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Les sanctions décidées contre la Russie

Le continent européen, et le monde dans son ensemble, sont secoués par le déclenchement soudain, jeudi 24 février, d'une guerre en Ukraine, invasion décidée unilatéralement par Vladimir Poutine. Plusieurs pays ont immédiatement déclenché des sanctions. Quels seront leurs effets ? 

Article rédigé par franceinfo, Grégoire Lecalot
Radio France
Publié
Temps de lecture : 95 min
Pologne, le 26 février 2022. Des familles ukrainiennes et leurs enfants passent la frontière de l'Ukraine à la Pologne à Korczowa-Krakovets. Les Nations Unies déclarent que plus de 50.000 Ukrainiens ont fui leur pays depuis 3 jours en direction de la Hongrie, de la Pologne et de la Roumanie. Des sanctions contre la Russie ont immédiatement été décidées par plusieurs pays.  (JANEK SKARZYNSKI / AFP)

Le mot de l'éco en cette période d'invasion et de guerre en Ukraine, c'est le mot "sanctions". Quelles répercussions pour les entreprises européennes et françaises ? 

franceinfo : Des sanctions pour quels résultats ? Quelles sont les cibles de ces sanctions ? 

Grégoire Lecalot : Les sanctions ont donc été décidées par plusieurs pays contre la Russie de Vladimir Poutine. Il s'agit de limiter l'accès de la Russie aux capitaux européens. Ce sera donc plus difficile pour la Russie de financer sa dette, bloquer carrément des financements à des entreprises d'Etat, de réduire son accès à des technologies sensibles, et d'interdire l'exportation de certains matériels.

Des banques russes sont visées par les sanctions américaines, notamment les deux plus grandes du pays, Sverbank et VTB Bank, qui se voient restreindre l'accès aux marchés financiers américains. Plusieurs grandes entreprises d'État russes subissent la même sanction, par exemple le géant Gazprom, qui a la main sur l'exportation de gaz, via des pipelines.

Enfin des sanctions personnelles, à commencer par Vladimir Poutine et Sergueï Viktorovitch Lavrov, ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie : saisies d'avoirs, interdiction de voyages ou de visas.

Et la question numéro un Grégoire, ces sanctions seront-elles efficaces ?

L'historique des sanctions, de Cuba à celles prises en 2014 déjà contre la Russie, suite à l'annexion de la Crimée, ne plaide pas en leur faveur.

De Bruno Le Maire à Joe Biden, tous les dirigeants l'admettent : ces sanctions mettront du temps à produire leurs effets. La Russie ne se prive pas de son côté de mettre en avant ses énormes réserves financières et de change qu'elle a constituées, et de menacer de tourner son économie vers la Chine.

Les pays occidentaux menacent de dégainer d'autres sanctions. Mais plus elles sont fortes, plus elles risquent d'être douloureuses pour eux-mêmes. Ainsi, l'exclusion du système de paiements interbancaires Swift ne plaît pas à l'Allemagne. Berlin, très dépendant du gaz russe, n'est pas non plus favorable à un boycott des exportations d'énergies russes, de même que l'Italie. Bref, à quoi reconnaît-on une sanction économique rapide et efficace : eh bien, c'est qu'elle fait mal aussi à celui qui l'impose.

Et à ce stade, est-ce que les actuelles sanctions vont faire mal aux entreprises françaises ?

La Russie n'est pas un gros marché pour elles. Certaines ont des filiales, comme Rosbank pour la Société générale, mais qui n'est pour l'instant pas visée par les sanctions. Ou Renault via AvtoVAZ, qui construit les fameuses Lada. Son marché est surtout à l'intérieur de la Russie. Donc, elle n'aura pas de souci d'export. Mais elle pourrait, à terme, se retrouver en difficulté pour trouver des pièces frappées d'interdiction, comme des composants électroniques.

TotalEnergies couve deux gigantesques projets d'exploitation gazière, à Yamal et dans l'Arctique. Mais il s'agit pour les deux de gaz liquide, destiné au Japon et à la Chine. TotalEnergies n'a pas encore bouclé son projet arctique. Et pour éviter qu'il ne tombe sous le coup des sanctions américaines, liées à l'annexion de la Crimée en 2014, le groupe a soigneusement évité de le monter en dollars. Il l'a financé en euro, en yen japonais et en yuan chinois, sans recourir à des technologies américaines.

TotalEnergies a assuré qu'elle respecterait les sanctions mais il est aussi possible, dans une certaine mesure, pour des entreprises occidentales, de s'en accommoder...

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