Quatre ans après le début de son pontificat, le pape François serait "en pleine tempête"

Selon Jean-Louis de La Vaissière, auteur de l'ouvrage "François dans la tempête : une Église entre ombres et lumières", le pape est actuellement très contesté au sein du Vatican. 

Le Pape François au Vatican, en janvier 2017.
Le Pape François au Vatican, en janvier 2017. (ALBERTO PIZZOLI / AFP)

Quatre ans après le début de son pontificat, le pape François serait "en pleine tempête", a déclaré, dimanche 11 mars sur franceinfo, Jean-Louis de La Vaissière, ancien correspondant de l'AFP à Rome et auteur de François dans la tempête : une Église entre ombres et lumières, publié aux éditions Salvator. Sa ligne politique progressiste rencontre des résistances au sein même du Vatican.

franceinfo : Pourquoi selon vous, le pape François est-il en pleine tempête ?

Jean-Louis de La Vaissière : Parce qu'il a voulu ouvrir les portes et les fenêtres du Vatican et de l'Église. Des ultra-conservateurs l'ont mal pris. Ils sont inquiets que la doctrine puisse se déliter. C'est un ton nouveau qui ne leur plaît pas. Mais il y aussi la réforme de la curie, où pas mal de dossiers ont été rouverts. Tout cela crée beaucoup de mauvaise humeur. Ceci étant dit, il y a des prélats qui sont contents de voir que les choses bougent car ils voyaient bien que la crise était profonde à la fin du pontificat de Benoît XVI avec beaucoup de scandales étouffés.

A-t-on une idée du rapport de force, au Vatican, entre ceux qui militent pour le changement et les réfractaires ?

C'est très difficile à savoir car il y a peu d'élections au Vatican. Je pense qu'une majorité est derrière le pape, les gens sont en général loyaux. Mais il y a une petite minorité agissante qui parle à la presse, qui révèle ce qui ne va pas, c'est un petit groupe de cardinaux soutenus par certains prêtres. Ils sont virulents et son carrément entrés en dissidence.

Concrètement, qu'a pu changer le pape pour l'instant dans l'Église catholique ?

Il a changé la façon de voir les fidèles. Au lieu d'une doctrine rigide qui condamne ou pas, le pape demande aux prêtres de discerner le chemin de chacun vers la foi. C'est une sorte de révolution pastorale. Par ailleurs, il a créé beaucoup plus de transparence. Il a également commencé un énorme chantier : celui de la collégialité. Tout n'est plus décidé à Rome, les évêques ont plus de pouvoir.

Quels sont les chantiers du pape François dans les années qui viennent ?

Il y a bientôt un synode sur la jeunesse. L'objectif sera de comprendre quel est l'avenir de cette jeunesse dans l'Église catholique. Le pape François est conscient que la transmission de la foi n'est pas évidente. Beaucoup de jeunes quittent le bateau. L'autre chantier concerne le rôle des laïcs. Il ne veut pas que ces derniers imitent les prêtres dans les églises. En clair : le pape souhaite qu'ils prennent leurs responsabilités dans la société à tous les niveaux et soient créatifs. Enfin, le dernier chantier est le rôle des femmes. Il y a beaucoup à faire. Dans l'Église, les femmes sont majoritaires, extrêmement engagées, mais les postes à responsabilités ne leurs sont pas reconnus en fonction de leur mérite. Aujourd'hui, il y a un peu plus de femmes sur ce genre de poste mais cela reste limité.