Au Maroc, un mouvement #MeToo à l'université dénonce des affaires "Sexe contre bonnes notes"

écouter (3min)

Depuis l'été 2021, 200 faits de harcèlement et d'agressions sexuelles commis au sein des universités et grandes écoles du Maroc ont été dénoncés par d'anciennes étudiantes. La parole se libère donc, mais progressivement. 

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Des étudiants de la faculté de droit de Fès, au Maroc, le 25 septembre 2007. 
 (MAXPPP)

Presque tous les témoignages viennent d'anciennes étudiantes. Depuis juillet 2021, 200 accusations de harcèlement et d’agressions sexuelles ont été rapportées dans les universités et grandes écoles du Maroc. Si les faits dénoncés sont anciens, c'est qu'en parler au moment des faits signifie s’attirer les foudres et les représailles du professeur incriminé, mais aussi la désapprobation générale. 

"Il faut souffrir en silence, il faut changer de filière ... C'est ça la perception de monsieur Tout-le-Monde, explique Me Khadija El Amrani, avocate à Casablanca. L'opinion publique accueille très mal ce type de plaintes, et on a toujours envie de dire : c'est elle qui a séduit cette personne. C'est horrible, comme perception." 

Un phénomène "généralisé" 

Ce #MeTooUniv au Maroc a pu émerger grâce aux collectifs Article 490 et 7achak, et grâce au travail d’investigation de deux journalistes du magazine TelQuel"On sentait qu'il se passait quelque chose dont on ne parlait pas. Quelques affaires étaient sorties, mais ça n'avait jamais donné lieu à un mouvement ou à une libération de la parole", raconte Leila Chik, l'une des deux journalistes qui a travaillé pendant des mois pour recueillir et vérifier les témoignages, mais aussi pour confronter les auteurs et leurs responsables. "En creusant, on s'est rendu compte que c'était un phénomène assez généralisé."

Avec l'apparition du mouvement, les choses commencent à changer. Même si cela reste à marche forcée. Les présidents d’université, qui ne voyaient jusqu'ici pas l’utilité de faire des enquêtes, ont dû changer leur fusil d’épaule face au tollé dans la société. En effet, les professeurs accusés "mettent des notes catastrophiques qui envoient [les étudiantes] au rattrapage, ils font tout pour leur faire échouer leur année. Voire ils les font virer de l'établissement, quand ils sont protégés par l'administration", affirme Fanny Haza, la deuxième journaliste du magazine TelQuel qui a enquêté sur le sujet. "Il y avait une vraie protection des professeurs par les établissements, qui tenaient à préserver leur réputation et les professeurs plutôt que les étudiantes", dénonce-t-elle.

"On s'est surtout rendu compte de l'impunité de ces professeurs"

Leila Chik

à franceinfo

#MeTooUniv a également contraint le ministre de l’Enseignement supérieur, Abdellatif Miraoui, à dépêcher des commissions d’enquête en urgence. Des professeurs ont aussi été renvoyés et arrêtés, et des directeurs ont dû démissionner. 

Dans le même temps, des universités ont mis en place des comités d'écoute et des numéros verts à la disposition des étudiantes, qui peuvent donc davantage s'exprimer aujourd'hui, même si le risque d'être stigmatisé est toujours bien présent. 

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.