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Ces Allemandes qui ne veulent pas avoir d'enfants

L'Allemagne a un taux de fécondité parmi les plus bas au monde. En Allemagne, une femme sur cinq ne fera pas d'enfant. Une proportion qui grimpe jusqu'à 40% chez les surdiplômées. Le seuil de renouvellement des générations n'est donc pas atteint (1,4 enfant par femme en Allemagne, contre près de deux en France). Delphine Bauer a rencontré ces femmes allemandes, qui ont choisi de ne pas être mères, pour une enquête publiée dans "Marie-Claire".

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Comment expliquer les raisons de cette
"kinderlosigkeit " (infecondité) ?

 

Il y a des raisons culturelles : la société allemande
reste très rigide sur la question de la femme qui travaille, perçue naturellement
comme une "mauvaise" mère. Des raisons historiques, puisqu'à la
réunification, le taux de natalité global a rejoint le taux de l'ouest, plus
faible qu'à l'Est, et n'est jamais remonté par la suite.

Il y a également des raisons structurelles : le manque
de places dans les crèches, qui fait que seuls 16% des enfants en bas âge sont
admis, contre 28% en France, en plus des horaires d'ouverture absolument pas
pratiques pour une femme active.

Certains, une minorité, parlent aussi des stigmates du passé
nazi de l'Allemagne, quand la femme n'était qu'une matrice : elle chercherait à
s'en émanciper.

Une autre raison est économique : les études durant
longtemps, et le monde du travail étant très compétitif, les Allemandes n'ont
pas envie de sacrifier leur carrière pour leur famille : celles qui ont envie
de tout combiner sont frustrées ou leur vie devient un enfer !

Comment vivent ces Allemandes ?

Elles ne sont pas malheureuses car elles n'ont pas eu d'enfants.
C'est effectivement une situation compliquée pour celles qui veulent concilier
vie familiale et vie professionnelle. Les femmes qui ont fait le choix de ne
pas avoir d'enfant l'assument totalement.

Beaucoup pensent que la transmission aux générations futures
peut passer par autre chose qu'un lien biologique : des investissements
dans des associations, l'implication dans l'éducation des enfants dans la
famille, de ses amis...

Quelles sont les conséquences de cette
"
Kinderlosigkeit " ?

L'Allemagne va subir une baisse de la démographie et se
dépeupler dans les prochaines décennies de façon très claire et inquiétante. La
population active va également diminuer. A terme, ce manque d'enfant va aboutir
d'ici 2050 à une baisse de la population active de 40 à 26 millions de
personnes. Baisse qui entraînera une baisse des cotisations sociales, et donc
une remise en question du financement des aides sociales.

Comment réagit le gouvernement ?

Les autorités ont pris ce sujet très au sérieux. Il est
l'une des priorités du gouvernement car il faut inverser la tendance.
L'Allemagne a besoin de ses femmes sur tous les fronts : pour travailler, mais
aussi pour faire des enfants.

Angela Merkel a donc mis en place un programme de politique
familiale très onéreux (200 milliards d'euros par an), censé faciliter le
travail des femmes et leur vie de mère (création de 500
000 places de crèches, indemnisation pendant le congé maternité, garantie
de retrouver son emploi, répartition congé maternité-congé paternité pour ne
pas tenir éloignées les femmes trop longtemps de leur emploi).

Quels sont les effets de ce programme ?

Pour le moment, les démographes remarquent une légère
inversion de la tendance chez les naissances, mais il est trop tôt pour
affirmer que la politique familiale de Merkel fonctionne. On ne le verra que
dans les années à venir.

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