"Ocean Viking" : "La situation est critique et elle peut basculer, elle peut dégénérer d'un moment à l'autre", alerte SOS Méditerranée

Secourus en Méditeranée, 180 migrants sont bloqués à bord du navire humanitaire depuis plus d'une semaine entraînant une dégradation des conditions de sécurité. 

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Radio France
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Le navire "Ocean Viking" au large de l'île italienne de Lampedusa, le 16 septembre 2019 (ALESSANDRO SERRANO / AFP)

L'association SOS Méditerranée assure que la sécurité des personnels et des migrants à bord de l'"Ocean Viking" n'est plus garantie et décrète l'état d'urgence sur son navire humanitaire, où 180 migrants rescapés attendent de pouvoir débarquer depuis une dizaine de jours. Alors que certains rescapés se jettent à l'eau ou font des tentatives de suicide, Sophie Beau, directrice générale et co-fondatrice de l'association humanitaire, explique samedi 4 juillet sur franceinfo que "la situation est critique et elle peut basculer, elle peut dégénérer d'un moment à l'autre".

Comment la situation s'est-elle dégradée pour en arriver à des tentatives de suicide, des violences, une forte tension à bord de l'"Ocean Viking" ?

C'est une longue attente pour ceux qui ont été secourus le 25 juin. Nous avons 180 rescapés à bord, ce sont des personnes qui sont passées par les camps en Libye, qui arrivent donc à bord dans une situation de détresse psychologique et physique très importante, à la suite des violences qu'ils ont pu subir dans les camps en Libye, puis une traversée de la mer qui a pu durer trois, quatre, cinq jours pour certains d'entre eux, à dériver sur des embarcations de fortune. Donc ils arrivent dans un état psychologique catastrophique à bord. Nos équipes les accueillent, prennent soin d'eux, les soignent, mais leur détresse psychologique est très très importante. Parmi les rescapés, un groupe d'une quarantaine de personnes ont vraiment développé une très très grande anxiété, une agitation, des signes de violence, des bagarres, des tentatives de suicide ces derniers jours. C'est l'exaspération et la colère après cette attente insupportable devant les côtes maltaises, à équidistance entre Malte et l'Italie. (…) L'attente est insupportable, la pression est énorme. J'insiste sur l'urgence, on n'est plus en mesure de garantir la sécurité des personnels et des rescapés.

De quoi avez-vous besoin sur votre navire ?

L'équipe à bord a besoin d'assistance pour pouvoir gérer cette situation. Nous venons de recevoir à bord une équipe médicale italienne qui a participé avec notre équipe médicale à faire le tour de chacun des rescapés dans ce groupe, ce n'est pas la réponse adéquate. La solution qu'il faut aujourd'hui, et c'est urgent et nous n'avons cessé de le répéter depuis 9 jours, c'est un débarquement immédiat en sécurité, dans un lieu sûr, conformément au droit maritime, qui intime que le débarquement soit organisé par l'Etat côtier, sans aucun délai. C'est ça l'urgence. Ce n'est pas d'envoyer des psychologues et des psychiatres pour dire aux gens de patienter, ce n'est pas possible. La situation est critique et elle peut basculer, elle peut dégénérer d'un moment à l'autre.

Votre navire a déjà été bloqué en mer pendant plusieurs jours, voire semaines. En quoi la situation actuelle est-elle inédite ?

Nous avons adressé sept demandes, nous avons réitéré nos demandes chaque jour aux autorités maltaises qui ont été les premières concernées, puisque trois sauvetages sur quatre se sont déroulés dans les eaux qui sont dans la zone de recherche et de sauvetage maltaise, et le quatrième sauvetage était à cheval dans les eaux italo-maltaises. Ces autorités italiennes et maltaises sont totalement responsables de la coordination des secours jusqu'au bout, jusqu'à la fin du sauvetage qui n'a lieu que lorsque les gens sont débarqués dans un lieu sûr. Là, c'est vraiment une situation de jeu politique avec la vie des gens. C'est totalement inacceptable aujourd'hui d'en arriver à ces extrémités. (…) On a eu des blocages en mer dans le passé, assez longs, avec des discussions diplomatiques très compliquées, mais c'était lorsque les sauvetages avaient lieu dans la zone de recherche et de sauvetage libyenne. C'est inédit d'avoir ce type d'attente alors que le droit maritime est extrêmement clair et que les pays concernés sont des pays européens, l'Italie et Malte au premier chef.

La pandémie de Covid-19 a-t-elle eu des conséquences sur l'accueil des rescapés ?

Les accords qui avaient commencé à se mettre en place entre un petit groupe de pays européens depuis le mois de septembre dernier a été totalement figé pendant la pandémie, et la fermeture des frontières a arrêté tout cela. Il n'y a plus de solidarité européenne et donc notre appel urgent c'est aussi à l'ensemble des Etats européens. On ne peut pas laisser Malte et l'Italie en première ligne, ça fait des années que nous le répétons. La conséquence, c'est la mise en danger de la vie des personnes sur un navire qui est censé leur procurer de la sécurité. C'est totalement inacceptable et c'est vraiment la défaillance de la politique. (…) Nous discutons avec tous les pays européens pour essayer de trouver une solution mais personne ne prend ses responsabilités et rien n'avance à ce jour. Nous n'avons aucun signe d'une solution rapide et d'un dénouement qui doit intervenir dans les heures qui viennent. (…) L'urgence est de trouver une solution immédiate pour ces 180 personnes qui sont otages de la politique européenne.

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