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Grève générale jeudi en Grèce après la fermeture de l'audiovisuel public

Les journalistes des chaînes publiques de l'ERT poursuivent leurs émissions sur le web. Le gouvernement a annoncé la création d'un nouveau groupe audiovisuel.

Article rédigé par franceinfo avec AFP
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
Une salariée de l'ERT en régie le 12 juin 2013 à Athènes (Grèce) après la coupure du signal de l'audiovisuel public par le gouvernement. (YORGOS KARAHALIS / REUTERS)

Comment renaître de ses cendres après l'écran noir ? Après la fermeture de l'audiovisuel public en Grèce, une grève générale est prévue jeudi 13 juin. Les salariés des chaînes publiques grecques ERT tentent eux, mercredi, de faire revenir le gouvernement sur sa décision choc de fermer abruptement tout l'audiovisuel public en Grèce. Cette initiative risque d'ouvrir une nouvelle crise politique dans le pays.

Toutes les émissions des trois chaînes d'ERT ont été arrêtées mardi, vers 22h30 heure de Paris, quelques heures seulement après l'annonce de la décision. Les canaux numériques ont été coupés et les écrans sont devenus noirs dans toute la Grèce, déclenchant une stupeur générale dans les couloirs du siège de la vénérable société d'audiovisuel public. Journalistes et assistants, en larmes, ont découvert qu'ils venaient tout juste de perdre leur emploi.

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Les programmes continuent sur le web 

Privés d'antennes, les journalistes et techniciens d'ERT ont décidé de continuer leurs programmes mercredi. Leurs émissions sont visibles sur le web, sur ce flux en direct (ustream) et sur la chaîne locale 902 en Grèce, un canal analogique appartenant au parti communiste grec KKE.

ERT continue également d'alimenter en vidéos sa page sur YouTube. Même chose sur les réseaux sociaux : ses comptes Facebook et Twitter appelent à s'opposer à la décision brutale du gouvernement grec. 

Des manifestants protestent mercredi 12 juin 2013 contre la décision du gouvernement grec de fermer brutalement l'audiovisuel public la veille. (LOUISA GOULIAMAKI / AFP)

Pendant ce temps, devant le siège d'ERT, la foule afflue en mi-journée pour soutenir les journalistes et techniciens de l'audiovisuel public grec. "J'ai 51 ans et ils veulent me faire postuler de nouveau à mon propre emploi", se lamente Spyros Priovolos, réalisateur de documentaires venu soutenir les salariés, interrogé par l'AFP. "Ils ne veulent plus rien dans le public, les hôpitaux, les écoles, tout s'en va, ce sont des barbares", lâche dans un souffle Thérèse Alatsi, enseignante de français à la retraite et spectatrice de la télévision publique, à ses côtés. La fermeture d'ERT, dont l'histoire remonte aux années 50, entraîne le licenciement de près de 2 700 employés, dont 677 journalistes.

Le gouvernement annonce la création d'un nouveau groupe audiovisuel public

Le gouvernement grec, qui rend des comptes cette semaine à la Troïka des créanciers internationaux du pays (BCE, UE et FMI), a mené une véritable guerre éclair contre ERT, aussi critiquée pour ses privilèges, son clientélisme et sa mauvaise gestion, que respectée dans les milieux culturels pour l'exigence de son travail, notamment en matière de documentaires.

Des employés de l'audiovisuel grec après la coupure du signal mardi 11 juin 2013. (SAKIS MITROLIDIS / AFP)

Le gouvernement grec a annoncé mercredi le dépôt d'un projet de loi réorganisant tout l'audiovisuel public en Grèce autour d'une nouvelle entité baptisée Nerit. Ce projet de loi, qui doit être discuté par les trois partis de la coalition gouvernementale et sera déposé au Parlement pour être adopté, prévoit la constitution "d'une société anonyme publique appartenant à l'Etat", mais qui "a sa propre organisation administrative et économique et est sous l'égide de l'Etat", selon le premier article.

"On ferme une chose qui était louche et qui a été construite d'une manière fausse", a lancé le porte-parole du gouvernement, Simos Kedikoglou, en présentant ce projet de loi aux seuls correspondants de la presse étrangère, les journalistes grecs observant une grève de 24 heures. Selon le projet, "le fonctionnement de la nouvelle radiotélévision" grecque "ne dépend pas de l'Etat" et "dispose d'indépendance rédactionnelle et de programmation".

Une grève générale pour demander l'annulation de la fermeture

Les syndicats grecs du privé et du public, GSEE et Adedy, appellent à une grève générale de 24 heures jeudi, et à un rassemblement devant le siège de la radiotélévision publique à Athènes. Qualifiant "de coup d'Etat", la décision du gouvernement de fermer ERT, la GSEE s'oppose "à la persistance du gouvernement de prendre des décisions antidémocratiques extrêmes". Les fonctionnaires, les journalistes grecs et les marins seront également en grève, selon leurs syndicats.

Les syndicalistes et le leader de l'opposition, Alexis Tsipras (gauche radicale, Syriza), souhaiteraient notamment obtenir du président grec Carolos Papoulias qu'il ne signe pas le décret "à contenu législatif" de la veille, abusivement baptisé décret présidentiel. Ce décret est en fait une bizarrerie permise par la constitution grecque en cas de "situation exceptionnelle" et à condition qu'elle se transforme en loi sous 40 jours.

Les programmes de l'ERT se poursuivent mercredi 12 juin grâce à une diffusion sur le web.  (LOUISA GOULIAMAKI / AFP)

"Nous sommes dans une nouvelle crise politique", analyse le politologue Ilias Nikolakopoulos. Selon lui, pour s'en sortir, le gouvernement, dirigé par le Premier ministre conservateur Antonis Samaras (Nouvelle-Démocratie), "va tacher de faire voter très rapidement son projet de réorganisation de l'audiovisuel public par les trois partis de la coalition". "Une fois que le nouvel organisme sera en place, et qu'il y aura eu accord politique sur le contenu de la restructuration, la manière dont on a procédé pour y parvenir deviendra un détail et le premier décret, contesté, sera annulé".

Le politologue ajoute"C'est pour cela que le gouvernement est pressé de déposer son projet de loi sur l'audiovisuel public, avec l'argument de dire qu'on ne pouvait pas le faire si ERT était encore en activité."

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