Une des Pussy Riot raconte son "anti-vie" en prison

Condamnée pour hooliganisme, la jeune Russe écrit vivre dans des conditions d'hygiène déplorables, travailler douze heures par jour et être poussée à dénoncer d'autres détenues.

La colonie IK-28 à Berezniki, dans l\'Oural (Russie), où Maria Alekhina, des Pussy Riot, purge sa peine.
La colonie IK-28 à Berezniki, dans l'Oural (Russie), où Maria Alekhina, des Pussy Riot, purge sa peine. (PAVEL LISITSYN / RIA NOVOSTI / AFP)

"Tout est gris aux alentours, et même si quelque chose est d'une autre couleur, il y a toujours une nuance de gris dedans. Tout : les bâtiments, la nourriture, le ciel, les mots." Une des deux membres du groupe punk russe Pussy Riots condamnées en octobre pour "hooliganisme" et "incitation à la haine religieuse" raconte, dans une lettre publiée lundi 17 décembre par l'hebdomadaire russe New Times, sa vie en prison.

Maria Alekhina, 24 ans, décrit dans cette lettre ses premières semaines de détention dans la colonie pénitentiaire numéro 28, dans la région de Perm dans l'Oural. L'autre Pussy Riot incarcérée, Nadejda Tolokonnikova, est détenue dans un autre camp. Toutes deux y purgent une peine de deux ans pour avoir chanté en février une "prière punk" anti-Poutine dans la cathédrale de Moscou.

Maria Alekhina, des Pussy Riot, le 10 octobre 2012 au début de son procès en appel à Moscou (Russie).
Maria Alekhina, des Pussy Riot, le 10 octobre 2012 au début de son procès en appel à Moscou (Russie). (NATALIA KOLESNIKOVA / AFP)

Fumées toxiques et conditions d'hygiène déplorables

Ce récit n'en est pas un mais ce sont "des mots pour décrire l'impossible", souligne d'emblée la jeune femme, mère d'un enfant en bas âge. La "zone", le mot par lequel on évoque les camps en Russie depuis l'époque soviétique, est "entourée d'usines et de taïga" dans cette région reculée de l'Oural, raconte-t-elle. "On y respire des fumées toxiques."

"C'est une anti-vie", conclut Maria Alekhina. Elle raconte l'existence dans les quartiers de quarantaine où les détenues passent les premiers jours de leur peine, et où on leur "apprend à s'habituer". Lever à 5h30, trois lavabos et deux toilettes pour 40 prisonnières, lecture imposée et quotidienne du règlement intérieur de la prison, passage conseillé par la salle de prière, énumère la jeune femme.

"Le moyen de pression est la libération anticipée", souligne-t-elle. Pour cela, il faut "coudre 12 heures par jour pour 1 000 roubles (25 euros) par mois, ne pas se plaindre, dénoncer et piéger (d'autres détenues), renoncer à ses derniers principes, se taire et endurer, s'habituer."