Açik Radyo, une petite voix alternative dans le paysage médiatique turc : "Il n’y a pas d’autre média comme nous"

Alors que la répression contre les instigateurs supposés du coup d’Etat manqué de juillet continue, les atteintes aux libertés publiques se multiplient. Les médias sont particulièrement visés. C’est le cas de la radio libre Açik Radyo qui parvient malgré tout à survivre dans un espace médiatique de plus en plus étouffé. 

Capture d\'écran de la page d\'accueil du site de la radio turque Açik Radyo.
Capture d'écran de la page d'accueil du site de la radio turque Açik Radyo. (CAPTURE D'ECRAN)

Après sa victoire en avril au référendum sur la réforme constitutionnelle visant à renforcer ses pouvoirs, le président turc Erdogan est redevenu cette semaine membre de son parti l’AKP. Il devrait bientôt en prendre la tête. C’est l’une des mesures de la réforme adoptée de justesse le 16 avril. Jusqu’ici, le président ne pouvait pas occuper la fonction de chef de parti. Pendant ce temps, la répression contre les instigateurs supposés du coup d’État manqué de juillet dernier continue. Des milliers de personnes ont été arrêtées depuis le référendum. Parmi les victimes de nombreuses atteintes aux libertés publiques, beaucoup de journalistes. Quelques médias tentent de résister : c’est le cas de cette radio libre, Açik Radyo, qui existe depuis plus de 20 ans et qui parvient malgré tout à survivre, dans un espace médiatique de plus en plus étouffé. 

De tous les combats depuis 1995

Açik Radyo (la "radio ouverte") est une radio coopérative qui existe à Istanbul depuis 23 ans. Une "petite" radio avec 19 salariés, mais qui est une référence dans les milieux intellectuels d’Istanbul et qui est financée par plus de 5 000 auditeurs tous les ans. De tous les combats, elle était au premier plan lors des protestations de Gezi en 2013 par exemple et aujourd’hui, Açik Radyo est toujours en ligne et sur les ondes. Ömer Madra, son fondateur, tient la barre depuis 1995. Il porte un regard inquiet mais lucide, sur la situation actuelle. "Je dirais que l’on n’a pas vraiment changé. Je suis sûr qu’on a probablement toujours pratiqué une certaine forme d’autocensure. On le fait, mais peu importe au final, c’est une radio libre, il n’y a pas d’autre média comme nous, et c’est si difficile maintenant de travailler en Turquie", nous dit-il. 

Chaque jour comme le dernier

Alors que les créateurs de la radio ont assisté à la fermeture de nombreux médias "amis" ces dernières années et particulièrement ces derniers mois, un projet est né, celui de réorganiser les archives de la radio, une façon de préserver la mémoire si un jour le pire devait arriver. Ilksen Mavituna est l’un des responsables de la radio, et il en est conscient, ce pire pourrait arriver n’importe quand. "Aujourd’hui nous sommes à un moment où l'on doit être un peu plus courageux qu’on ne l’était. Ce n’est pas le temps de se taire. C’est peut-être demain que la radio sera fermée. Donc on est toujours dans cet état psychologique que la fin est très proche", explique-t-il. Pour le moment Açik Radyo tient bon et n’a pas changé. C’est une petite voix alternative, dans un paysage médiatique turc jour après jour plus monocorde et sous contrôle.

A Istanbul, le reportage d’Alexandre Billette
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