Le monde est à nous, France info

Colombie : après la pandémie de Covid-19, l'explosion sociale

De nouvelles manifestations sont annoncées mercredi 12 mai en Colombie, en proie depuis deux semaines à une contestation sociale inédite contre le gouvernement. 

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !
Des policiers colombiens arrêtent un manifestant lors d\'une manifestation contre le gouvernement à Cali (Colombie), le 10 mai 2021.
Des policiers colombiens arrêtent un manifestant lors d'une manifestation contre le gouvernement à Cali (Colombie), le 10 mai 2021. (LUIS ROBAYO / AFP)

Deux semaines que le pays a basculé dans le chaos. Deux semaines que la colère enfle de jour en jour au fil d'une répression terrible et d'un bilan qui s'alourdit : au moins 42 morts, des centaines de disparus et plus de 1000 blessés. C'est la plus importante mobilisation depuis des décennies – dans un pays plus habitué à lutter contre la guérilla qu'à la contestation sociale.

L'ONU, l'Union européenne, l'Organisation des États américains (OEA) et plusieurs pays, dont les États-Unis, ont dénoncé l'usage "disproportionné" de la force publique lors des manifestations. Car la police tire désormais à balles réelles dans la foule : c'est le retour d'une violence d’État qui rappelle les heures sombres d'une grande partie de l'Amérique Latine.

En Colombie, les forces de l’ordre sont plus habituées à lutter contre les guérilleros et les membres des cartels qu'à contenir les manifestations de colère sociale. Mais elles ont répondu de la même manière, avec une brutalité meurtrière encouragée par Ivan Duque. Le président n'a pas hésité à qualifier les manifestants de "vandales" et de "terroristes" menaçant la sécurité du pays.

On a vu aussi réapparaître les milices privées et des groupes paramilitaires proches du pouvoir, comme ceux qui ont mis le pays à feu et à sang pendant des dizaines d'années au prétexte de lutter contre les Farc. De nombreux appels aux armes circulent sur les réseaux sociaux d’extrême-droite.

À l'origine, une réforme fiscale contestée

L'élément qui a servi de détonateur, c'est une réforme fiscale très pénalisante pour les classes moyennes. Pour redresser l'économie après la pandémie, le gouvernement a voulu augmenter la TVA, élargir la base d'imposition. En gros il a essayé de faire rentrer de l'argent dans les caisses de l'État sans toucher aux plus riches. Mauvaise pioche. Cette étincelle a rallumé toute la colère et toute la frustration sociale qui couvaient déjà dans la société mais qui avaient été mises sous cloche par des mois de couvre-feu et de confinement.

Face à la contestation, immédiate, explosive, le projet a été retiré mais c'était trop tard. Le brasier est devenu incontrôlable. Les ouvriers et les indigènes ont été rejoints par des médecins, des enseignants et des Colombiens qui n'étaient jamais descendus dans la rue. Des banques, des supermarchés ou des stations de bus saccagés. Les manifestants veulent maintenant faire tomber la réforme du système de santé, celle de la police, ils réclament la démission de leur président.

Cali l'insoumise

À Cali, troisième ville du pays, très jeune et très pauvre, la violence est encore montée d’un cran : dimanche 9 mai, des groupes de civils ont tiré sur les manifestants amérindiens pacifiques, faisant neuf blessés. La réponse du gouvernement ? Déployer l’armée.

Comment sortir de ce cycle de violence ? Le chef de l'État appelle au dialogue national, mais comme le dit une protestante à Cali, "on ne peut pas discuter avec un gouvernement qui, la nuit, tue les gens et le jour leur tend la main". Une première réunion avec le comité national de grève lundi 10 mai a échoué. Ivan Duque est au plus bas de sa popularité mais il n'a pas grand chose à perdre. Son mandat commencé se termine dans deux ans et selon la loi il ne pourra pas se représenter. Peu de chances pour qu'il assouplisse sa position.

La vraie question, c'est le risque de contagion au reste de l'Amérique Latine : ces manifestations sont en partie la suite d'un mouvement qui a balayé l'Amérique latine à la fin de l'année 2019, quand les citoyens descendaient dans la rue en Colombie mais aussi au Chili, en Équateur, au Pérou et ailleurs. Des pays où les difficultés économiques ont là aussi explosé avec l'épidémie.

Des policiers colombiens arrêtent un manifestant lors d\'une manifestation contre le gouvernement à Cali (Colombie), le 10 mai 2021.
Des policiers colombiens arrêtent un manifestant lors d'une manifestation contre le gouvernement à Cali (Colombie), le 10 mai 2021. (LUIS ROBAYO / AFP)