Grèce : ce qui coince dans les négociations avec Bruxelles

Dimanche soir, la Grèce et ses créanciers ne sont pas parvenus à un accord pour permettre à Athènes de rembourser 1,6 milliard d'euros au Fonds monétaire international. Les deux parties sont au bord de la rupture.

Les drapeaux européen et grec flottent devant l\'Acropole, à Athènes (Grèce), le 1er juin 2015.
Les drapeaux européen et grec flottent devant l'Acropole, à Athènes (Grèce), le 1er juin 2015. ( ALKIS KONSTANTINIDIS / REUTERS)

Nouvel échec ! Les négociations entre la Grèce et ses créanciers – la Commission européenne, le FMI et la Banque centrale européenne – ont encore achoppé, dimanche 14 juin, après seulement 45 minutes de discussion. De fait, Athènes se rapproche de plus en plus d'un défaut de paiement.

Depuis plusieurs semaines, les discussions butent sur les mesures d'économies exigées en contrepartie du versement d'une tranche de prêt de 7,2 milliards d'euros. Or, sans ce nouveau prêt, Athènes risque fort de ne pas pouvoir rembourser d'ici au 30 juin un prêt de 1,6 milliard d'euros au FMI. Retour sur les principaux points de crispation.

Bruxelles exige de nouvelles mesures d'austérité

L'Union européenne refuse pour l'instant d'envisager un allègement de la dette grecque, synonyme de pertes sèches, et se concentre uniquement sur les réformes qui sont censées ramener le pays sur les rails. Les Européens demandent donc à Athènes de nouvelles réformes d'austérité. Selon eux, un accord ne sera possible que si le parti Syriza au pouvoir accepte une refonte de la TVA, qui pourrait rapporter 1% de PIB à la Grèce, ainsi que de nouvelles coupes dans les retraites, afin d'assainir les finances du pays, au bord de la faillite.

Concernant les pensions de retraite, l'entourage du Premier ministre grec, Alexis Tsipras, laisse entendre qu'Athènes pourrait faire un effort, en supprimant par exemple une récente prime (comprise entre 30 et 230 euros) pour les petites retraites, détaille Le Figaro. Autre point de discorde : le niveau de l'excédent budgétaire. Le FMI, la BCE et la Commission européenne réclament 1% du PIB dès cette année, quand Tsipras proposait de le porter à 0,75%. Le Premier ministre pourrait finalement accepter un effort supplémentaire, en visant 0,9%. Il pourrait pour cela supprimer les exonérations fiscales dont bénéficient les îles grecques.

"Si ces réformes ne sont pas mises en œuvre, la Grèce ne pourra pas renouer avec une croissance ferme et le fardeau de la dette deviendra encore plus élevé", estime Olivier Blanchard, le chef économiste du Fonds monétaire international, tout en reconnaissant que les électeurs grecs avaient déjà rejeté "certaines réformes" en portant Syriza au pouvoir.

La Grèce campe sur ses positions

Si elle consent quelques efforts, la Grèce refuse d'accéder aux principales demandes de ses créanciers. La priorité du gouvernement grec, selon ses responsables, est de payer les salaires des fonctionnaires et les retraites. Le remboursement des dettes, lui, dépend d'un accord avec Bruxelles. Dans une interview au journal Bild (en allemand), le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, assure qu'une restructuration de la dette grecque est le seul moyen de sortir de l'impasse.

Athènes accuse notamment le FMI de camper sur une position "intransigeante et dure". Le camp grec affirme aussi que ses créanciers essaient d'affaiblir le moral de la population. "Nous attendrons patiemment que les institutions accèdent au réalisme", a ainsi déclaré Alexis Tsipras dans la presse, lundi matin.

Les Européens, eux, regrettent que les Grecs viennent participer aux discussions "les mains dans les poches", en attendant une solution miracle. Mais selon Nikos Filis, un porte-parole de Syriza, les négociateurs grecs ont soumis "une proposition chiffrée que la société grecque peut se permettre". Une solution manifestement pas au goût des Européens.

Le temps presse pour trouver un accord

Problème : Bruxelles et Athènes manquent de temps pour parvenir à un accord. Ils doivent trouver une solution d'ici au 30 juin. "On est à la limite du temps disponible pour sauver la situation", confie à l'AFP une source européenne proche des négociations. Mais le gouvernement grec espère encore trouver un accord.

Pour le moment, le gouvernement du Premier ministre, Alexis Tsipras, exclut l'idée d'un "Grexit", une sortie de la Grèce de la zone euro. "Je considère que le Grexit n'est pas une solution sensée, juge Varoufakis, mais tout ne peut pas être exclu, de même que je ne peux pas exclure qu'une comète touche un jour la Terre."

Les rencontres entre Bruxelles et Athènes reprendront jeudi, dans le cadre de l'Eurogroupe, le cénacle des ministres des Finances de la zone euro, en présence de la directrice générale du FMI, Christine Lagarde.