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Brachay, 60 habitants dont la moitié vote FN, fête sa "Marine"

Dans ce village de Haute-Marne, plus d'un électeur sur deux a voté Jean-Marie Le Pen il y a cinq ans. A quelques jours du premier tour, sa fille s'est rendue sur place, en "candidate des oubliés". Reportage. 

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France Télévisions
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Marine Le Pen lors d'un déplacement de campagne à Brachay (Haute-Marne), le 9 avril 2012. (FRANCOIS NASCIMBENI / AFP)

Sur les hauteurs de Brachay (Haute-Marne), une vingtaine de personnes scrute la route sinueuse en contrebas, en ce jour de Pâques, lundi 9 avril. Le temps est pluvieux, le vent désagréable, mais les Brachayens ont le sourire. Ils attendent leur "Marine". "Ici, elle est chez elle", répète-t-on avec fierté. Et pour cause : dans ce "micro-village" de 60 habitants, à vingt minutes de route des commerces les plus proches, plus d'un électeur sur deux a voté pour Jean-Marie Le Pen aux présidentielles de 2002 et 2007.

Le maire, Gérard Marchand, a sorti son écharpe tricolore. C'est la troisième fois consécutive qu'il a apporté son parrainage à la candidature frontiste. Alors recevoir Marine Le Pen dans sa propre exploitation laitière, "c'est un truc de fou !" Marine Le Pen, justement, est venu parler à "la France des invisibles". Écharpe rouge autour du cou et talons noirs, elle déambule dans le grand hangar à vaches, sous l'objectif de quelques caméras. "Vous avez vu où va monsieur Hollande ? Dans les banlieues. La France, ce n'est pas les banlieues, grince-t-elle. La France, ce sont ces gens qui bossent comme des dingues, qui ont des problèmes de pouvoir d'achat, mais qu'on n'écoute pas, qui ne font pas l'ouverture des JT, qui ne brûlent pas de voitures..."

"Les gens d'ici ont été abandonnés..."

Quelque 300 personnes sont venues d'ici et des alentours pour acclamer leur favorite. Cohue pour une accolade, une photo ou un autographe. Marine Le Pen savoure.

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"Les gens d'ici ont été abandonnés. C'est un département désert. Il n'y a plus rien", raconte le maire. Marine Le Pen embraye : "Ces gens-là ont vu qu'on leur prenait de plus en plus, et qu'on leur donnait de moins en moins. Moins de commerces, moins de santé, moins de sécurité, moins de policiers, moins de justice..." A l'inverse des banlieues, "où l'on déverse des millions d'euros chaque année, et pour quels résultats... Les gens ont le sentiment de verser des impôts pour des milliers de voyous".

Maxime, 60 ans, "pas raciste", en a "ras-le-bol des bicots"

Ici, pas de banlieue, pas d'immigré, et pourtant, une xénophobie latente que tout le monde refuse d'admettre. Dans la foule, Maxime, 60 ans, est venu de Saint-Dizier, la sous-préfecture. Ancien ouvrier dans une usine de tracteurs, ce jeune retraité hésite d'abord à parler. Pas fana des journalistes, "tous à gauche". Mais finit par se confier, "à condition de ne pas être photographié ni enregistré"

L'homme dit avoir été communiste plus jeune, mais vote Front national depuis les années 1980. "A l'usine, on m'appelait déjà Jean-Marie !" Il assure qu'il n'est "pas raciste, mais réaliste". Le constat qu'il dresse sur l'immigration est pourtant incroyablement violent. Maxime explique en avoir "ras-le-bol des bicots". Si le FN dépasse les 50% dans des petites communes comme Brachay, c'est parce que "les gens ouvrent les yeux : ici, ils ont compris que les immigrés viendront bientôt chez eux, et qu'ils les voleront comme ils volent déjà en ville".

Celui qui se montrait récalcitrant à la discussion se livre finalement pendant trois bons quarts d'heure. Il répète que "la France est une terre chrétienne, pas islamique" et que "si on ne fait rien, ce sera la charia". "Vous savez ce que c'est, vous, la charia ?" Avant de nous quitter, il se dit de toute façon convaincu que "tout ça finira en guerre civile, en guerre de religions. Occident contre islam. On prendra les armes, point barre".

"Marre de travailler six mois de l'année pour ceux qui ne foutent rien"

Un peu plus loin, deux femmes s'apprêtent à repartir, photo dédicacée en poche. Hors de question de donner leurs prénoms. On saura seulement que l'une, quadragénaire, est viticultrice près de Bar-sur-Aube et qu'elle en a "marre de travailler six mois de l'année pour les autres, ceux qui viennent chez nous et qui ne foutent rien". "Les étrangers, ils viennent, ils ont tout gratuit, et nous, on est bon pour payer."

Marine Le Pen tient un discours sur la place du village. (FRANCOIS NASCIMBENI / AFP)

Son amie appelle Marine Le Pen à "fermer les frontières". "A l'heure actuelle, on n'est plus chez nous. On se fait cracher dessus, on se fait brûler nos voitures..." Et de citer ce fait divers survenu à Bar-sur-Aube, en juillet, qu'a relaté L'Est-Eclair : "Trois jeunes Maghrébins ont tabassé à mort un monsieur de 57 ans. Son fils a voulu lui venir en secours, il a fini en garde à vue parce que les flics ont jugé qu'il n'avait pas à intervenir. Vous vous rendez compte ? Ce n'est pas parce qu'on habite dans un petit village qu'on ne le voit pas, tout ça." 

Brachay, cas isolé ? Pas vraiment. En 2007, dans les communes où Jean-Marie Le Pen a réalisé ses cent meilleurs scores, le nombre moyen d'électeurs était de 84. Un impact politique marginal mais un poids symbolique important. Après trois heures sur place, Marine Le Pen remonte en voiture. "Vous resterez l'un de mes plus beaux souvenirs de campagne", lance-t-elle avant de claquer la portière.

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