L'enquête sur Elie Domota

Le leader du LKP fait l'objet d'une enquête après des propos contre les entrepreneurs refusant d'augmenter les salaires

Elie Domata (à droite) avec le préfet de la Guadeloupe, Nicolas Desforges, après la signature de l\'accord salarial
Elie Domata (à droite) avec le préfet de la Guadeloupe, Nicolas Desforges, après la signature de l'accord salarial (© AFP - Julien Tack)
Le leader du LKP fait l'objet d'une enquête après des propos contre les entrepreneurs refusant d'augmenter les salairesLe leader du LKP fait l'objet d'une enquête après des propos contre les entrepreneurs refusant d'augmenter les salaires

Elie Domota avait lancé en créole sur Télé-Guadeloupe que ceux qui refusaient l'accord d'augmentation de 200 euros des bas salaires devraient "quitter la Guadeloupe" ajoutant: "nous ne laisserons pas une bande de békés rétablir l'esclavage".

Le parquet de Pointe-à-Pitre a annoncé samedi une enquête notamment pour provocation à la haine raciale.

Les déclarations d'Elie Domota constituent "un dérapage verbal inadmissible", a estimé de son côté, le secrétaire d'Etat chargé de l'Outre-mer, Yves Jégo. "Quelle que soit l'intensité d'un conflit social, dire à une catégorie de la population 'faites ça ou partez' n'est évidemment pas acceptable. Il faut que chacun revienne à l'esprit républicain", a-t-il ajouté.

Ces déclarations du leader du Collectif contre l'exploitation (LKP) ont suscité un tollé et des craintes dans des territoires historiquement marqués par l'esclavage, alors que l'accord de sortie de crise conclu mercredi 4 mars reste encore à appliquer.

L'action judiciaire du parquet est une "provocation", a indiqué un avocat du LKP - qui n'a pas réagi officiellement. Pour ce dernier, les propos de M. Domota sur les békés reflétent "la réalité historique".

Le Medef a quant à lui dénoncé les "intimidations" des grévistes qui ont régulièrement obligé magasins et entreprises à fermer pendant les 44 jours de conflit et le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre évoqué des méthodes de "sortes de tontons macoutes".

Pour le parti socialiste, il s'agit d'"une stupide logique de vengeance politique", qui risque de "racialiser un conflit social dont la source est bel et bien l'exploitation par une poignée de nantis". L'ex-candidate des Verts à la présidentielle Dominique Voynet a parlé de "tentative d'humiliation".

Voulant calmer le jeu, Henri Guaino, proche conseiller de Nicolas Sarkozy, a rappellé que si tout dérapage racial était "inadmissible" des propos quasi-symétriques avaient valu une enquête semblable à une figure de la communauté békée martiniquaise.

Le discours du LKP sur la question raciale


Selon des experts, le LKP tient, sur la question raciale, un discours volontiers ambigu, qu'il ne faut toutefois pas caricaturer.

Ce n'était pas la première fois que le leader du LKP frayait avec la ligne jaune, dans
ce domaine. Elie Domota avait déjà parlé de "ghetto blanc" pour dénoncer la spéculation immobilière sur l'île, rappellent plusieurs experts. Mais la distinction est toujours ténue entre la désignation négative d'un groupe racial et la dénonciation d'un fait social, soulignent-ils.

"C'est très ambigu", explique Jacky Dahomay, professeur de philosophie et membre
démissionnaire du Haut Conseil à l'Intégration (HCI). Par exemple la chanson des sympathisants du LKP: "La Guadeloupe, c'est à nous, la Guadeloupe c'est pas à vous".
"Le 'vous' n'est pas précisé", commente-t-il. "Cela peut être aussi bien le métro(politain), aussi bien le béké, mais peut-être aussi bien tous les exploiteurs guadeloupéens". Pour lui, ce slogan doit d'abord se lire comme "une volonté de réappropriation de soi".

L'option raciste n'a pas été retenue par le LKP, pense Jacky Dahomay. "Ils ont été tentés par cela, mais ils ont freiné". Car "il n'y a pas en Guadeloupe un ressentiment équivalent vis-à-vis des békés qu'en Martinique".

Pour Frédéric Régent, historien, représentant FSU au sein du Collectif et auteur de "La France et ses esclaves, de la colonisation aux abolitions 1620-1848" (Grasset, 2007), la référence aux blancs "est un raccourci". S'ils sont parfois mis à l'index, "c'est en raison de ce qu'ils représentent socialement". "Quand on dit 'békés', on s'adresse uniquement à une caste socio-économique précise", insiste-t-il.

L'historien ajoute toutefois que lui-même ne se permettrait jamais les "dérapages verbaux" de certains membres du collectif. Il révèle aussi que la FSU avait vainement insisté pour que la revendication du LKP d'une "priorité d'embauche aux Guadeloupéens", soit explicitement assortie de la mention "à compétence égale".