Après la primaire, François Hollande en baisse de régime

Diète médiatique, propositions floues... La primaire passée, la campagne du candidat socialiste à la présidentielle connaît quelques turbulences.

François Hollande en Corrèze, le 3 novembre 2011.
François Hollande en Corrèze, le 3 novembre 2011. (NOSSANT / SIPA)

Il est encore trop tôt pour parler de la fin de l'état de grâce. Mais manifestement, la campagne de François Hollande connaît ses premiers flottements. Un sondage Ifop, paru mardi 8 novembre, semble confirmer la tendance. Dans cette enquête, le candidat socialiste perd 2,5 points au premier tour (32,5 % des intentions de vote) et 3 points au second (57 %). A l'inverse, Nicolas Sarkozy gagne 0,5 point au premier tour (25,5 %) et 3 points au second (43 %). Une évolution appuyée par une enquête BVA publiée le même jour.

Trois semaines après sa nette victoire à la primaire socialiste (57 % des voix), François Hollande doit désormais faire face à trois problèmes majeurs. 

1. La cure médiatique imposée par l'après-primaire

La première difficulté était prévue depuis plusieurs semaines. Dès le soir de sa victoire, le 16 octobre, Hollande plaisantait, dans une allusion à son régime : "Il va falloir se mettre maintenant à la diète. Moi, j'avais commencé depuis longtemps vous me direz... Mais il va falloir se mettre à la diète médiatique."

Car grâce à leur primaire, les socialistes ont bénéficié d'une exposition médiatique exceptionnelle. A tel point que le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a rappelé à l'ordre pas moins de cinq médias, mi-octobre, pour non-respect du pluralisme. Sur ces médias, le temps de parole de l'opposition était en effet de 129 % à 152 % supérieur à celui de majorité.

Depuis la fin de la primaire, radios et télés tentent donc de rééquilibrer les temps de parole. Conséquence : les leaders de la majorité sont beaucoup plus invités que ceux de l'opposition, et François Hollande doit se contenter de quelques interventions limitées aux sujets d'actualité les plus importants (G20, crise de la dette...).

2. Un projet socialiste rendu caduc par la crise

Question plus encombrante encore pour François Hollande : que faire du projet socialiste, adopté à l'unanimité au printemps ? Le 31 octobre, le député socialiste Jérôme Cahuzac, président de la commission des Finances à l'Assemblée, affirmait que "François Hollande ne pourra[it] réaliser la totalité de ce programme, car tout simplement les moyens du pays ne le permettent pas".

Car les socialistes ont établi leur projet sur une hypothèse de croissance de 2,5 %, qu'ils jugeaient "réaliste" au printemps. Depuis, la crise s'est aggravée et le gouvernement table désormais sur une hypothèse de croissance de 1 % en 2012.

François Hollande va donc devoir revoir son programme de fond en comble, y compris au risque de contredire certaines positions qu'il défendait durant la primaire. Un jeu d'équilibriste dangereux sur lequel l'UMP ne manquera pas de réagir.

Quelles sont les propositions du candidat socialiste pour répondre à la crise économique ? Invité du 20 heures de France 2, lundi 7 novembre, pour réagir au plan de rigueur annoncé le matin même par le gouvernement, il s'est gardé de dévoiler toute contre-proposition. Il devrait en fait les réserver pour une conférence de presse prévue mercredi 9 novembre, à l'issue d'un colloque consacré aux réponses à la crise économique.

3. Une organisation de campagne encore floue

Autre point de flottement, l'organisation de ce début de campagne. Ces derniers jours, plusieurs cafouillages sont venus illustrer une certaine ambiguïté. Vendredi 4 novembre, alors que Nicolas Sarkozy et Barack Obama affichent leur unité à Cannes en plein G20, François Hollande déambule dans les allées de la Foire du livre de Brive-la-Gaillarde (Corrèze). "Il y avait deux moments ou deux lieux où il fallait être : à Cannes ou à Brive, j'ai choisi pour ma part d'être à Brive", ironise-t-il dans son discours d'inauguration. Mais derrière la boutade, certains voient une erreur de communication, voire une part d'improvisation. 

Autre symptôme : mardi 1er novembre, en marge du G20, le premier ministre grec, Georges Papandréou, annonce son intention d'organiser un référendum sur le plan d'aide européen à son pays. Au PS, plusieurs sons de cloche se font entendre. Pris de court, Hollande refuse de trancher. "Je n'ai pas à juger d'une procédure", dit-il, alors que ses lieutenants les plus proches, Stéphane Le Foll et Pierre Moscovici, se sont prononcés en faveur du référendum quelques heures plus tôt. 

Pour ramener un peu d'ordre, François Hollande consulte nombre de ses camarades. Son équipe de campagne définitive devrait être dévoilée dans les prochains jours, et des "réunions de concertation" ont été programmées pour éviter toute dissonance dans les médias. "Il n'y a pas à se presser", assure Stéphane Le Foll. Mais "le moment entre la désignation et le démarrage de la campagne est toujours une période délicate", observe dans Le Monde Jack Lang, soutien du candidat. Membre du premier cercle, la députée Aurélie Filippetti réfute tout cafouillage. "Ce sont des histoires de journalistes. Nous, on garde notre cap", balaye-t-elle.