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REPORTAGE VIDEO | L'Irak au bord du chaos ?

VIDEO |Les djihadistes de l’Etat islamique en Irak et au Levant sont maintenant à 90 km de Bagdad. Et les divisions sont telles entre les groupes confessionnels qu’on a du mal à imaginer un sursaut. Etienne Monin et Gilles Gallinaro sont à Erbil, capitale du Kurdistan irakien.
Article rédigé par Etienne Monin
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
  (Un barrage kurde sur la route de Mossoul © RF/ Etienne Monin)

 

L'onde de choc, pour Ali Aziz,  cela se traduit par un exil de quelques kilomètres. Hier soir il a dormi sous les tentes bleues d’un camp de réfugiés. C’est un héros involontaire de la prise de Mossoul, puisqu'il a fait partie des militaires chiites rattachés au gouvernement, qui ont abandonné la ville aux fondamentalistes. Il jure pourtant  qu’ils ont résisté mais qu’ils avaient l’ordre de reculer.

D’où l’impression aujourd’hui de ne plus savoir qui est dans quel camp. "Peut-être qu'il y a eu une alliance entre les djihadistes et des officiers de l'Irak. Il y a eu de l'aide d'habitants dans la ville".

  

Y a-t-il beaucoup de réfugiés comme lui de ce côté du Kurdistan irakien ?

 

Non c’est une surprise. On compte une cinquantaine de familles. Elles sont installées dans un camp qui est à cheval entre le secteur de Mossoul et le secteur kurde. Certains sont là  parce qu'ils craignent la brutalité du régime, comme Khaldoun qui est sur la route  depuis dimanche avec dix membres de sa famille. "*On a eu peur parce qu'on pense que le Premier ministre va envoyer des avions pour bombarder. Ce serait une guerre aveugle".

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Mais on voit aussi des gens qui vont et viennent depuis Mossoul. Parmi eux on croise plutôt des sunnites, la confession des djihadistes de l’Etat islamique en Irak. Et ceux-là ne sont pas mécontents d’être débarrassés de l’armée régulière chiite. Explications d'Ali : "L'armée irakienne embête les gens, elle nous fait du mal. Elle est très cruelle. Elle oblige parfois les gens à quitter leur logement.

 

Comment les Kurdes gèrent-ils ce bouleversement à quelques dizaines de km de leurs frontières ?

  

Ils ont sécurisé une ville qui leur est chère : Kirkouk. Mais ils ne sont pas partis en guerre ouverte contre les djihadistes. Ils ont un tel contentieux avec le premier ministre chiite, qu’on est plutôt dans un "chacun pour soi"  d’après le maire kurde de la ville de Rabate, Rosguard Mustafa : "Nous on ne veut pas faire la guerre gratuitement. S'il y a un intérêt pour les Kurdes, on peut faire une alliance politique avec les djihadistes. Si on pense que c'est bon pour les Kurdes, on s'engagera".

 

Les Kurdes craignent maintenant les attentats. Des hommes en armes filtrent minutieusement les entrées sur leur territoire. Et hier plusieurs dizaines d’Irakiens arabes sont restés bloqués,  avec le sentiment amer pour ce jeune garçon Breda, d’être perçu comme un étranger dans son propre pays. Et autant, malgré tout, l’opposition syrienne a réussi à s’unir contre le fléau djihadiste. Autant en Irak, c’est une inconnue et donc une situation particulièrement sérieuse.

 

 

 

 

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