Syrie: une économie en recul de plusieurs dizaines d'années

La Syrie n'était déjà pas un pays très prospère avant le début de la guerre civile. Le pays s'était pourtant ouvert sur les marchés mondiaux et une petite production de pétrole permettait d'espérer une croissance importante quand la guerre civile a débuté. Depuis, l'économie syrienne a fait un bond en arrière de 30 ans, selon des experts.

Image de la bourse de Damas publiée sur le site de l\'Agence officielle syrienne Sana.
Image de la bourse de Damas publiée sur le site de l'Agence officielle syrienne Sana. (Sana)
Inflation à deux chiffres, chômage de 50%, échanges extérieurs réduits à quasi rien, infrastructures en majorité détruites, pays divisé, réfugiés par millions, la Syrie est humainement, physiquement et économiquement en ruines. 

«Le pays a perdu une décennie en termes d'indice de développement humain et son économie est revenue à son niveau des années 80», affirme Bassel Kaghadou, chargé par les Nations Unies de réfléchir aux façons de reconstruire l'économie et la société syriennes. «La Syrie ne sera plus jamais la même, son économie sera plus modeste, sa population moins nombreuse», assure-t-il.
              
Depuis le début en 2011 de la guerre civile, «le PIB s'est contracté de plus de 40%», selon May Khamis, responsable du Fonds monétaire international (FMI) au Moyen-Orient. «La production pétrolière est quasiment à l'arrêt, l'inflation est passée de 4% en juin 2011 à plus de 120% en août 2013 et avoisinait les 50% en mai 2014», explique-t-elle.

Les ventes de produits pétroliers représentaient dans les années 2000 quelque 60% des exportations du pays. On pourrait ajouter que le tourisme (plus d'un million de visiteurs avant la guerre), qui ne cessait de progresser, s'est aussi totalement arrêté. 

Un exemple montre le recul de l'économie du pays. Le site d'information officiel indique que la banque centrale syrienne vient de fixer le cours officiel de la monnaie à un dollar pour 170 livres syriennes. Le site de la banque centrale du pays rappelle qu'en 2005, le cours était de un dollar pour 70 livres.
              
Les sanctions économiques internationales, qui ont notamment ciblé les secteurs bancaire et pétrolier, ont fragilisé un pays où près de la moitié de la population a dû quitter ses foyers et dont le territoire est fragmenté en plusieurs zones d'influences: régime, rebelles modérés ou islamistes et djihadistes comme le Front al-Nosra et le groupe Etat islamique.
              
Outre le côté sécuritaire, beaucoup de sociétés étrangères ont décidé de ne plus travailler dans un pays mis au ban de la communauté internationale afin de ne pas ternir leur image, selon Jihad Yazigi, rédacteur en chef du site d'informations économiques The Syria Report. «Elles ont peur des conséquences, par exemple sur leurs activités aux Etats-Unis», dit-il. Le gouvernement n'a en outre plus de revenus «importants», analyse M.Yazigi.
 
Crédit iranien
Pour s'adapter, le régime a mis en place des mesures drastiques d'économies, supprimant nombre de subventions. Le prix du pain a bondi de 70%, ceux du riz et du sucre ont doublé. Le coût de l'électricité et de l'eau a également explosé, selon Jihad Yazigi.

«Le gouvernement n'importe plus que ce qu'il considère comme le strict nécessaire: de la nourriture et des armes», souligne un économiste spécialisé sur la Syrie, sous couvert d’anonymat, cité par l’AFP. Selon lui, le régime s'en remet à de riches hommes d'affaires pour payer la solde des miliciens pro-gouvernementaux et acheter du pétrole à l'étranger afin de fournir des entreprises privées.
              
En 2013, Téhéran a ainsi ouvert deux lignes de crédit pour un total de 4,6 milliards de dollars afin que Damas finance des importations d'énergie et de blé. A suivre la télé officielle, seuls les pays chiites comme l'Iran ou l'Irak semblent avoir une réelle coopération avec le pays. 
 

              
Pour le programme des Nations Unies dirigé par Bassel Kaghadou, il faudrait au moins une décennie pour reconstruire. Or, des facteurs majeurs vont compliquer ce processus, notamment l'«énorme perte en capital humain» consécutive à la fuite de nombreux habitants et à l'interruption forcée de l'éducation et la formation de toute une génération.
              
Alors qu'un règlement du conflit semble encore loin, M.Kaghadou n'est guère optimiste: «Chaque jour qui passe complique les choses.»
 
Pourtant si la paix revenait, l’activité pourrait reprendre. En témoigne, ce qui se passe dans la zone industrielle d’Alep, secondre ville du pays, reprise par les autorités de Damas. Un industriel raconte : «Quand je suis revenu, mon usine avait brûlé. Tous les murs que vous voyez, je les ai reconstruits et repeints. Et maintenant je répare mes machines», assure Mohammad Hajar, 51 ans, patron d’al-Bayane, fabricant de tissus d'ameublement qu’il exportait en Bulgarie, en Roumanie et en Serbie. «Pendant deux ans, j’ai dormi ! Alors maintenant, je travaille jour et nuit. J'avais six machines à tisser italiennes. Deux, légèrement endommagées, n'ont pas mis longtemps à fonctionner à nouveau, deux autres étaient brûlées et je les ai remises en état», explique cet homme dynamique. «L’usine fonctionne et Mohammad fabrique chaque jour 1.000 mètres de tissu coloré.» Une exception au niveau d'un pays toujours soumis à d'intenses combats.