Génocide arménien : nouvelles tensions entre la France et la Turquie

Les députés français doivent voter jeudi une proposition de loi, qui sanctionne la négation du génocide arménien de 1915. Levée de boucliers à Ankara : la Turquie dénonce un texte "inacceptable". Qui aura "de graves conséquences pour les relations futures" entre les deux pays.

(Umit Bektas Reuters)

Une fois de plus, le génocide arménien empoisonne les relations diplomatiques entre la France et la Turquie. Et le ton est encore monté aujourd'hui.

En cause, donc, une proposition de loi, qui doit être votée jeudi à l'Assemblée nationale. Un texte de l'UMP Valérie Boyer, qui prévoit de punir d'un an de prison et de 45.000 euros d'amende la négation des génocides - dont celui des Arméniens, que la Turquie refuse de reconnaître... Tout juste admet-elle que les 500.000 morts (1,5 million selon les Arméniens), entre 1915 et 1917, ont été victimes des aléas de la Première guerre mondiale.

La France reconnaît déjà ce génocide, depuis la loi du 29 janvier 2001. Mais cette proposition de loi va plus loin. Même si, en commission le 7 décembre, les députés ont élargi sa portée à la négation de tous les génocides - espérant moins choquer la Turquie ?

Car Ankara a déjà prévenu : si la loi est votée, elle déploiera une panoplie de sanctions diplomatiques et commerciales. Elle a dépêché à Paris, en début de semaine, deux missions - l'une d'industriels, l'autre de parlementaires - pour obtenir que la proposition de loi ne soit pas examinée.

Remue-ménage dans le landerneau diplomatique. A tel point que le Quai d'Orsay s'est senti obligé de rappeler les engagements internationaux auxquels la Turquie était tenue.

Dernier épisode aujourd'hui : le chef de l'Etat turc, Abdullah Gül, est monté au créneau. Pour dénoncer une loi "inacceptable" . "Il n'est pas question pour nous d'accepter cette proposition de loi (...) qui dénie le droit de rejeter des accusations infondées et injustes contre notre pays et notre nation" .

Cette crise diplomatique survient en tout cas à un bien mauvais
moment : la Turquie est devenue incontournable dans le règlement des
dossiers iranien et syrien - sur lesquels Paris se veut en pointe.