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Rapport Borloo sur les banlieues : "On attend que l'État s'engage véritablement"

Jean-Louis Borloo doit présenter, jeudi à Matignon, son rapport sur les quartiers prioritaires. Les maires concernés l'attendent avec impatience ou scepticisme.

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Edité par Alexandra du Boucheron - Rémi Ink
Radio France
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Temps de lecture : 3 min.
Un immeuble de la cité du Chêne-Pointu, à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), en novembre 2017. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Jean-Louis Borloo doit rendre, jeudi 26 avril, son rapport sur la politique de la ville au Premier ministre Édouard Philippe. Le président de la République lui a confié une mission sur les quartiers prioritaires à l'automne 2017. 

Confrontées à l'insécurité et à un taux de chômage nettement supérieur à la moyenne nationale, les banlieues françaises ont déjà fait l'objet de plusieurs plans de rénovation urbaine ces dernières années, sans pour autant faire disparaître les difficultés. L'ancien ministre de l'Écologie, de l'Emploi et de l'Économie, lui, promet un "big bang". Ce plan - présenté comme celui "de la dernière chance" - est très attendu par les élus de tous bords, notamment en région parisienne comme en Seine-Saint-Denis.

Le rapport Borloo sur les banlieues, attendu avec impatience par les élus de Seine-Saint-Denis : un reportage de Rémi Ink
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Plusieurs élus ont exprimé leur inquiétude face à la dégradation des financements publics. Le 27 mars, l'emblématique maire écologiste de Sevran, Stéphane Gatignon a même annoncé sa démission après 17 ans à la mairie, dénonçant "le mépris de l'État". Jean-Louis Borloo en est convaincu : le point de bascule est atteint. "C'est un miracle, ça devrait péter 100 fois plus", lâche en petit comité l'ancien député-maire de Valenciennes, dans le Nord, qui craint des listes communautaires gagnantes aux élections municipales de 2020.

Près de 1 500 villes sont concernées par ce rapport, dont 216 communes en décrochage de la nation. Le travail à mener est considérable : "On attend que l'État s'engage véritablement", confie Farid Saïdani, adjoint en charge de la politique de la ville à la mairie divers-droite d'Épinay-sur-Seine. 

La rénovation urbaine nous semble assez importante, mais ce n'est pas suffisant.

Farid Saïdani, adjoint à la politique de la ville à Épinay-sur-Seine

à franceinfo

"Cela veut dire du transport et d'abord désenclaver, arrêter de faire des emplois de bas-étages", poursuit l'élu. Jean-Louis Borloo aussi fait ce constat sur "les emplois de bas-étage". Selon lui, il faudrait transformer en héros de la nation, avec des revalorisations salariales, les 40 000 travailleurs sociaux. 

"Une réalité budgétaire pas conforme"

Les sujets à traiter sont nombreux : chômage, logement, éducation, enclavement ou encore insécurité. Il faut un effet de souffle, un vaste programme de croissance, un redéploiement immédiat de certains moyens, plaide l'ancien ministre de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy. Pour Daniel Guiraud, le maire socialiste des Lilas (Seine-Saint-Denis), c'est effectivement indispensable. "Je pense tout particulièrement à des villes comme Stains, en Seine-Saint-Denis : d'énormes besoins, mais la réalité budgétaire de cette commune n'est absolument pas conforme à ce qu'il faudrait avoir pour pouvoir réaliser des projets pour l'intégration, pour l'égalité dans la cité... Tout ce qui manque actuellement sur ces territoires-là"

Il y a aussi ces élus qui ne croient pas au nouveau plan, "un plan de communication pour essayer de nous faire croire que c'est le plan de la dernière chance", pointe Jean-Philippe Gautrais, le maire Front de gauche de Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne). 

Il faut faire le contraire de ce que fait Macron aujourd'hui, c'est-à-dire qu'il faut investir massivement dans les quartiers et dans le service public.

Jean-Philippe Gautrais, maire de Fontenay-sous-Bois.

à franceinfo

Jean-Philippe Gautrais détaille les services où les moyens manquent aujourd'hui : "l'éducation nationale, la police, la justice, le logement... On est en baisse depuis 15 ans", dit-il. Jacques Jean-Paul Martin, maire Les Républicains de Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne) est, lui aussi, sceptique mais la personnalité de Jean-Louis Borloo a tendance à le rassurer. "Lorsqu'il a été aux manettes de sa collectivité, il a démontré la pertinence de ses programmes sur un nombre d'années suffisant pour qu'on puisse mesurer les résultats." 

Jean-Louis Borloo pourrait-il devenir le futur ministre de la Ville ? En privé, il l'assure : il faut un ministre d’État, numéro 2 du gouvernement, mais ça ne sera pas lui : le fondateur de l'UDI rappelle qu'il ne veut pas entrer au gouvernement.

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