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Un conservatoire de ballet dans une favela brésilienne

A Sao Paulo, la plus grande ville du Brésil, une école de danse classique pas comme les autres.
Article rédigé par Frédéric Faux
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
  (Un cours de ballet dans une favela de Sao Paulo, août 2014 © Andre Penner/AP/SIPA)

L’heure de la répétition de danse. On pourrait être dans un conservatoire n’importe où dans le monde, mais ce qu’il y a de particulier, c’est que cette école est installée dans une favela, Paraïsopolis, la deuxième plus grande de Sao Paulo.

Une fondatrice exceptionnelle

L’autre originalité de cette école est sa fondatrice, Monica Tarrago. Monica est une danseuse, elle habite dans le quartier chic de Morumbi, juste à côté de la favela. Les habitants de Paraisopolis travaillent d’ailleurs souvent comme employés chez les riches de Morumbi. Mais Monica a voulu faire quelque chose de plus. Elle a donc réuni des fonds privés pour créer cette école de danse classique avec les mêmes critères qui si elle était située dans un quartier chic de Sao Paulo : du matériel de pointe, des salles de répétition digne d’un conservatoire, les meilleurs professeurs. Les élèves ne paient aucun frais, mais leur tenue doit être impeccable. Ils doivent être scolarisés, ne rater aucun cours. Malgré toutes ces contraintes, ça marche. 300 élèves sont inscrits, et lors de la dernière session de recrutement pour 2016 il y en a 1000 autres qui sont restés sur la liste d’attente.

Le fossé brisé entre la culture de la danse classique et celle des favela

A Paraïsopolis, on danse plus la samba que le ballet classique. C’est une favela. Les gens travaillent mais il y a des problèmes de trafic, d’insécurité, de précarité. Pas plus tard que le 15 mai dernier, un incendie y a détruit plus de 100 maisons. Alors vous imaginez que la danse classique, dans ce contexte, ce n’est pas la priorité. Mais d’un autre côté, la favela a aussi ses avantages. Les enfants n’ont pas d’autres loisirs, ils sont très motivés et peuvent venir danser tous les jours de la semaine. Ils sont aussi très fiers de voir qu’on met le meilleur à leur disposition, pour eux, qui n’ont rien. Cela les valorise beaucoup et ça les transforme.

La danse, un moyen de structurer ces jeunes ?

C’est étonnant de voir ces gamins des favelas qui ne connaissaient rien au ballet intégrer ce cadre très rigide, qui a été fixé il y a plus de trois siècles à la cour de Louis XIV. Les plus durs à convaincre, finalement, ce sont peut-être les parents : certains préfèreraient voir leurs enfants travailler, rapporter de l’argent, plutôt que d’enfiler un tutu. Mais même les plus récalcitrants constatent les effets positifs de la danse classique sur leurs enfants : ils deviennent plus disciplinés, ils mangent plus sainement, ils ont de meilleurs résultats à l’école. Cette formation, qui est validée par un diplôme professionnel, peut aussi déboucher sur un métier : danseuse ou professeur de danse. Cet avenir n’a rien d’utopique car les petites ballerines  de Paraisopolis raflent souvent les premiers prix quand elles participent à des compétitions. Cette école, au cœur de la favela, est devenue l’une des plus réputées du Brésil.

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