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Le décryptage éco. Pays-Bas : les multinationales contre l’extrême–droite.

Les multinationales néerlandaises partent en guerre contre le populisme. Un mouvement, qui d'après elles, nie le progrès.

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Le néerlandais Geert Wilders, fondateur et président du Parti pour la liberté. 
Le néerlandais Geert Wilders, fondateur et président du Parti pour la liberté.  (ROBERTO PFEIL / AFP)

Aux Etats-Unis, les entreprises de la Silicon Valley s’étaient déjà liguées contre le décret anti-immigration de Donald Trump, mais après son élection. Aux Pays-Bas, les multinationales néerlandaises ne veulent pas attendre. À un mois des élections législatives, elles veulent contrer la montée du populisme.

Elles s’appellent Unilever, Shell, Philips, Ahaold Delhaize et FrieslandCampina et dans leur domaine, l’agroalimentaire, l’électronique, la grande distribution ou le lait, ce sont des géantes. Et toutes ces firmes veulent créer un large mouvement de personnes et d'entreprises, fières des Pays-Bas et qui croient en leur capacité à résoudre les problèmes pour contrer l’extrême droite. Car selon elles, le populisme et le négativisme nient le progrès. Ces entreprises qui sentent monter la colère des citoyens, veulent créer un nouveau modèle, au-dessus des partis, pour la décennie qui vient. Le patron d’Unilever, à l’origine de l’initiative, estime que dans les débats électoraux on ne parle pas assez d’avenir.

L’irruption de l'économie dans la sphère politique

Ça vient de se passer aux Etats-Unis mais après l’élection et le décret anti-immigration de Trump. Airbnb, Google, Lyft  (les VTC) ou encore Starbucks et Tesla ont proposé soit de l’hébergement et des emplois aux immigrés, soit de l’argent aux associations qui défendent les libertés. Et on l’a oublié, ça s’est aussi passé en Allemagne où le patronat s’est positionné jusqu’à récemment en faveur de l’accueil des réfugiés, une prise de position qui a aussi pesé sur la décision d’Angela Merkel d’ouvrir les frontières. Le repli sur soi n’est pas dans l’ADN des grandes entreprises, la fin de la mondialisation non plus. Mais on ne sait pas encore ce qui sortira de cette initiative néerlandaise.

Le patronat néerlandais inquiet

Les néerlandais votent le mercredi 15 mars, ils vont donner le "La" dans deux ou trois autres élections à venir : au printemps en France, à l’automne en Allemagne et peut-être en Italie. De nombreux néerlandais en ont assez des sacrifices des années de crise, le sentiment anti-migrants et islamophobe monte comme dans beaucoup d’autres pays. Et le Parti de la Liberté, islamophobe, anti-immigration et eurosceptique, fait la course en tête à 25 % dans les sondages. À sa tête, Geert Wilders, quinquagénaire charismatique aux cheveux blonds décolorés. Son adversaire, Marc Rutte, le chef social-démocrate de l’actuel gouvernement, est en perte de vitesse comme la plupart des socio-démocrates en Europe. Les partis traditionnels semblent d’ailleurs totalement dépassés. C’est donc le monde économique qui monte au créneau. Mais en Grande-Bretagne, les mises en garde de la City avant le brexit n’ont pourtant rien empêché.

Rien à attendre de l’Europe

Si l’extrême droite l’emporte, le monde économique redoute la période d’incertitude et de turbulences qui va suivre. Car, pour gouverner, il faudra constituer une coalition or, pour l’instant, aucun parti ne veut s’allier avec le parti de Wilders. Former un gouvernement pourrait donc traîner et freiner l’attractivité des Pays-Bas dont l’image sera écornée au plus mauvais moment, juste quand le pays espère bien profiter des entreprises qui désertent la Grande-Bretagne en raison du Brexit et sont  en mal de siège social. Car les Pays-Bas, c’est le pays des affaires par excellence. Et il n’y a rien à attendre du côté de l’Europe. Le patron de la commission, Jean-Claude Juncker, ce luxembourgeois si habile à organiser l’optimisation fiscale chez lui et la concurrence entre européens, ne croit plus lui-même à l’Europe. Il a confié ses doutes ce week-end sur les ondes de la radio allemande. Dans cette période de grande incertitude politique, un président devrait-il dire ça ?


Pays-Bas : les multinationales contre l’extrême... par franceinfo

Le néerlandais Geert Wilders, fondateur et président du Parti pour la liberté. 
Le néerlandais Geert Wilders, fondateur et président du Parti pour la liberté.  (ROBERTO PFEIL / AFP)