Classement de la corruption dans le monde : "Il nous semble que la volonté politique fasse un peu défaut" en France, selon l'ONG Transparency

L'ONG a publié son rapport annuel sur la perception de la corruption dans le monde. La France est 23e au classement, alors que les pays nordiques et le Danemark sont en tête. 

Marc-Andre Feffer, président de Transparency France, le 29 novembre 2013.
Marc-Andre Feffer, président de Transparency France, le 29 novembre 2013. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

L’ONG Transparency International publie jeudi 23 janvier son rapport annuel, qui classe 180 pays du monde en fonction de leur niveau perçu de corruption dans le secteur public. Parmi les meilleurs élèves, les pays nordiques et le Danemark en tête. La France elle est à la 23e place. "Il nous semble que la volonté politique fasse un peu défaut" en France, a déploré sur franceinfo Marc-André Feffer, président de Transparency France. Pour Marc-André Feffer, si la lutte contre la corruption a pu être une priorité en France auparavant, "nous avons le sentiment que ça l'est moins, que ça n'est pas à l'agenda des décideurs".

"Nous militons pour que, dans les grandes collectivités locales, soit mis en place un plan de lutte contre la corruption. Nous souhaitons aussi que le lobbying soit plus transparent", a ajouté Marc-André Feffer.

franceinfo : La France a perdu deux places dans votre classement depuis l’année dernière. Comment expliquez-vous cela ?

Marc-André Feffer : Depuis plusieurs années, un certain nombre de lois sont venues pour lutter contre la corruption, comme la loi de 2013, la loi dite "Sapin 2", la loi sur la transparence de la vie publique. Ce que l’on constate, c’est que la perception que les milieux économiques ont de la corruption s’est à nouveau un peu dégradée. On sent que la France peut mieux faire et doit mieux faire.

Ça a été une priorité, nous avons le sentiment que ça l’est moins, que ça n’est pas à l’agenda des décideurs. Pourtant il faut le faire.Marc-André Fefferà franceinfo

Nous avons maintenant les moyens juridiques, nous devons avoir les moyens financiers pour le Parquet national financier, pour la justice, pour l’agence française anti-corruption. Nous militons pour que, dans les grandes collectivités locales, soit mis en place un plan de lutte contre la corruption. Nous souhaitons aussi que le lobbying soit plus transparent. Nous militons aussi pour que les agendas des ministres, des membres des cabinets ministériels et des parlementaires, lorsqu’ils reçoivent des lobbyistes, soient rendus publics. Nous militons également pour que le financement de la vie politique soit revu et que notamment dans le financement des campagnes électorales, un rôle plus important soit donné à la commission de contrôle pour éviter les problèmes, voire les scandales, qui ont eu lieu lors des différentes élections présidentielles. Voilà un bouquet de mesures qui sont à portées de main, mais pour lequel il nous semble que la volonté politique fasse un peu défaut.

Dans votre rapport, vous déplorez qu’un grand nombre de pays montrent peu ou pas de signes d’amélioration dans la lutte contre la corruption. Comment expliquez-vous cela ?

Je crois qu’on a progressé, notamment au niveau de la grande corruption internationale, avec l’adoption de la convention de l’OCDE il y a 20 ans. Maintenant il faut mettre tout cela en œuvre. Au-delà des bonnes paroles et des documents qui ont été signés, il y a une question d’implication. On voit qu’un certain nombre de pays sont impliqués, mais globalement le chemin est long. La population a un rôle à jouer, les journalistes qui dénoncent beaucoup de faits d’opacité et de scandales, et un certain nombre d’organisations non gouvernementales, comme la nôtre, aussi. L’interpellation publique et le travail de fond sont essentiels parce que lorsque ce travail est connu, les électeurs et les populations font pression sur les gouvernements.

Quels pays se sont améliorés ou ont régressé selon votre rapport ?

Certains pays s’améliorent, comme la Grèce, d’autres au contraire régressent un peu, comme le Canada. Ce qu’on peut y voir aussi, comme c’est un indice de perception, c’est que, lorsque dans un pays, il y a un scandale important ou une forte médiatisation liée à des faits de corruption ou d’absence de transparence, il régresse. Ceux qui progressent sont à la fois ceux qui font un travail de fond, et les pays dans lesquels il n’y a pas, au moment où le sondage est fait, une grosse affaire qui vient renforcer l’inquiétude de la population.

Ce que nous espérons, c’est qu’à chaque fois qu’un scandale est révélé, qu’une enquête est faite, des mesures soient prises.Marc-André Fefferà franceinfo

Si on prend le cas de la France, ça a été le cas en 2013 avec la grande loi qui a fait suite au scandale Cahuzac. On voit bien que de grosses affaires de corruption permettent de faire progresser les choses. Si vous regardez l’affaire qui s’est déroulée à Malte, elle a fini par avoir des conséquences politiques importantes, alors qu’il s’agissait de l’assassinat d’une journaliste qui travaillait sur des faits de corruption.