Brexit : combien le Royaume-Uni a-t-il déjà perdu ?

350 milliards de perdus pour le Royaume-Uni au lendemain de la victoire du Brexit... Adepte des bons mots, le député belge Guy Verhofstadt a ainsi estimé que Londres a perdu en une journée «plus que ce que le pays a donné au budget européen en 15 ans». Des chiffres à prendre cependant avec prudence, tant les marchés restent volatiles et les sommes en jeu difficilement analysables.

Billet de 10 pounds
Billet de 10 pounds (DR)

Faire parler les chiffres a été un des grands jeux de la campagne britannique autour du Brexit. Après le vote, le jeu semble continuer. En se basant sur les réactions des marchés, certains (en exagérant un peu) voient le Royaume-Uni revenu à l’âge de pierre. Sans aller jusque là, la baisse de la livre sterling de quelque 10% (par rapport au dollar) pourrait avoir fait perdre à Londres son rang de 5e puissance économique mondiale, au profit de la France (qui lui disputait déjà le titre).

Explications: avec un PIB prévu en 2016 de 1.816 milliards de livres et une chute de la livre qui la placerait «durablement sous les 1,33 dollar, le PIB britannique s'élèverait donc, au mieux, en 2016 à 2.415 milliards de dollars», note BFMbusiness. Or, les chiffres pour la France donnent pour 2016 un PIB à 2.210 milliards d’euros. Avec l’effet change (1,11 dollar pour 1 euro), «on arrive à 2.463 milliards de dollars. La France récupérerait alors sa place de cinquième puissance économique mondiale, derrière les Etats-Unis, la Chine, le Japon et l'Allemagne», ajoute le site.


Chute de la livre et des bourses
Et il n’y a pas eu que la chute de la monnaie. Le London Stock Exchange a aussi plongé le lendemain du scrutin… mais beaucoup moins que les bourses européennes. Le LSE a perdu 3,1% contre -8,04% pour Paris et -6,82% à Francfort. Une chute plus faible qui s'explique notamment par le fait que ce recul s'ajoute à celui de la monnaie. Là aussi les réactions des anti-Brexit ont été de moquer les partisans du Brexit.. en reprenant contre eux leurs arguments de campagne sur le coût pour le budget britannique du financement de l'Europe. Le plongeon de la place financière anglaise «représente 24 années de contribution du Royaume-Uni à l’Union européenne», a noté Jim Pickard, du Financial Times


Outre la bourse et la valeur de la monnaie dont les chutes sont actées et finalement relativement limitées, les chiffres les plus fous continuent de circuler sur les conséquences économiques du Brexit.

«La majorité des économistes et des institutions financières internationales est catégorique : l'économie du Royaume-Uni sera profondément touchée par le Brexit pendant plusieurs années. Son PIB pourrait chuter de 3 à 9% selon les études. Le FMI envisage de son côté une récession dès 2017 et une montée du chômage à 6,5% d'ici 2018. Reste à savoir si, sur le plus long terme, le pays pourra retrouver sa bonne santé économique», écrit ainsi le site Toute l’Europe.

Principal argument en faveur de ce catastrophisme, le fait que le Royaume-Uni par son vote mettrait fin au «libre-échange entre le Royaume-Uni et le reste de l'Union européenne». S'il est vrai que 50% des exportations britanniques se font vers l’UE, rien n'indique (encore) que Londres (ou Bruxelles) souhaite mettre fin au libre-échange. Et d'autres pays européens (pas totalement pauvres) ont libre accès au marché européen sans faire partie de l'UE (Norvège, Suisse...). Sans compter le fait qu'aucun pays européen ne veut se priver du marché anglais (la zone euro a un excédent courant de 130 milliards d’euros avec le Royaume-Uni)...

L'Union europe va perdre son rang de 1re puissance économique mondiale
En revanche, la chute de la livre peut présenter des avantages pour la compétitivité du Royaume-Uni. La livre est tombée à son niveau de mars 2014 par rapport à l'euro. Londres, qui n'est pas dans l'euro, n'a jamais hésité, pendant la crise de 2008, à se servir de l'arme monétaire pour relancer l'économie. Or, la nouvelle chute de la monnaie pourrait favoriser les exportations britanniques vers le continent . 

«Il ne faut pas donner trop d’importance aux réactions des marchés financiers, qui n’aiment pas l’incertitude et sont de toute façon très volatils. La livre a certes rapidement perdu 10% par rapport à l’euro, mais elle était sans doute surévaluée, comme en témoigne le déficit courant britannique de l’ordre de 6,5% de son PIB en 2015», notent prudemment les économistes Catherine Mathieu et Henri Sterdyniak de l'OFCE. Une incertitude que résume bien la couverture du magazine américain New Yorker.


Dans ce flot d'incertitudes, ce qui semble acquis, sauf retournement majeur, c’est que l’UE ne sera plus la première puissance mondiale. «Selon les données de l'OCDE, l'UE à 28 affichait un PIB de 19.190 milliards de dollars en 2015, contre 17.946 milliards pour les Etats-Unis. En enlevant les quelque 2.400 milliards générés par les entreprises et les ménages britanniques, l'Europe repasse ainsi au deuxième rang», assure BFMbusiness. Mais ce classement a-t-il encore un sens alors que l’UE ne sait pas encore comment gérer sa relation future avec le Royaume-Uni?