Radu Jude, maître du cinéma impur

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"Bad Luck Banging or Loony Porn " du cinéaste et scénariste roumain Radu Jude est une satire au vitriol de la société roumaine, à la forme déroutante. 

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Radio France
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"Bad Luck Banging or Loony Porn" de Radu Jude. (GHETIE SILVIU)

Depuis le début des années 2000, la nouvelle vague roumaine fait le bonheur des cinéphiles et accumule les prix dans les festivals. Après Cristian Mungiu, Cristi Puiu voici Radu Jude, récompensé pour sa radicalité d'un Ours d'Or à Berlin, cette année. 

Bad Luck Banging or Loony Porn , que l'on peut traduire par "baise malchanceuse ou porno loufoque" est une satire au vitriol de l'époque, une farce et un exercice de style cinématographique. Le film est découpé en quatre parties : La sex-tape tournée par Emi, prof d'histoire dans un collège huppé de Bucarest, qui se retrouve malencontreusement sur les réseaux sociaux.

"Flaubert qui a écrit sur la bêtise humaine est l'esprit tutélaire du film."

Radu Jude

à franceinfo

L'épuisante déambulation à la Jacques Tati d'Emi, dans la ville saturée d'images vulgaires et de comportements dénués de civisme, un carnet d'images à la Godard, images d'archives, prises sur le net, qui illustrent que la pornographie n'est pas forcément là où on le pense, et pour finir, la confrontation entre Emi et les parents d'élèves. Ce procès en moralité vire au carnage, un défouloir mysogine, raciste, réac. Une commedia dell'arte roumaine, accentuée par le port du masque, car le film a été tourné malgré le Covid. Radu Jude assume avec brio un cinéma impur.    

Un héros d'Asghar Farhadi

Dans Un héros d'Asghar Farhadi, il est aussi question des réseaux sociaux. Le cinéaste iranien multi-césarisé s'intéresse ici au poids social de la réputation dans son pays. Un homme emprisonné pour une dette non payée, profite d'une permission pour faire une bonne action qui lui permettra de recouvrer la liberté.

"J'ai une vision optimiste du rôle des réseaux sociaux en Iran."

Asghar Farhadi

à franceinfo

Mais Asghar Farhadi, expert en brouillage de pistes, se joue une fois de plus de la moralité de ses personnages. Un art de l'esquive affûté par des années à contourner la censure iranienne, toujours imprévisible, ce qui lui permet d'ausculter avec précision les mutations en cours en Iran.    

Chère Léa de Jérôme Bonnell

Jérôme Bonnell n'avait pas prévu de tourner Chère Léa, mais quand le projet qu'il avait n'a pas trouvé son financement, il s'est lancé dans un tournage à moindre frais, au coin de la rue et il a bien fait.

Un quadra au bord du burn-out sentimental et professionnel, Grégory Montel, passe un matin chez son ex-maîtresse, Anaïs Demoustier, en vain, mais il s'obstine et s'installe, sous ses fenêtres, au café du coin, pour lui écrire une longue lettre d'amour. Le film suit sur une journée les déboires tragi-comiques du personnage, sous le regard bienveillant du patron du troquet, Grégory Gadebois.    

La Panthère des neiges de Vincent Munier et Marie Amiguet

Enfin, on vous conseille une nouvelle fois, de vous évader avec Vincent Munier, Marie Amiguet et l'écrivain Sylvain Tesson, sur les sommets tibétains, à la recherche de La Panthère des neiges.

Ce documentaire, d'une beauté rare, est une invitation à la méditation, une leçon sur l'art de l'observation de la nature, et la musique originale de Warren Ellis et Nick Cave est un cadeau de Noël.      

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