#NeverTrump, ces républicains qui refusent de soutenir le milliardaire candidat à la présidentielle américaine

La probable investiture de Donald Trump constitue un dilemme pour certaines figures du parti républicain. Hors de question pour eux de soutenir un candidat qui, d'après eux, n'est pas le bon choix face à Hillary Clinton.

Un manifestant anti-Donald Trump devant les locaux du parti républicain, à Washington D.C. (Etats-Unis), le 12 mai 2016.
Un manifestant anti-Donald Trump devant les locaux du parti républicain, à Washington D.C. (Etats-Unis), le 12 mai 2016. (MANDEL NGAN / AFP)

Certains de ses camarades se sont résignés, pas lui. Entre Hillary Clinton et Donald Trump, Ben Sasse refuse toujours de choisir. En quelques mois, le sénateur du Nebraska est devenu la tête d'affiche du mouvement #NeverTrump, "Jamais Trump" : républicain, il n'accepte pas que le milliardaire devienne le candidat investi par son parti en juillet prochain. "Je ne peux pas le soutenir", écrivait-il sur son compte Facebook (en anglais) en février.

L'élu dénonçait alors la stratégie de Donald Trump : "Diviser les Américains, démolir plutôt que reconstruire cette glorieuse nation." Et il n'est pas le seul : des républicains "exaspérés" ont oeuvré pour monter une candidature indépendante et contrer l'ascension de l'homme d'affaires, raconte le Washington Post (en anglais), samedi 14 mai. Parmi eux, l'ancien candidat à la présidentielle Mitt Romney, quelques consultants aguerris et des membres de l'intelligentsia conservatrice, précise le quotidien.

"Que faire ? Trouver un meilleur choix"

William Kristol est l'un de ces hommes qui s'activent en coulisses. Fondateur du magazine néoconservateur Weekly Standard, il a à plusieurs reprises pris sa plume pour dénoncer Donald Trump. "J'ai toujours voté pour le candidat républicain à la présidentielle, raconte-t-il dans un éditorial (en anglais) daté du lundi 16 mai. Richard Nixon, Gerald Ford, Ronald Reagan, George H. W. Bush, Bob Dole, George W. Bush, John McCain et Mitt Romney. J'ai toujours coché la case à côté de ces noms quand j'en ai eu la possibilité. La moitié du temps, j'avais voté pour quelqu'un d'autre durant les primaires. Mais même dans ces cas, je n'ai jamais hésité à soutenir le candidat investi par le parti."

C'est une erreur d'investir Donald Trump. La bonne nouvelle, c'est qu'il n'est pas trop tard pour donner une alternative aux électeurs républicains.William Kristol, fondateur du magazine "Weekly Standard"dans un éditorial

Dans son magazine, il s'inquiète de la politique étrangère que pourrait mener le président Donald Trump. Pas certain qu'elle soit meilleure que celle de son adversaire démocrate, écrit-il. "Mais ses politiques ne sont pas le problème, ajoute William Kristol. C'est sa personnalité qui en est un. Il est clair que Donald Trump n'a pas la personnalité pour être président des Etats-Unis. Et il est clair que Hillary Clinton ne doit pas non plus être notre présidente. Que faire ? Trouver un meilleur choix. Recruter et soutenir un candidat indépendant."

La couverture d\'un numéro du \"Weekly Standard\" de février 2016, où apparaît une caricature de Donald Trump en \"King Kong\".
La couverture d'un numéro du "Weekly Standard" de février 2016, où apparaît une caricature de Donald Trump en "King Kong". (WEEKLY STANDARD)

Pour appuyer son discours, il brandit un récent sondage, réalisé auprès de 997 électeurs américains : 58% d'entre eux se disent opposés aux candidats actuels. Une candidature indépendante, dans ce scénario, obtiendrait 21% des voix, à en croire cette étude. Mieux que Ross Perot : en 1992, opposé au démocrate Bill Clinton et au républicain George H. W. Bush, cet indépendant avait obtenu 18,9% des suffrages. "Un candidat indépendant crédible pourrait rapidement approcher les 20% d'intentions de vote et participer aux débats de l'automne, au cours desquels au moins deux tiers de l'électorat serait ouvert à son message", résume William Kristol.

Un scénario difficile à mettre en oeuvre

Dans l'ombre, des stratèges, des donateurs, des avocats se tiennent prêts, assure-t-il. Mais la tâche est difficile. Personne ne semble volontaire pour assumer le rôle de candidat. Plusieurs personnalités ont pourtant été approchées, détaille CNN (en anglais) : Ben Sasse, l'ancien général James Mattis, le gouverneur de l'Ohio John Kasich, candidat malheureux aux primaires républicaines. Tous ont dit non, conduisant Mitt Romney à abandonner ses efforts, explique la chaîne.

Le nom de Mark Cuban, dont le profil résonne avec celui de Donald Trump, a même été évoqué : ce milliardaire, propriétaire de l'équipe de basketball des Dallas Mavericks, participe à "Shark Tank", une émission de téléréalité sur les entrepreneurs, diffusée outre-Atlantique par ABC. "Il n'y a pas assez de temps" pour lancer une candidature indépendante, répond-il au Washington Post. Ce scénario pose en effet de sérieux problèmes logistiques, explique le journal : au Texas, le deuxième Etat le plus important en nombre de grands électeurs, il est en théorie déjà trop tard pour figurer sur les bulletins de vote.

"Une mission suicide", rétorque le patron du parti

Une autre possibilité, évoquée par Mike Murphy, consultant pour Jeb Bush durant les primaires, serait de présenter un candidat dans un certain nombre de "swing states", ces Etats où la majorité change régulièrement, indispensables pour gagner une élection présidentielle. Objectif, résume le Washington Post : empêcher Hillary Clinton et Donald Trump d'obtenir une majorité de grands électeurs. La Chambre des représentants aurait alors la charge de départager les candidats, comme c'est arrivé en 1824, lors de la victoire de John Quincy Adams.

La couverture d\'un numéro du \"Weekly Standard\" de mai 2016, où est représenté un électeur américain, déconcerté par son bulletin de vote où figurent Hillary Clinton et Donald Trump.
La couverture d'un numéro du "Weekly Standard" de mai 2016, où est représenté un électeur américain, déconcerté par son bulletin de vote où figurent Hillary Clinton et Donald Trump. (WEEKLY STANDARD)

"C'est une mission suicide, rétorque le patron du parti républicain, Reince Priebus, sur CBS (en anglais). Non seulement vous mettez en l'air huit années à la Maison Blanche, mais potentiellement, vous mettez aussi en l'air des générations à la Cour suprême. Nous pourrions avoir jusqu'à trois nouveaux juges durant les deux mandats à venir." Il appelle ses ouailles à regarder si "un terrain d'entente" peut être trouvé avec Donald Trump. "Je pense qu'au bout du compte, les gens vont choisir la personne qui va provoquer un tremblement de terre à Washington et qui va faire des choses, plutôt qu'Hillary Clinton", conclut-il.

Est-ce si sûr ? Politico (en anglais) a interrogé les membres de l'establishment républicain, spécialistes de la politique étrangère. Dès qu'on leur promet l'anonymat, les langues se délient, raconte le magazine. "Je voterai pour Hillary, il n'y a même pas à réfléchir", assure l'un de ces cadors du parti. "Je suis stupéfait quand je vois des gens qui disent 'C'est un dilemme !', assure un autre, employé au Congrès. Où est le dilemme ? Je ne vous dis pas que j'adore tout ce que fait Hillary Clinton, qu'elle sera parfaite, mais du point de vue de quelqu'un qui réfléchit à la politique étrangère et à la sécurité nationale, la question ne se pose même pas." Face à la perspective d'une candidature de Donald Trump, certains républicains ont déjà brûlé leur carte d'électeur. Autant de votes en moins en novembre.