Le prince Mohammed Ben Salman tente de sortir l’Arabie Saoudite de sa torpeur

Artisan d’un plan de réforme économique pour sortir le royaume saoudien de son addiction au pétrole, le ministre de la défense Mohammed Ben Salman a fait adopté par le conseil des ministres sa «vision saoudienne à l’horizon 2030». Une véritable révolution structurelle, qui témoigne de sa montée en puissance, dans un pays dépendant à 70% d’un or noir dont le prix est en chute libre depuis deux ans.

Le ministre saoudien de la Défense Mohammed Ben Salman présente sa «vision saoudienne à l\'horizon 2030» à la presse, le 25 avril 2016 à Ryad.
Le ministre saoudien de la Défense Mohammed Ben Salman présente sa «vision saoudienne à l'horizon 2030» à la presse, le 25 avril 2016 à Ryad. (FAYEZ NURELDINE/AFP)

Le vice-prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salman, est-il «l’homme le plus dangereux du monde», comme s’interroge le quotidien britannique The independent ?
 
Est-il «le jeune prince saoudien aux pouvoirs exceptionnels» comme l’écrit l’Agence France Presse ? Est-il d’ores et déjà «l’homme de tous les pouvoirs» à Ryad, comme se plaît à le présenter le Bloomberg Bussinesweek.
 
Le plus jeune ministre de la Défense du monde semble en tout cas collectionner les appellations comme il cumule les titres de pouvoir dans le royaume.
 
Outre les deux postes déjà mentionnés, il est aussi chef du divan royal, vice-Premier ministre, conseiller spécial du souverain et président du Conseil des affaires économiques et de développement, l’organisme qui supervise la Saudi Aramco, la première compagnie productrice de pétrole au monde.
 
Mohamed Ben Salman, chef de guerre et réformateur à marche forcée 
Né le 31 août 1985, Mohammed Ben Salman va bientôt avoir 31 ans. Une nouveauté dans un royaume qui relevait jusque là de la gérontocratie. Fort de sa jeunesse, il a engagé son pays dans des réformes encore jamais vues dans le royaume wahhabite.
 
Entré officiellement dans l’exécutif saoudien en janvier 2015, le fils du roi Salman est devenu en moins d’un an et demi chef de guerre et réformateur à marche forcée d’un système économique édifié sur la seule manne pétrolière.
 
Diplômé en droit de l’université du Roi Saoud, lecteur des mémoires de Winston Churchill et du classique L’art de la guerre de Sun Tzu, il s’est illustré en effet en lançant et supervisant les opérations militaires au Yémen et en mettant sur pied une coalition arabe du Golfe contre l’expansionnisme chiite iranien dans la région.

Une «vision saoudienne à l'horizon 2030» 
Aujourd’hui, il crée l’événement en faisant adopter par le conseil des ministres, présidé par son père, son plan de réforme baptisé «vision saoudienne à l’horizon 2030».
 
Un plan qui consiste à vendre moins de 5% du géant pétrolier Aramco et se doter d’un fonds souverain de 2.000 milliards de dollars (1.777 milliards d’euros), destiné à diversifier les investissements et revenus d’une économie dépendant jusque là du pétrole à plus de 70%.
  
«Nous avons tous une dépendance maladive vis-à-vis du pétrole en Arabie Saoudite, ce qui est dangereux. Cela a entravé le développement de plusieurs secteurs ces dernières années», argumente le prince réformateur à l’attention des détracteurs de la privatisation de l’Aramco.
 
MBS, comme on le surnomme, envisage également la privatisation de services comme la santé, les télécommunications et l’éducation, tout comme l’instauration d’un indice de performances dans les ministères et la création de taxes.

Une révolution économique qui n'exclut pas des changements culturels 
Il insiste également sur la mise en place d’une TVA, prévue à l’horizon 2018 dans tous les pays du Conseil de Coopération du Golfe, en précisant qu’il ne s’agit pas d’instaurer un système qui soit défavorable aux plus démunis.
Une véritable révolution économique pour le royaume, qui devrait s'accompagner, sans doute, de réformes sociales et culturelles adaptées aux exigences du monde moderne.
 
Père de deux filles et deux garçons, il reconnaît céder volontiers l’éducation de ses enfants à leur mère et affirme qu’il est opposé à la polygamie, comme nombre de jeunes Saoudiens de sa génération qui souhaitent sortir de l'archaïsme.
 
Il ne craint pas non plus de se dire favorable à «la femme au volant» ou de poser, de manière anti-protocolaire, en abbaya blanche et tête nue, consultant son IPad.
 
Un accès direct et quasi-exclusif au roi
Alors, Mohammed Ben Salman, «clairement brillant, très intelligent, maîtrise parfaitement ses dossiers», comme le dit un diplomate occidental, ou doté «de la réputation d’être agressif et ambitieux», selon la formule de Bruce Riedel, un ancien de la CIA qui dirige le Brookings Intelligence Project à Washington ? Un fait est sûr, c’est le pouvoir dont il dispose.
 
«Il a l’accès direct et quasi-exclusif à son père, ce qui lui confère énormément de pouvoir, indique Fatiha Dazi-Heni, responsable à l’Institut de recherches stratégiques de l’Ecole militaire, et quand vous avez accès direct au Roi en Arabie Saoudite, vous avez l’essentiel du pouvoir».