Syrie: la mort de Zahrane Allouche, un important chef de la rébellion

Zahrane Allouche, chef de la milice islamiste Jaich al-Islam, principal groupe rebelle de la région de Damas, a été tué le 25 décembre 2015 lors d’un raid aérien revendiqué par le régime. Ce groupe avait accepté de participer à des négociations avec ce dernier. Cette disparition survient au moment où un accord semblait avoir été conclu pour l’évacuation de Damas de milliers de djihadistes de l’EI.

Zahrane Allouche, chef du groupe rebelle syrien Jaich al-Islam, tué lors d\'un raid aérien le 25 décembre 2015. Photo prise à Douma (est de Damas) le 27 août 2014.
Zahrane Allouche, chef du groupe rebelle syrien Jaich al-Islam, tué lors d'un raid aérien le 25 décembre 2015. Photo prise à Douma (est de Damas) le 27 août 2014. (REUTERS - Bassam Khabieh)
Jaich al-Islam (Armée de l’islam), qui serait soutenu par l’Arabie saoudite et la Turquie, est le principal groupe rebelle de la région de Damas, avec des effectifs estimés à 15.000 hommes. Il contrôle la plus grande partie de la banlieue est de la capitale, zone régulièrement bombardée par les forces gouvernementales et l’aviation russe. Une zone touchée en 2013 par des attaques chimiques du régime qui ont tué «plus d’un millier de personnes, dont de nombreux enfants», rappelle le Guardian.  

Le mouvement, d'inspiration salafiste, défend des positions très anti-alaouites (confession du président Bachar al-Assad) et est partisan d'un Etat islamique.

Hostile à l’organisation Etat Islamique (EI), il avait exécuté en juillet 18 djihadistes, en imitant les mises en scène macabres de ses adversaires. Début novembre, il avait également placé des alaouites et des soldats du régime dans des cages sur des places publiques pour s'en servir comme boucliers humains face aux raids de l'aviation de Damas. Le Parisien rapporte qu’il est également accusé d’avoir fait kidnapper plusieurs personnalités de la rébellion «laïque», comme l’avocate Razan Zeitouneh.
 
Selon RFI, Jaich al-Islam bombarde régulièrement le centre de la capitale. Il avait lancé plusieurs offensives pour tenter de percer les défenses des troupes de Bachar. Mais ces derniers temps, il reculait face à une armée dopée par les bombardements russes.

Allouche libéré par le régime en 2011
L’organisation était dirigée d’une main de fer par Zahrane Allouche, 44 ans, fils d’un prêcheur salafiste, cheikh Abdallah Allouche, qui vit en Arabie saoudite. Généralement vêtu d’un treillis, arborant une barbe noire, il avait été arrêté par le régime en 2009 et libéré lors d’une amnistie en 2011, trois mois après le début de la guerre civile.

Dans les ruines d\'Idlib (nord-ouest de la Syrie) le 21 décembre 2015, après un bombardement
Dans les ruines d'Idlib (nord-ouest de la Syrie) le 21 décembre 2015, après un bombardement (AFP - OMAR HAJ KADHOUR)

La mort de son chef a été confirmée par le groupe lui-même. Selon RFI, Zahrane Allouche avait réuni ses principaux lieutenants et les représentants de deux autres groupes islamistes, Faylaq al-Rahmane et Ahrar al-Cham, pour étudier les moyens de faire face à la progression des militaires gouvernementaux. «Mais les services secrets de Bachar al-Assad étaient bien renseignés sur le lieu et l’heure de la rencontre au sommet». Un renseignement qui a permis de lancer un raid aérien contre une ferme où avait lieu le rendez-vous. Outre le chef de Jaich al-Islam, plusieurs dizaines de personnes ont été tuées.

Pour le Guardian, on ignore si le raid a effectivement été mené par le régime, comme il l’affirme, ou par son mentor russe. Mais le fait que l’attaque ait visé la direction du groupe islamiste est un succès pour Bachar et son allié, ajoute le quotidien britannique.
 
Comment interpréter la mort de Zahrane Allouche?
D’une manière générale, la mort de Zahrane Allouche intervient à un moment crucial. Elle a ainsi lieu au moment où l’armée a lancé une très grande opération contre son fief. Et au moment où un accord semblait avoir été conclu entre le régime et des représentants de la population locale pour l’évacuation de milliers de combattants d’EI et du Front al-Nosra (branche syrienne d’Al Qaïda) vers Raqqa (nord), «capitale» de facto de l’EI. Jaich al-Islam «devait sécuriser le passage à travers les régions à l'est de Damas», pour les bus qui devaient se rendre à Raqqa, a expliqué une source sécuritaire citée par l’AFP. Mais l’accord a été «suspendu» à l’annonce de la disparition du leader salafiste, selon des éléments proches des négociations.

Image montrant un raid aérien russe, présenté par Moscou comme une opération contre des véhicules rebelles transportant du pétrole. Photo publiée le 25 décembre 2015.
Image montrant un raid aérien russe, présenté par Moscou comme une opération contre des véhicules rebelles transportant du pétrole. Photo publiée le 25 décembre 2015. (Reuters - ministère russe de la Défense)

Ces derniers temps, celui-ci avait adopté un ton plus modéré «pour apparaître plus présentable» aux Occidentaux, observe le Guardian. Dans une interview au site américain McClatchy en mai 2015, il se montrait pragmatique. Il avait ainsi mis en sourdine ses diatribes anti-alaouites, expliquant qu’il n’était plus favorable à l’expulsion des Alaouites de Damas. Il allait même jusqu’à dire que ces derniers étaient une «composante du peuple syrien».

Sur cette lancée, le groupe avait accepté d’assister à Ryad à une réunion des principaux groupes de l'opposition. Les participants avaient annoncé le 10 décembre leur accord pour des négociations avec Damas mais exigé le départ du président Bachar al-Assad avec le début d'une éventuelle période de transition. Des pourparlers doivent se tenir à Genève fin janvier 2016 et le régime a indiqué qu'il était prêt à y prendre part. Il a cependant précisé qu'il attendait de savoir quels groupes de l'opposition allaient y participer.

Pour l'expert Aron Lund, la mort du dirigeant de Jaich al-Islam «pourrait affecter le processus de paix, en déstabilisant l'Armée de l'Islam et en l'affaiblissant». «Les négociations avaient besoin de l'implication d'extrémistes comme Zahrane Allouche pour leur donner de la crédibilité», a-t-il expliqué à l’AFP.

Selon lui, «au sein de la rébellion syrienne, (ce dernier) a été l'un des rares à réussir à centraliser» le pouvoir. L’expert va jusqu’à dire que cette mort pourrait entraîner la dislocation de cette partie de l’opposition au régime, «étant donné que la faction centrale (en) était l'Armée de l'Islam, qu'il a créée». Quelques heures après la disparition de leur leader, les principaux responsables du groupe ont élu un nouveau chef, Abou Hamam al-Buwaydani, un combattant de 40 ans.