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Au Liban, une députée musulmane en pleine polémique après une maladresse lors d'une messe

La députée sunnite Roula Jaroudi s'est retrouvée au coeur d'une polémique après avoir assisté à une messe en début d'année. 

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Vue sur la ville de Beyrouth au Liban. 
Vue sur la ville de Beyrouth au Liban.  (JOSEPH EID / AFP)

Au Liban, une députée musulmane se retrouve sous le feu des critiques, pour une maladresse lors d’une messe chrétienne. L'affaire remonte au 1er janvier. L'élue sunnite de Beyrouth, Roula Jaroudi, assiste avec d'autres hommes politiques à une messe destinée à marquer la Journée mondiale de la paix. Mal informée des différents moments de la célébration, elle s’avance vers le prêtre au moment de la communion.

Son geste critiqué sur les réseaux sociaux 

Le religieux sait qu’elle est musulmane, il lui adresse un sourire et se contente de la bénir, en posant le récipient qui contient les hosties sur sa tête. À priori, rien de bien grave, sauf que l’image fait le tour des réseaux sociaux et la députée sunnite se retrouve au cœur d’une vive polémique.

Certains louent son geste de fraternité, d’autres mettent en doute son allégeance à l’Islam, d’autres encore critiquent son ignorance ou une provocation de sa part. Roula Jaroudi réagit dans un premier communiqué : "Les rites et le respect des coutumes d’autrui ne modifient pas la foi intime et ne transforment pas le musulman en renégat". On aurait pu en rester là, mais la polémique ne se calme pas. Sous la pression des plus extrémistes, l’autorité sunnite libanaise Dar El-Fatwa convoque l'élue qui doit renouveler son allégeance à l’Islam. Roula Jaroudi publie alors un deuxième communiqué : "Mon geste n’était pas prémédité, je me suis excusée auprès de Dieu", écrit-elle.  

Le rapport entre civil et religieux remis en question 

Malgré cet épisode auprès de l'autorité sunnite libanaise, la polémique repart de plus belle. Cette fois, la députée est accusée d’avoir cédé à la pression et à la surenchère. Et là, ce sont les défenseurs de la modération qui montent au créneau. "Le fondamentalisme sur les réseaux sociaux a prouvé sa capacité à influer sur les choix politiques", a déploré un représentant chrétien de la fondation interreligieuse libanaise Adyan, qui rassemble chrétiens et musulmans.

"J’ai honte !", a déclaré de son côté un dirigeant musulman du Comité national pour le dialogue islamo-chrétien. Les défenseurs d’un État multiconfessionnel mais laïque dénoncent aussi les amalgames. Pour eux ce n’est pas un problème de rapport entre musulmans et chrétiens, ou d’un geste personnel ou public, c’est la question du rapport entre le civil et le religieux. Une députée n’a en théorie de comptes à rendre qu’à ses électeurs avancent-ils, et ils s'interrogent sur le rôle d'une autorité religieuse, en l’occurrence le conseil sunnite libanais. Est-il censé convoquer une élue du peuple, même dans un souci d’apaisement ?  

Finalement, c’est l’histoire du Liban qui a rejailli avec cette affaire, celle de la guerre civile. Un rappel aussi de la fragile coexistence entre les communautés actuelles dans le pays. Des internautes ont aussi critiqué la classe politique, prompte à afficher dialogue et embrassades interreligieuses, mais qui a brillé par sa discrétion sur cette affaire.

Vue sur la ville de Beyrouth au Liban. 
Vue sur la ville de Beyrouth au Liban.  (JOSEPH EID / AFP)