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Pourquoi Villepin ne peut pas être candidat à la présidentielle

L'ancien Premier ministre doit indiquer dimanche soir le rôle qu'il entend jouer en 2012.

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France Télévisions
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L'ancien Premier ministre, Dominique de Villepin, participe à un débat à Strasbourg, le 17 juin 2011. (PHILIPPE SAUTIER / SIPA)

La scène se passe mercredi 14 septembre. Quelques minutes après avoir appris sa relaxe définitive dans le procès Clearstream, Dominique de Villepin s'adresse aux journalistes : "Je sors renforcé de cette épreuve et plus déterminé que jamais à servir les Français". Une détermination suffisante pour être candidat à l'élection présidentielle ? Rien n'est moins sûr.

Dimanche 11 décembre, celui qui qualifiait sa candidature de "très très vraisemblable" annoncera au 20 Heures de TF1 sa décision finale. Mais plusieurs indicateurs montrent qu'il ne peut pas être candidat. 

• Parce qu'il est trop esseulé

En septembre 2010, les députés villepinistes se sentaient pousser des ailes. Décidés à s'affranchir de l'UMP, ils réfléchissaient à constituer à l'Assemblée un groupe autonome. "C'est le sens de l'histoire", lançait Marie-Anne Montchamp, alors porte-parole de République solidaire, le parti de Villepin fondé quelques mois plus tôt.

Mais peu à peu, le ciel villepiniste s'est assombri. En novembre, Montchamp cédait aux sirènes de Nicolas Sarkozy pour entrer au gouvernement. Au printemps, le député Daniel Garrigue quittait à son tour le navire. Son collègue Jacques Le Guen lui emboîtait le pas en juin, pointant "une fracture" entre Villepin et ses partisans. Et en août, l'attachée de presse Chantal Bockel pliait bagage. 

Au terme de cette longue débandade, Villepin apparaît plus esseulé que jamais. Seule une poignée de fantassins le soutient encore : les anciens ministres Brigitte Girardin et Azouz Begag, ainsi que quatre ou cinq députés, comme Jean-Pierre Grand et Marc Bernier.

• Parce qu'il aura du mal à obtenir 500 parrainages

Pour pouvoir se présenter à l'élection présidentielle, tout candidat doit recueillir 500 parrainages d'élus. Un seuil plus élevé qu'il n'y paraît, et qui avait par exemple empêché Nicolas Dupont-Aignan de se présenter en 2007.

Des "agents recruteurs" ont bien été missionnés dès le mois d'avril pour recenser les soutiens, mais impossible de savoir combien de promesses ont été collectées jusqu'à présent. "On est en stand-by, dans l'attente de sa décision", concède le secrétaire général de République solidaire, Marc Bernier.

• Parce qu'il manque de moyens financiers

Une campagne présidentielle représente, pour un parti politique, un coût très élevé. Or, pour que ces dépenses soient prises en charge par l'Etat, il faut que le candidat atteigne au moins 5 % des suffrages. Un seuil que Dominique de Villepin n'est, pour l'heure, absolument pas assuré d'atteindre.

Selon nos informations, l'ancien pensionnaire de Matignon tablait initialement sur une campagne à 2 millions d'euros. Un montant très en deçà de ceux engagés en 2007 par François Bayrou (9,7 millions d'euros), Jean-Marie Le Pen (9 millions) ou Marie-Georges Buffet (4,6 millions).

Mais le budget annuel de République solidaire, lui, n'est actuellement que de 200 000 euros, soit l'un des plus faibles parmi les partis politiques français.

• Parce qu'il est bas dans les sondages

Qu'ils semblent loin, les sondages qui, début 2010, attribuaient à Villepin 10 % des intentions de vote ! Selon un sondage Ipsos-Logica pour France Télévisions publié mardi 6 décembre (PDF), l'ancien Premier ministre ne recueille que 2 % des suffrages. "Les sondages le font douter", reconnaît Marc Bernier.

"Ma conviction, c'est qu'il n'ira pas, analyse l'ex-député villepiniste Jacques Le Guen. Faire 2 %, c'est ridicule, il mérite mieux que cela. Et ce serait dommage pour cet homme d'Etat de terminer (…) en République solitaire."

• Parce qu'il craint un nouveau "21 avril"

Autre indicateur sondagier : la position très élevée de Marine Le Pen dans les intentions de vote. Dominique de Villepin l'a confié à plusieurs de ses proches : s'il estime que cette montée du FN s'explique notamment par la politique de Nicolas Sarkozy et du gouvernement, l'ancien Premier ministre redoute par dessus tout qu'un éparpillement des voix ne contribue à un nouveau "21 avril". Et ne veut donc pas que sa candidature ne contribue à cet éparpillement.

• Et maintenant ?

Que va annoncer Dominique de Villepin aux Français dimanche 11 décembre ? Même ses derniers soutiens assurent ne pas le savoir précisément. Mais l'ancien Premier ministre a déjà commencé à emprunter une voie de dégagement : après avoir accepté de rencontrer Nicolas Sarkozy, Dominique de Villepin reconnaît que les relations entre les deux hommes, autrefois ultra-conflictuelles, sont désormais "apaisées".

"Je ne le vois pas entrer dans un gouvernement, mais il pourrait accepter une fonction particulière, indépendante", estime l'un de ses anciens amis, en évoquant l'exemple de Dominique Strauss-Kahn au FMI.

Dans l'immédiat, les législatives ne semblent pas l'enthousiasmer. Un temps pressenti dans la circonscription des Français établis aux Etats-Unis et au Canada, Villepin a balayé l'hypothèse : "Je ne veux pas d’un plat de lentilles".

"Pour peser dans le débat public", son entourage laisse entendre qu'il pourrait aussi être candidat... pour quelques semaines. "Il faudra voir en mars prochain où il est dans les sondages", indique Marc Bernier. Un chemin encore très ambigü que Villepin devra préciser dimanche soir.

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