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Comment Moscou a mis la main sur la Crimée ?

La Crimée est bel et bien passée sous contrôle russe ce lundi. Il a suffit d'un week-end pour que Moscou ampute de fait l'Ukraine d'une partie de son territoire, et ce, sans tirer un coup de feu. Le plus de France Info revient ce matin sur ce coup de force avec l'une de nos envoyées spéciales en Crimée, Alice Serrano.

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Presque partout en Crimée, les trois couleurs de la Russie ont remplacé les deux couleurs de l'Ukraine. Tous les édifices publics ont changé d'allégeance. L'armée russe contrôle tous les points stratégiques du pays : aéroports civil et militaires, frontières avec le reste du pays. Les bases militaires ukrainiennes sont encerclées. Dans la soirée de dimanche, le commandant en chef de la marine ukrainienne déclare porter allégeance au pouvoir local : "Moi Denis Berezovski, je porte allégeance aux autorités locales de Crimée. Je jure d'obéir au chef de la Crimée et de Sébastopol, et de suivre les règles militaires. Je jure d'accomplir mon devoir avec dignité et de protéger courageusement la vie des habitants de Sébastopol et de Crimée " .

"Les soldats voulaient nous désarmer"

L'homme qui venait d'être nommé par Kiev a-t-il été contraint ? En tout cas l'armée russe exerce une véritable pression sur les troupes navales. Dans l'après-midi d'hier, un millier d'hommes cagoulés, kalachnikov à la main, encerclent la base des garde-côtes de Perevalny, à une demi-heure de Simferopol. Les militaires ukrainiens résistent. Leur colonel Serguei Storozenko : "Les soldats voulaient nous désarmer. Mais j'ai répondu que je ne laisserai pas faire comme le stipulent les règles de l'armée. Les militaires qui se sont présentés comme étant russes n'ont pas donné les raisons de leur geste ". 

Le militaire semble livrer sans convictions un discours convenu. Ce lundi matin la caserne est toujours encerclée comme d'ailleurs la plupart des autres bases militaires ukrainiennes dans le reste de la Crimée. Deux postes de douane ont également été investis. Les russes empêchent clairement l'armée ukrainienne, basée dans la péninsule, de réagir.

La population et pouvoirs locaux soutiennent les Russes

Les militaires bénéficient de deux soutiens majeurs : la population et le pouvoir local. Un nouveau Premier ministre de Crimée, Serguei Axionov, est d'ailleurs rapidement installé. Depuis, les drapeaux russes flottent au-dessus du siège du gouvernement et du Parlement.

Le bras armé de ce pouvoir local, les milices, ont pour mission de diffuser à souhait la propagande pro-russe, comme l'explique Alexandre : "Qui mieux que notre grand frère peut nous venir en aide ? Les russes ne veulent pas nous annexer, ils veulent simplement nous protéger comme un grand frère ".

"Je n'ose même plus parler ukrainien"

Les militaires peuvent aussi compter sur le soutien de la population locale, à 60% russe. La vie continue d'ailleurs à Simferopol. Les habitants font leurs courses, se promènent en famille, comme si de rien n'était. On n'a pas peur de ce "Grand Frère". Ici on parle d'ailleurs russe, on regarde les medias russes. L'occupation est perçue comme une évidence pour Linia : "Les militaires russes sont ici pour nous protéger, nous et notre péninsule, contre le pouvoir illégitime de Kiev et contre les fascistes. Contrairement à ce que vous dites, les Russes n'o ccupent pas la Crimée, ils nous soutiennent et nous protègent ".

Seuls quelques habitants voient d'un mauvais œil ce drapeau russe à leurs fenêtres : les tatares, mais pas seulement. Nous avons rencontré des militants pro-Maïdan. Liouba dit craindre pour sa sécurité : "Oui je suis vraiment effrayée. Je ne porte plus sur mois le ruban aux couleurs jaune et bleu de l'Ukraine comme je le faisais depuis trois mois durant la résistance de la place de Maïdan. J'ai peur de me faire agresser dans la rue. Avant je parlais ukrainien maintenant je n'ose même plus ".

Vladimir Poutine a réussi le tour de force de prendre la péninsule sans véritables affrontements. Reste à savoir quelles vont être les réactions de Kiev et des capitales occidentales.

 

 

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