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Cannabis, Woodstock, mai 68, le débat plane à quatre jours du premier tour

Au lendemain des propos de Cécile Duflot rappelant la position de son parti sur le cannabis, la polémique continuait mercredi 6 juin, la droite s’emparant de ce sujet et multipliant les attaques sur les thèmes de société.
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France Télévisions Rédaction Afrique
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Cécile Duflot (AFP)

Au lendemain des propos de Cécile Duflot rappelant la position de son parti sur le cannabis, la polémique continuait mercredi 6 juin, la droite s'emparant de ce sujet et multipliant les attaques sur les thèmes de société.

Depuis les propos de Cécile Duflot mardi 5 juin rappelant la position de son parti sur les drogues douces, les attaques se sont multipliées à droite sur cette question.

Dernier en date, l'ancien ministre UMP Xavier Bertrand s'est ainsi dit mercredi convaincu que le cannabis serait légalisé si la gauche remportait les législatives.

Interrogé par BFMTV-RMC sur le plaidoyer de la ministre du logement, Cécile Duflot, en faveur d'une dépénalisation de la consommation de ce produit, M. Bertrand a été affirmatif: "si la gauche l'emporte, il y aura légalisation du cannabis".

Débat "irresponsable"

L'opposition entend tirer partie des propos de la ministre et toujours secrétaire nationale d'EELV à cinq jours du premier tour. "Ces annonces sur la dépénalisation du cannabis, quand on sait les ravages sur la santé des jeunes en termes neurologiques, psychologiques ! Qu'on puisse laisser ouvrir ce débat sans qu'elle soit vraiment démentie alors qu'une journée vient de passer, c'est irresponsable", a déclaré Jean-François Copé, secrétaire général de l'UMP.

Le député Eric Ciotti a lui dénoncé "le double langage" de la gauche. "Aujourd'hui, l'angélisme qui explique que le cannabis est une substance sympathique qui ne comporte aucun danger est de retour au gouvernement", a ajouté le député des Alpes-Maritimes.

"C'est vraiment un désastre moral, cette idée de légaliser le cannabis , les drogues douces comme si elles étaient douces, comme s'il n'y avait pas de rapport entre drogues douces et drogues dures !", a de son côté lancé Henri Guaino, candidat UMP aux législatives. "Mais comment va-t-on élever nos enfants, si on continue de cette façon?", s'est exclamé M. Guaino, en évoquant les propos de Cécile Duflot, mère de quatre enfants.

Woodstock et mai 68

Les thèmes sociétaux sont décidément mis en avant par la droite. Après les attaques contre Taubira sur la justice des mineurs lancées par la droite, Rama Yade a, elle critiqué les projets sur l'éducation. Le gouvernement veut "le retour de Woodstock" dans l'éducation, a estimé sur France 2 mercredi l'ex-ministre de Sarkozy, candidate dans les Hauts-de-Seine.

"Supprimer la notation, remettre en cause les évaluations, c'est le retour de Woodstock dans l'éducation nationale", a-t-elle affirmé sur France 2 en s'en prenant au "laxisme éducatif absolument incroyable" du ministre socialiste de l'Education nationale, Vincent Peillon.

Tout cela relève d'une "idéologie post-soixante-huitarde qui consiste à donner tous les pouvoirs aux élèves", a-t-elle lancé, reprenant un thème cher au candidat Sarkozy…de 2007.

"Ni pétard, ni boulette"

Avec son sens de la formule, Daniel-Cohn Bendit a soutenu la ministre, patronne de son parti : "C'est ni un pétard, ni une boulette", a insisté le député écologiste européen sur Europe 1.

"Je trouve normal que Cécile Duflot soit une ministre ouverte qui donne son opinion tout en disant que ce n'est pas la position du gouvernement", a-t-il ajouté. "S'il y a un projet de loi du gouvernement sur les drogues, alors là, après délibérations, il y a la solidarité gouvernementale et (...) si vous n'êtes pas d'accord avec ce projet de loi, vous sortez du gouvernement. Mais là, il n'y a rien", a-t-il argumenté.

A gauche, on calme le jeu. "Le gouvernement n'a rien dit sur ce sujet", avait rappelé mardi le premier ministre Jean-Marc Ayrault. "C'est une erreur, une erreur de jeunesse gouvernementale", a tenté de relativiser Claude Bartolone, député et président PS du Conseil général de Seine-Saint-Denis.

"C'est un sujet trop compliqué pour que ce soit abordé au travers d'une déclaration d'un ou une ministre, quelles que soient ses qualités", a-t-il ajouté.

Un soutien de poids

Daniel Vaillant, ancien ministre de l'intérieur de Jospin et maire du XVIIIe de Paris, a lui souhaité mercredi un "débat" au sujet de la consommation de cannabis dans le pays, réaffirmant son intention de prendre des initiatives au Parlement en faveur du "cannabis thérapeutique".

"Il y a (en France) 13,5 millions (de personnes) qui ont déjà fumé, plus de 4,5 millions qui fument annuellement (...) avec du cannabis daubé, frelaté souvent, et avec les trafics, l'économie parallèle et la violence qui en découlent", a-t-il rappelé.

"Est-ce que la lutte contre le cannabis est une réussite en France? La réponse est non. La droite nous a mis dans l'échec... Ils sont mal placés pour venir parler du bilan", a-t-il ajouté, dénonçant les critiques de la droite après les propos de Cécile Duflot sur la dépénalisation du cannabis .

Un groupe de travail de députés de gauche présidé par Daniel Vaillant avait préconisé en juin 2011 une "légalisation contrôlée du cannabis "

Un débat possible ?

François Rebsamen, sénateur-maire PS de Dijon, a jugé que ce n'était "pas le moment" d'en parler même si on ne fera pas "l'économie d'un débat" sur ce sujet. "La vérité c'est qu'il y a de plus en plus de jeunes qui consomment de la drogue".

"Dans ce pays, on préfère faire semblant, on se voile les yeux et aujourd'hui des jeunes qui fument du cannabis dans la rue sont fichés au fichier des empreintes génétiques comme des grands bandits alors qu'en réalité, c'est de soins thérapeutiques et de prévention qu'on a besoin", a ajouté le président du groupe PS au Sénat.

Un débat prôné aussi par Daniel Cohn-Bendit qui a souligné que la dépénalisation du cannabis permettrait de "casser les mafias. Aujourd'hui, comme c'est interdit, vous faites du fric. La qualité de ce que l'on vous vend, vous ne pouvez pas le contrôler. La dépénalisation va de pair avec un contrôle des drogues, avec un contrôle de la distribution et c'est peut-être pour la santé publique un plus", a-t-il déclaré.

A droite, certaines voix ne refusent pas le débat. Le très libéral Alain Madelin affirmait ainsi : "je souhaite depuis longtemps non pas une dépénalisation de l'usage du cannabis (solution bâtarde qui maintient le trafic) ou sa commercialisation contrôlée par l'Etat (au risque du report du trafic vers d'autres drogues plus dangereuses) mais la distribution réglementée de l'ensemble des drogues selon des modalités différentes".

La position présidentielle

François Hollande avait fixé les termes du débat lors de la présidentielle : "Je ne veux pas donner le moindre signal de renoncement à une dissuasion par rapport à cette consommation de cannabis ", avait déclaré le candidat Hollande en avril, interrogé sur la proposition d'un de ses proches, François Rebsamen, visant non pas à dépénaliser mais à faire de cette consommation une contravention et non plus un délit.

Cette position du candidat Hollande avait rapidement mis fin à toute exploitation de ce thème en fin de campagne présidentielle. Le débat resort à quatre jours des législatives.

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