L'Égypte et l'Inde emprisonnent des défenseurs des droits humains en les accusant de terrorisme

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Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qu'il se passe ailleurs dans le monde. Aujourd'hui, direction l'Égypte et l'Inde ou les défenseurs des libertés sont traqués.

Article rédigé par
Martin Roux et Sébastien Farcis - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 4 min.
Photo de profil du militant des droits humains Khurram Parvez, sur son compte Twitter (CAPTURE D'ÉCRAN)

L'Égypte et l'Inde sont deux régimes qui répriment les opposants et les défenseurs des libertés en les accusant de terrorisme. À l'image de Mohamed El Baqer en Égypte, avocat emprisonné depuis deux ans et Khurram Parvez en Inde, militant des droits humains.

En Égypte, un avocat spécialisé dans la défense des droits humains arrêté en plein tribunal

Au Caire, un cas est emblématique de cette utilisation abusive de la législation antiterroriste, celui de Mohamed El-Baqer. C’est un avocat spécialisé dans la défense des droits humains. Cela fait deux ans qu’il est emprisonné. Des chefs d’accusation, montés de toutes pièces et une arrestation qui en dit beaucoup sur le degré de répression qui sévit en Égypte.

Mohamed El-Baqer s’apprêtait à plaider, le 29 septembre 2019. Il défendait un opposant lui aussi arbitrairement incarcéré. Et ce jour-là c’est dans un tribunal que Mohamed El Baqer est arrêté. C’est dire donc l’état de la justice égyptienne, totalement aux mains du pouvoir. Mohamed El Baqer est en effet accusé d’appartenir à une organisation terroriste. Plus hallucinant encore, en août 2020, il est emprisonné depuis un an, lorsqu’on l’accuse de préparer un attentat depuis sa cellule alors qu’il est bien entendu coupé du monde extérieur.

Puis, trois mois plus tard, en novembre 2020, Mohamed El Baqer est placé sur une liste terroriste. Pour une durée de 5 ans. C’est-à-dire que, même libéré, il resterait interdit de quitter le territoire. Son passeport est confisqué et ses avoirs gelés. Une décision prise sans que les avocats de Mohamed El Baqer aient pu défendre leur client. Son cas est loin d’être isolé. De tels abus, sont facilités par l’état d’urgence, sans cesse renouvelé depuis 2017. Le président al-Sissi y a mis fin en octobre 2021.

Cela ne change absolument pas la situation de ses opposants accusés de terrorisme. Tout d’abord parce que les juridictions d’exceptions établies par l’état d’urgence restent compétentes pour les affaires en cours. Mais aussi parce qu’une loi antiterroriste votée peu de temps après l’élection du président al-Sissi a inscrit dans le droit commun ces mesures d’urgence. Elles laissent les mains libres aux puissantes agences de sécurité pour continuer de procéder à des arrestations arbitraires. Des suspects de terrorisme peuvent être placés en détention sans la présence d’un avocat et sans en informer leur famille. Comme cela a été le cas de l’avocat Mohamed El Baqer.

Cette accusation de terrorisme était d’abord concentrée sur les sympathisants des Frères musulmans. Elle s’applique aujourd’hui à toute forme d’opposition. Au nom de la lutte antiterroriste, le régime va même jusqu’à emprisonner pour de simples messages partagés sur les réseaux sociaux. Des milliers de personnes sont ainsi maintenues en détention.

En Inde, le militant Khurram Parvez arrêté pour terrorisme

En Inde, dans la région du Cachemire, un militant des droits humains vient d’être arrêté pour terrorisme et complot contre l’État. Des charges très lourdes qui pourraient le garder pendant de longs mois en détention provisoire. Cette action a été immédiatement condamnée par la rapporteuse de l’ONU pour les défenseurs des droits humains. Sur place, beaucoup y voient un signe d’une répression plus sévère sur la société civile du Cachemire.

Khurram Parvez est le coordinateur des programmes à la coalition de la société civile du cachemire, et il documente depuis des années les disparitions forcées, ainsi que les effets de la torture de l’armée dans cette région séparatiste. Ses travaux sont récompensés à l’étranger et admirés au cachemire, mais le gouvernement indien considère Khurram Parvez comme un danger. En 2016, il a été emprisonné pendant plus de deux mois, et il est maintenant poursuivi en vertu d’une loi draconienne contre le terrorisme. Un texte utilisé de plus en plus fréquemment. "Cette loi est censée protéger les citoyens contre le terrorisme, explique Meenakshy Ganguly, la directrice de Human Rights Watch en Asie du sud. Mais le gouvernement l’utilise pour arrêter les militants qui critiquent sa politique. Elle a par exemple été utilisée contre les personnes qui manifestaient contre la loi sur la citoyenneté. Et un juge a récemment affirmé que le gouvernement confondait le droit à la dissidence et le terrorisme."

La situation est encore plus inquiétante au cachemire. Il y a deux ans, le gouvernement fédéral a abrogé l’autonomie de cette région, et repris le contrôle intégral. Il affirme que cela lui a permis de réduire les actes terroristes et que la situation est revenue au calme.

Mais ce qu’on observe, c’est aussi que l’ensemble de la société civile du cachemire est mise sous pression. Les principaux politiciens locaux ont été arrêtés pendant plus d’un an, les journaux perdent les publicités publiques s’ils critiquent ouvertement le gouvernement, et les journalistes sont régulièrement interrogés, voire arrêtés par la police. Cela semble répondre à une politique globale, car il y a deux semaines, le conseiller du gouvernement à la sécurité a déclaré que la nouvelle ligne de front de la guerre, en Inde, impliquait la société civile. Et qu’il fallait tout faire pour, dit il, éviter qu’elle soit "manipulée".

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