soit payer.

Cependant, il y a aussi des questions "philosophiques". Selon certains, la vente de données personnelles serait un premier pas vers la marchandisation de l’être humain. Sans compter que l’on risquerait d’en perdre le contrôle, ce qui ouvrirait la porte à des utilisations abusives (revente à des tiers sans contrôle, surveillance de masse en toute légalité, etc.).

Protéger ses données

La vente de données est, en somme, un peu comme la vente d’organes : y être favorable relève d’une idéologie et d’un modèle de société particuliers. En Europe, la tendance est clairement, au contraire, au contrôle et à la protection de ces données contre la marchandisation. C’est l’objet du règlement européen RGPD qui entrera en vigueur en mai prochain. Et pour ceux qui ne souhaitent pas que leurs données soient exploitées, il existe des solutions alternatives, comme le moteur de recherche Qwant qui se fait fort de ne collecter ni exploiter aucune information personnelle.  

Un écran affiche les logos Faceboog et Google.
Un écran affiche les logos Faceboog et Google. (MAXPPP)