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Français du monde. Le fléau des hikikomoris envahit le Japon

Ces milliers de jeunes Japonais qui vivent reclus chez eux inquiètent les autorités nippones. Agathe Parmentier, française expatriée au Japon, a enquêté et s’apprête à publier un livre sur ce phénomène difficile à quantifier.

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Agathe Parmentier prépare un roman sur les hikikomoris. Au Japon, le gouvernement parle de ce phénomène de désocialisation depuis les années 90
Agathe Parmentier prépare un roman sur les hikikomoris. Au Japon, le gouvernement parle de ce phénomène de désocialisation depuis les années 90 (Zanartphoto)

Des milliers de jeunes Japonais vivent reclus chez eux et n’ont plus aucun contact avec l’extérieur depuis parfois des années. Outre l’enjeu en matière de santé publique, le sujet représente une menace pour une économie nipponne qui manque de bras, et dont le taux de natalité est en berne depuis des années.

L’hikikomori : "celui qui refuse de quitter son domicile"pour le gouvernement japonais

La française Agathe Parmentier vit depuis plusieurs années au Japon. Après des mois d’enquête sur ces "forces vives" de la nation japonaise qui décident de se retirer du monde, elle prépare un roman sur ce sujet de plus en plus prégnant. Si l’on se base sur la définition du ministère de la Santé japonais, l’hikikomori est celui qui refuse de quitter son domicile et de s’impliquer dans des activités sociales en dehors du cercle familial.

L’appellation exclue ceux qui souffrent de pathologie psychiatrique ou de retard mental significatif, et ceux dont les symptômes sont présents moins de six mois. Il s’agit d’un comportement d’évitement plus que d’une agoraphobie. L'hikikomori interroge le rapport à la sphère sociale, au travail, à la réussite.

Au Japon, le gouvernement parle de ce phénomène de désocialisation depuis les années 90. Cette conduite a été favorisée par l’émergence d’Internet qui permet de vivre sans avoir à sortir de chez soi pour passer des commandes, par exemple.

Christina Gierse, rédactrice en chef de Vivre à l\'étranger.com, le site de la mobilité internationale du groupe Studyrama
Christina Gierse, rédactrice en chef de Vivre à l'étranger.com, le site de la mobilité internationale du groupe Studyrama (COME BARDON)

Évitement social

L’hikikomori est le plus souvent un homme, encore adolescent ou plutôt jeune, qui ne peut plus faire face à la pression sociale suite, par exemple, à un échec scolaire, amoureux ou à des difficultés à s’insérer sur le marché du travail…Il se coupe peu à peu du monde extérieur.

 "Tous ces jeunes en âge de travailler ou futurs employés sont inutiles. Ils sont chez eux, explique Christina Gierse, rédactrice en chef du site Vivre à l'étranger.com du groupe Studyrama. C'est un manque à gagner pour l'économie japonaise qui est en manque de bras à cause d'une démographie qui pose problème. Donc, c'est un vrai sujet et le gouvernement s'en empare et essaie de trouver des solutions. Clairement, il est très inquiet par rapport à cette tendance. On entend souvent l'expression d'"épidémie sociale", le plus alarmistes parlant d'un million de personnes touchées."

Ce phénomène d’évitement social n’est pas propre au Japon. Ceci dit, des commandements dans la société japonaise tels que les impératifs de trouver sa place dans une société uniformisante, de respecter codes et hiérarchie, tendent à favoriser l’apparition des hikikomoris. À titre d’exemple, on peut évoquer la liberté des jeunes qui se trouve bridée lorsqu’arrive le moment de trouver un premier emploi.

Un phénomène inquiétant au Japon.(Illustration)
Un phénomène inquiétant au Japon.(Illustration) (ERI MORITA / STONE SUB / GETTY IMAGES)

Cette épidémie sociale est inquiétante pour plusieurs raisons

D’abord parce que cet évitement annonce une remise en question du modèle de la société japonaise, supposé permettre à tout un chacun de s’intégrer. Il représente un poids - difficile à évaluer - pour une économie nipponne qui manque de bras. Il provoque également de nombreux débats : parle-t-on d’une pathologie ou d’un phénomène de société ? Combien de personnes sont effectivement hikikomori ?

Les plus alarmistes parlent d’un million de personnes "touchées" mais il faut préciser que ce chiffre est, d'après l'auteure Agathe Parmentier, certainement "surévalué afin de marquer les esprits". En France, on lit ça et là des témoignages semblables, mais la pression sociale sur la jeunesse est moindre en Europe, où maintenir l’harmonie du groupe reste également essentiel, mais ne s’impose pas avec autant de brutalité à l’individu qu’au Japon. Pour beaucoup, se faire hikikomori est un moyen de défense face à un futur qui s’annonce incertain, voire dénué de sens.  

Écrire à Christina Gierse : christina.gierse@vivrealetranger.com

Aller plus loin

Retrouvez ce dossier sur le site de la mobilité internationale Vivre à l'étranger / Studyrama

A Strasbourg, une consultation (« Détours ») dédiée à ces jeunes gens en retrait social et à leur entourage a ouvert dans le cadre de l’association ITHAQUE. Ce phénomène est apparu plus récemment en France et en Europe et prend de l’ampleur. L'association collabore depuis plusieurs années avec le professeur Tadaaki Furuhashi, spécialiste reconnu des Hikikomori au Japon.

Le blog d'Agathe Parmentier pourquoitokyo.fr

Agathe Parmentier prépare un roman sur les hikikomoris. Au Japon, le gouvernement parle de ce phénomène de désocialisation depuis les années 90
Agathe Parmentier prépare un roman sur les hikikomoris. Au Japon, le gouvernement parle de ce phénomène de désocialisation depuis les années 90 (Zanartphoto)